dimanche 4 septembre 2011

Il pleuvait des oiseaux - Jocelyne Saucier

Voici un roman que je ne saurais oublier, tant il a laissé son empreinte sur moi. Aux premières pages pourtant, et mêmes chapitres, je n’aurais pas su prédire cette marque déposée sur ma peau.

Les personnages principaux sont de vieilles personnes, des délinquants cachés dans le fond des bois. Si on arrive à les surprendre dans cette pose de fuyards qui se débrouillent avec les moyens du bord, c’est la faute à l’œil curieux d’une photographe et à sa dent vorace du fait historique le « Grand feu de Matheson » qui a ravagé le Nord de l’Ontario au début du XXe siècle.

Les trois gaillards se sont construits chacun une cabane, vivent de solidarité et de quelque argent retiré d’une plantation de cannabis tenue par leurs voisins, Steve et Bruno. Ces derniers, principalement Steve tiennent un « campement restaurant » oublié par son propriétaire.

De la solidarité, il en faut pour échapper à la loi, et vivre en forêt sans statut de citoyen. Les vieillards de 85 ans et plus, même si dotés d’un caractère fort et typé, ne seraient pas mis autant en valeur, n’aurait été de Marie-Desneiges qui finit par aboutir dans ce décor rustre. Qu’est-ce qu’une femme octogénaire vient faire dans cette galère ? Surtout une femme qui a été internée pendant 66 ans pour cause officielle d’avoir l’esprit fêlé. On découvrira, avec un immense plaisir, sous les yeux de ces hommes pas si brutes qu’ils en ont l’air, qu’elle n’a qu’un seul tort : être différente. Comme eux finalement qui ont choisi de s’enfermer dans une vie à l’abri des regards. Une vie où la liberté de mourir est contenue dans une petite boîte de poudre « magique ».

Si une personne m’avait résumé cette histoire, comme j’ai tenté de le faire, je ne sais pas si j’aurais été attirée. C’est pour dire, encore une fois, que dans les histoires écrites, c’est la manière de raconter qui fait toute la différence. Le sujet ne me semblait pas si attrayant, mais il l’est devenu avec l’habileté de Jocelyne Saucier, que je découvre et que je ne quitterai plus. Ces personnages, elles les aiment et les respectent. Ils sont sans complaisance ou passe-droit, parfaitement intègres dans leur fibre fictionnelle.

Avec un juste dosage de mystère, elle nous dévoile l’histoire en donnant les points de vue de ses personnages, mais pas toujours. Le feu de Matheson, et sa légende, est intégré dans la narration, comme un motif appliqué sur un tissu, consolidant du coup la vie d’un des vieillards. Marie Desneiges est le personnage attractif, on s’attache à outrance à cette femme qui a vécu l’injustice sans perdre complètement la tête. C’est l’enfant du groupe. La photographe reste secondaire, se tenant à côté de cette marginalité vécue comme une fête à tous les jours.

Ce n’est pas un roman contemplatif, il y a de l’action au possible dans la mesure des circonstances de la vie dans le bois dans un tel contexte. Et pour ceux qui y sont sensibles, l’auteure nous avertit dès le prologue, si on est patient, il y aura de l’amour dans l’air !

Oui, il n’y a pas à dire, même si je n’arrête pas de le dire, j’ai savouré ce roman.

30 commentaires:

Lyse a dit...

J'aime lire te texte Venise. Vous êtes en train de me faire aimer la lecture , toi et mon amie Raymonde avec vos blogs. Je retiens cette phrase et elle est vraie pour moi :
C’est pour dire, encore une fois, que dans les histoires écrites, c’est la manière de raconter qui fait toute la différence.
Là est toute la différence pour moi comment c'est écrit .... Merci encore Venise pour le résumé de ce livre ..
Lyse

Suzan a dit...

Je l'ai réservé depuis quelques jours à la bibliothèque sans savoir ce qui m'attendait juste comm ça car le titre m'attirait. Mais dès les premières lignes de ton billet je sais que j,aimerai tout de ce roman. Il me tarde encore plus de le lire.

Arsenul a dit...

J'ai beaucoup aimé tes billets sur les correspondances, mais je suis content de retrouver une chronique Roman dans tes pages. Tu sais nous vendre un bouquin qui effectivement, de primer abord ne m'aurait pas attiré. Mais je viens de me "claquer" de romans de file, je m'impatiente de revenir à la BD. D'autant plus que le manifeste pour la réforme se laisse dévorer. On pourrait cesser de manger, dormir et ne faire que lire!

Venise a dit...

@Lyse : S'il n'y avait pas des personnes encourageantes comme toi pour me lire, il me manquerait l'énergie pour avancer. Merci.

Venise a dit...

Suzan : Tu as un flair fiable. Tu vas te régaler.

Venise a dit...

@Arsenul : Tu as mis mes comptes-rendus des Correspondances au passé, mais je n'ai pas terminé. Simplement, je trouvais que je négligeais les romans dans ma colonne de droite.

Je vais alterner, un billet Correspondances et un livre. L'année prochaine, nous irons en Gaspésie avant les Correspondances, ainsi je prendrais pas un tel retard.

anne des ocreries a dit...

Pas banal comme sujet, ça m'interesse !

Opaline a dit...

Beau billet sur un roman qui me semble attirant au possible!

Deux petites choses, j'espère d'avance que tu me pardonneras!

Dans ta première phrase, "voici un roman que je ne saurais oubliée". Je crois qu'oublier s'écrit à l'infinitif.

