vendredi 30 janvier 2009

Entrevue avec Laurence Prud'homme

1. À quelle étape en es-tu dans l’écriture de ton (déjà ?) troisième roman ? Est-ce qu’il s’écrit plus facilement que les deux premiers ?
J’en suis aux balbutiements, l’étape où je commence à mettre des mots sur toutes les sensations, les images, les émotions que j’ai recueillies, que j’ai soigneusement collées et fait sécher plusieurs mois dans mon herbier. Est-ce plus facile? Non, je crois que c’est différent, comme peut l’être chaque gestation d’un enfant (ma meilleure chum est sur le point d’accoucher – ça paraît-tu?) ;-)

2. Pour les personnes qui ne le sauraient pas, tu tiens le blogue La Caravane, la roulotte littéraire. Qu’est-ce que t’apporte de tenir un blogue et d’en fréquenter ?
Ça me stimule! Ça me rassasie! Je suis d’une nature très curieuse, alors « l’écornifleuse » en moi en a pour son argent… Et puis j’aime le petit côté « Salon littéraire » de la chose : on échange, on découvre, on se questionne, on s’insurge, on s’amuse. Il y a des blogues pour tous les goûts. On trouve de l’humour de garage, des envolées spirituelles. Moi, j’aime les films d’auteur ukrainiens sous-titrés en japonais autant que le pop-corn dégoulinant, alors…

3. Comment te décrirais-tu dans les périodes où tu n’écris pas ?
Je passe de longues périodes sans écrire pendant lesquelles je culpabilise de ne pas le faire. Je suis paresseuse et coupable! J’aime folâtrer, imaginer mes personnages, l’ambiance du livre à écrire, les phrases géniales et les dialogues percutants que je pondrai… j’aurais bien aimé être une « rêveuse professionnelle »! Rosa Montero, une écrivaine espagnole contemporaine et très amusante, dit qu’il vaut mieux ne jamais essayer de vivre de la littérature mais plutôt vivre la littérature. Selon elle, en faire un travail nous plonge dans une série de contraintes qui finissent par tuer le talent et la spontanéité à petit feu. Je la crois.

4. Penses-tu avoir des enfants un jour et t’imagines-tu écrire pour cette catégorie de lecteurs ?
J’y pense, j’y pense (plus fort que mon chum…)! Écrire pour les enfants? Oui, malgré que ça ne doive pas être facile. Et puis je devrais censurer toutes les cochoncetées que j’écris, oh! Sérieusement, aller puiser dans la fraîcheur (et parfois la gravité) de l’enfance, ça m’alimente déjà. Je pense que j’ai encore les cheveux en bataille, de la bouette sur mes running shoes et du chocolat au coin de la bouche. Alors oui, j’écrirai sans doute un jour pour les enfants.

6. Est-ce qu’il y a des thèmes qui te collent à la peau, ou des personnages ?
Je pense que j’ai une relation organique aux choses. J’aime toucher, en écriture. Toucher la ville, toucher la forêt. Comme lorsqu’on laisse traîner sa main sur les troncs des arbres, les clôtures, les murs râpeux des édifices. J’ai une prédilection pour le grotesque : les terrains vagues où poussent des marguerites, les beaux visages où poussent des boutons, les familles où pousse la honte, la culpabilité.

7. Quelle est le plus beau qualificatif que l’on puisse donner à un auteur et tiens, tant qu’à y être, qu’est-ce qu’une bonne critique ?
« Ton écriture m’a ébranlée. » Une bonne critique? Une critique faite à mon livre.

8. Si on oublie deux secondes que tu es écrivain, quel métier aimerais-tu pratiquer, sans égard aux études ou aux aptitudes, et lequel serais-tu absolument incapable d’exercer ?
Danseuse orientale (aime ta bedaine et ta bedaine t’aimera!). Du pur bonheur!J’ai fait du baladi pendant 4 ans, j’ai même suivi un stage pour être prof! J’ai d’ailleurs perdu une fortune en costumes, ah! Les costumes! J’aime tellement me déguiser! Mais bon, disons que pour l’heure, mes idées de grandeur ont un peu ramolli… comme ma bedaine, d’ailleurs! ;-)
Je ne pourrais jamais être… comptable.

