dimanche 29 janvier 2012

Les têtes rousses - Claude Lamarche

Comment pourrais-je me targuer de transparence sans mentionner immédiatement que Claude Lamarche est une blogueuse que je suis avec grand intérêt et qui fréquente le Passe-Mot avec assiduité. Ceci dit, j’ai tenté de la lire avec toute l’objectivité possible, ce qui n’a pas été évident.

Les têtes rousses sont celles de trois Irlandais, deux sœurs et un frère, chassés de leur pays en 1847. Pendant que l’aînée de 19 ans prend très au sérieux son rôle d’ainesse, le trio accoste à Montréal après un périple bouleversant sur un voilier où s’entasse la chair humaine de leurs compatriotes. La plus grosse part du roman ira cependant à l’acclimatation d’une petite population irlandaise dans un quartier de Montréal qui leur sera attribué dès leur arrivée.

Dans un premier temps, le voyage en mer s’apparente à plusieurs de ces expéditions où la grosse misère règne accentuée par la terrible angoisse devant l’inconnu. Déracinés, voguant sur l’eau dans les pires conditions, ces périples de boat people se ressemblent, en tout cas, rien dans cette histoire ne m’est apparu différent de la traversée vécue dans le récit Ru de Kim Thùy par exemple.

L’intérêt du roman repose sur l’approfondissement de la psychologie des personnages, puisque la trame portant sur l’exil d'une famille est assez mince. J’ai réussi à m’attacher au trio, mais ce fut progressif et un peu ardu pour plusieurs détails qui seraient astreignants à tous énumérer. L’auteure a fait de l’ainée, Bridget Bushell, son personnage principal, un être fait d’ambiguïtés et d’ambivalences. Cette femme que l’on veut nous laisser croire forte, avec un ascendant naturel sur les autres, surtout sur son frère et sa soeur, est timide et doute énormément de sa valeur.
Généralement, j'ai eu de la difficulté à croire à son autorité naturelle, mais je dois dire particulièrement envers son frère, surtout après que celui-ci ait pris les choses en mains avec vigueur pendant le voyage. Je n'ai pas compris sa soudaine soumission, une fois les trois installés dans leur nouveau home. Si j’avais eu accès à ses pensées intimes, peut-être en aurais-je saisis les raisons. Faut dire que le titre - que j'aime beaucoup ! - Les têtes rousses, représenté par trois médaillons m'ont laissé croire que trois caractères seraient fouillés, quant en fait le frère et la sœur serviront plutôt de faire-valoir à l’ainée.

Cette dernière se définira plus nettement avec la maternité, un personnage de mère de l’époque auquel j’ai cru. L’exposition des moyens de subsistance d’alors est une mine de renseignements. Un homme, Denis traverse l’histoire aux côtés de Bridget. Ce personnage bien incarné, éprouvant des émotions claires et nettes, est le plus limpide à mon avis et donc le plus intéressant. Je m’y suis d’ailleurs attachée plus rapidement.

Il n’est jamais facile de raconter une vie, de l’enfance à la mort, surtout quand on désire toucher à d’innombrables personnages, ancêtres, enfants, petits-enfants, ce qui transforme l’histoire en saga. Malgré ce que j’appelle quelques maladresses, j’ai pris du plaisir à ma lecture qui a apporté à mon attention un pan d’histoire méconnu, l’émigration irlandaise au Québec. N’est pas étranger à mon plaisir non plus, une narration sur un ton posé, pour ainsi dire détaché, qui sait éclairer à grands traits inspirés le décor humain et la nature urbaine.

Note : L'auteure vient de me faire découvrir le site où elle nous entretient des lieux et de certains événements. Ça ancre le roman dans notre réalité, ce qui n'est pas à dédaigner.

8 commentaires:

ClaudeL a dit...

Je sors aujourd'hui, relirai plus attentivement ce soir. Merci de ta franchise.

anne des ocreries a dit...

un livre qu'il me plairait de lire, car il y a sans nul doute bien des choses à y apprendre ! ainsi, je ne savais pas, que dans ces "terres de peuplement", les gens avaient des quartiers selon leurs origines.....existe-t-il toujours, ce "quartier irlandais", à Montréal ? Oh, ce doit être une jolie histoire à lire.

ClaudeL a dit...

Anne: le quartier des tanneries (pour le cuir des premiers coordonniers qui travaillaient dans le quartier) est devenu Saint-Henri. Saint-Henri existe toujours, mais il a bien changé depuis, intégré à Montréal. C'est le même quartier décrit dans Bonheur d'occasion de Gabrielle Roy. Plusieurs des rues et surtout de nombreuses usines n'existent plus, "mangées" par les autoroutes.

Tu peux voir à quoi ressemblait une partie de ce quartier sur une des photographie du Musée McCord que j'ai reproduite dans cette page:
http://www.despagesetdespages.com/lestetesrousses/lestetesrousses-lieux.html

Venise a dit...

@Anne : Je retiens qu'il te plairait de le lire. Aussitôt que j'ai lu ton message, je me suis dit, qui mieux que l'auteure pourrait te répondre ...
Oui, tu l'as dit c'est une jolie histoire à lire, malgré la misère, le ton narratif est si serein, qu'on visionne le tout avec un recul qui fait bien voir.

Venise a dit...

@ ClaudeL : J'allais t'appeler au secours pour la réponse à Anne !

Je viens d'aller sur ton site où tu complètes plusieurs informations, c'est très intéressant.

Je ne prendrai pas de chance, et à l'intention de ceux et celles qui ne lisent pas les commentaires, je vais rajouter cette adresse à mon billet.

ClaudeL a dit...

Merci Venise pour l'ajout du petit site que j'ai monté. Je me suis dit que peut-être les lecteurs voudraient en connaître un peu plus sur les lieux, les recherches et le vrai du faux entre fiction et réalité.

Suzan a dit...

Beau billet Venise d'un roman que j'ai aussi bien apprécié. J'ose te demander de subtiliser ton idée et déposer le lien vers le site des lieux crée par l'auteure également à la suite de mon avis. Tu me diras.Merci.

anne des ocreries a dit...

je suis allée sur le site, merci, ClaudeL, c'est.....de l'Histoire passant dans une histoire, j'ai encore plus envie maintenant du livre.