Ensuite, je ne sais pas si tu t'en rappelles, mais en mars dernier, j'ai lancé un défi La plume au féminin. Tu t'y étais inscrite. J'aimerais savoir si ça t'intéresse toujours... Merci et bonne journée!

amicalsupport a dit...

Belle présentation, ça me donne le goût de lire le livre. Si je le trouve, je reviens en parler.

Lysiris a dit...

J'ai beaucoup ce roman, original et intéressant. Une petite déception cependant:la fin un peu "fleur bleue". J'aurais préféré que le ton du roman ne se perde pas à la fin. Toutefois n'hésitez pas à le lire :-)

Venise a dit...

@Et toi, Anne, qui n'aime surtout pas la banalité !

Venise a dit...

Opaline : J'ai corrigé ma grosse faute. Merci.

Après un 24 heures de réflexion, je vais retirer mon inscription. Désolé.

Venise a dit...

AmicalSupport : Si je comprends bien, je peux dire mission accomplie, si je t'ai donné le goût de le lire.

Venise a dit...

Lysiris : C'est vrai que la fin est un genre de portique fleuri d'où l'on sort. Je dois être un peu fleur bleue, elle m'a plu !

helenablue a dit...

Suis un peu fleur bleue également, ce livre devrait me plaire!
;-)

Note très enveloppante, Venise, on a vraiment envie de lire cette histoire.

Opaline a dit...

Pas de problème Venise! Et bonne journée!

amicalsupport a dit...

Je l'ai lu; j'ai même lu un autre livre de Jocelyne Saucier hier et aujourd'hui, La vie comme une image. J'ai trouvé le livre, à la bibliothèque dans les best sellers en location ($4.00 pour 3 semaines). J'ai passé 3 heures à la bibliothèque à lire les 170 pages.
Ce livre m'a rappelé quelque chose du genre, un livre de Troyat, que j'ai lu dans le passé. Ma vision du livre est un peu différente, mais j'ai aussi beaucoup aimé, il y a un suspense dans cette histoire, il y a de la tendresse, il y a tous les éléments d'un bon roman. Tout ce passé qui se reconstitue pour moi qui ai fait de la généalogie c'est passionnant. J'aime le regard que la photographe porte sur les personnes âgées.

Venise a dit...

AmicalSupport : Le partage de tes impressions est très apprécié. De parler d'un roman à plusieurs voix, c'est encore mieux, ça devient une chorale. Merci.

Venise a dit...

Bonjour à toi, chère helenablue. Oui, vraiment, je crois que tu aimerais pour ton côté hors du commun. Une histoire non conformiste avec une légende en plus. Oui, plus j'y pense, c'est pour toi, cette histoire !

Merci de ton passage que j'apprécie à chaque fois.

Margotte a dit...

J'aime beaucoup le titre de ce roman !

amicalsupport a dit...

En fait, Venise, j'ai effacé le premier texte de commentaire, parce que je le trouvais un peu trop analytique, j'ai essayé de faire mieux, mon but n'est pas de prendre la job de la critique. Il reste que ce livre m'a amené des questionnements. Les livres de Jocelyne Saucier montrent des personnages qu'on ne montre pas d'habitude. Ils finissent mal, dans le cas de celui-ci je me suis dit on va peut-être avoir une suite, on va en savoir plus; mais il est plus probable qu'il n'y aura pas de suite, il va falloir se contenter de cela.

Venise a dit...

@Margotte : Et quand on pense que le titre est à la hauteur du roman :-)

Venise a dit...

@AmicalSupport : J'ai bien l'impression que oui, ce roman est une histoire en soi, avec son point final. Par contre, rien t'empêche de le continuer dans ta tête.

amicalsupport a dit...

Ce qui m'a surtout amusée c'est Charlie, qui vit maintenant dans une petite maison au bout d'un village avec Marie-Desneige, et qui a dit, au moment de demander les chèques mensuels du gouvernement: je sais comment faire. Il sait comment procurer de faux papiers à ceux qui lui en demandent, comme Bruno et Steve, et il sait aussi comment recevoir des chèques du gouvernenemt.

Réjean a dit...

Bonjour Venise,
J'arrive peut-être en retard, mais ce roman m'intéresse, d'autant qu'il vient de remporter le Prix des cinq continents, ce qui n'est pas rien.

Venise a dit...

Réjean : Je vous annonce qu'il n'est jamais trop pour bien faire, en lisant un roman qui en vaut la peine.

Merci de votre visite, incroyable combien elle me fait toujours aussi plaisir :-)

Réjean a dit...

Sachez, Venise, que je visite votre blogue très régulièrement, mais si je ne fais aucune intervention. J'admire d'ailleurs la régularité avec laquelle vous le nourrissez.

Venise a dit...

@ Réjean : Il fallait bien que vous parliez de ma constance pour que je passe presque une semaine sans ouvrir la bouche ici ! J'ai eu des ennuis de santé, mais me voilà mieux.

Contente que vous me confirmiez de nouveau votre constance de lecteur du Passe-Mot. Je ne vous dirai jamais assez qu'elle est importante pour moi.

Marion a dit...

Un livre ESSENTIEL. Je l'offre dès que j'en ai l'occasion pour transmettre son message dont vous parlez à merveille dans votre billet. Merci !

Venise a dit...

Marion : Ce qui me fait plaisir est de voir jusqu'à quel point les gens s'arrêtent à ce titre. La preuve en est que ce billet fait partie du palmarès des 10 billets les plus lus de mes 6 ans et demi d'existence et mes bientôt 900 billets.