9. Comment te prépares-tu avant de commencer à écrire, par exemple est-ce que tu te documentes ?
Je vis. Je fais mon herbier comme ça. Je me documente parfois un peu, pour le plaisir du détail, sans plus.

10. Penses-tu qu’il y a une manière de faire le plein en tant qu’écrivain ou, en tout cas, toi, en as-tu une ?
Il y a le lac, celui de La Danse de la Méduse, justement. Mon cher lac Popo. Sinon, il y a tous les racoins solitaires dénichés en urgence quand tout d’un coup, je me fais rattraper au détour par les mots. J’aime les bibliothèques, aussi. Et les librairies pleines de livres craquants et tous neufs. Il y a aussi les parcs de Barcelone, où on peut lire le journal et regarder les petites vieilles qui cachent les crottes de leurs bichons sous des feuilles de platanes. Je fais le plein comme ça, à peu près.

11. Si tu avais une conférence à présenter, quel en serait le sujet et le titre ?
« Le monde arabo-musulman. Considérations artistiques et littéraires »

12. Qu’est-ce que ton séjour de sept ans en Espagne t’a apporté au niveau personnel et, s’il y a lieu, au niveau de ton écriture ?
Ma vie en Espagne, ce fût l’émancipation. Je suis partie assez jeune, à l’âge des découvertes, du sac à dos troué, des amours débridées. J’ai fait des rencontres qui m’ont ébranlée, qui ont relativisé le regard que j’avais sur mon propre pays, sur ma propre histoire. Je suis passée par toutes sortes de phases : l’émerveillement de l’exotisme, la déception, la solitude, la solidarité. J’ai été désarçonnée, ça m’a poussée à prendre la plume. Pour écrire, j’aime m’installer dans l’espace incertain du décalage. Je trouve que, loin de ses balises, physiques ou intérieures, on peut trouver une zone floue, un peu inquiétante, où la créativité se déploie comme la tige d’une fougère.

13. Crois-tu que d’avoir écrit « La danse de la Méduse » en Espagne aient nui à sa promotion au Québec ?
Non, je ne crois pas. Je pense que c’est la chance et une foule de petits détails qui s’accumulent qui permettent à un livre de se distinguer ou non, dans la mer houleuse du marketing. Parfois on ne provoque que de petites vaguelettes. Parfois, c’est une lame de fond.

14. Quel est le livre que tu as le plus souvent lu (ou des passages) et, bien sûr, pourquoi ?
« Métamorphoses d’un mariage », de Sándor Márai. Un écrivain hongrois méconnu que je ne me lasserai jamais de faire connaître. Il a sondé l’âme humaine aussi finement qu’un Dostoïevski, aussi poétiquement qu’un Camus. Malheureusement, le titre français est fort laid, celui en espagnol est plus heureux « La mujer justa ».
« - Dis moi ce qui ne va pas entre nous? Il resta silencieux. Après de longues minutes, il me dit : - Je n'ai pas besoin d'être aimé. - Ce n'est pas possible ! Répondis-je, grelottant; Tu es un être humain, tu as besoin d'amour comme tout le monde ! - Les femmes n'y comprennent rien, poursuivit-il d'un ton lointain comme s'il s'adressait aux astres. Il existe des hommes qui se passent d'amour mais elles ne veulent pas l'admettre. »

15. Parle-nous de l’inspiration. Est-ce qu’un écrivain peut être en panne d’inspiration ?
Oui, j’imagine. Par contre, je n’ai jamais eu le syndrome de la page blanche tout simplement parce ce que je ne m’assois devant mon clavier que si j’ai une idée en tête, sinon, ce n’est même pas la peine! Ça ne m’angoisse pas. En attendant d’avoir de l’inspiration, je m’occupe à autre chose.

16. Si tu avais du pouvoir ou de l’influence, quelle serait la première chose que tu changerais dans le milieu littéraire au Québec ? J’organiserais beaucoup plus de missions à l’étranger pour établir des contacts avec les éditeurs d’ailleurs afin de faire traduire et publier nos livres québécois à l’international. Actuellement, peu de nos ouvrages ont la chance de sortir de la Belle Province et de voyager.

17. Y a-t-il un trait de caractère que tu éliminerais allègrement afin de mieux vivre ta vie d’écrivaine ?
Ma paresse!

18. Si tu avais un conseil à donner à un écrivain en herbe, peut-être celui que tu aurais aimé recevoir quand tu as commencé à écrire, quel serait-il ?
Relaxe!!!! Fais-le pour ton plaisir!!! Tu as le temps!!! Ce n’est pas une course à la publication!!!

19. Est-ce que tu vois une grosse différence entre l’écrivain d’hier et celui d’aujourd’hui ?
J’ai seulement deux livres à mon actif, j’aurai plus de recul dans quelques années! J’ose quand même croire que je ne tombe plus dans autant de pièges qu’à mes touts débuts. J’apprends tranquillement à me structurer, même si je suis une adepte du désordre, pour plusieurs raisons…

20. Si tu avais une seule phrase (elle peut être longue si tu veux !) à adresser à tes futurs lecteurs, on aimerait bien l’entendre …
Je me range à l’avis de Cioran, quand il dit : « Le lecteur vrai est celui qui n’écrit pas. Lui seul est capable de lire un livre naïvement, unique manière de sentir un ouvrage. »

Alors, amis, ennemis lecteurs, n’écrivez surtout pas avant de me lire! ;-)

jeudi 29 janvier 2009

La littérature aime le cinéma

Le libraire nous annonce que la littérature aime le cinéma … euh, non, c’est l’inverse, mais ça revient au même ! Le libraire a fait son annonce, je vous fais la mienne : « Venise aime le cinéma basé sur des romans ou des nouvelles ». Et je le prouve en plus ; en deux semaines, j’en ai vu deux. Quand la salle de cinéma est à une demi-heure de roues, c’est probant. Avant-hier, j’ai vu « Entre les murs », ce film très spécial pour ses caméras installées sur une assez longue période dans une « vraie » classe avec de vraies élèves, et un vrai prof (c'est Bégaudeau, l'auteure du livre). Évidemment, il y a du faux basé sur du vrai et du vrai basé sur du faux, pas moyen de le démêler mais ça sonne vrai. Si je vous ai mêlé avec mes vrais ou faux, ma critique sur le site Voir pourrait vous démêler.

Il est en nomination dans la catégorie meilleurs films en langue étrangère: Entre les murs, film français de Laurent Cantet réalisé à partir du livre de François Bégaudeau, Palme d’or de Cannes. François est un jeune professeur de français dans un collège difficile. Il n'hésite pas à affronter Esmeralda, Souleymane, Khoumba et les autres dans de stimulantes joutes verbales… jeu dangereux.

De celui-là, je vous ai parlé récemment, mais au cas où cela ne vous aurait pas frappé, ma critique est toujours sur mon blogue Venise du Voir.

L’étrange histoire de Benjamin Button (The Curious Case of Benjamin Button), tirée d’une courte nouvelle de Francis Scott Fitzgerald où un homme âgé rajeunit plus les années avancent. Les choses se compliquent lorsqu’à 50 ans, il (Brad Pitt) tombe amoureux d’une femme (Cate Blanchett) qui en a 30.

Voilà qui était pour les deux que j’ai vus, mais j’aurais pu aller en voir plein d’autres. Et peut-être que VOUS, c’est ce que vous avez fait. Ceux-là, ils vous disent quelque chose ?

Harvey Milk (Milk), le film s’inspire de plusieurs essais sur ce pionnier de l’activisme gay. Conseiller municipal à San Francisco, Harvey Milk, incarné par Sean Penn, est le premier homme politique américain à avoir parlé ouvertement de son homosexualité. Il fut assassiné, avec le maire de la ville, en 1978.

Slumdog Millionaire, librement adapté des Fabuleuses aventures d’un indien malchanceux qui devint milliardaire, de Vikas Swarup. Ce film réalisé au Royaume-Uni raconte l’histoire de Jamal Malik, 18 ans, orphelin vivant dans les taudis de Mumbai, qui est sur le point de remporter la somme de 20 millions de roupies lors de la version indienne de l'émission Qui veut gagner des millions? Il n'est plus qu'à une question de la victoire lorsque la police l'arrête sur un soupçon de tricherie.
Je viens de réaliser que Inukshuk l'a vu et a beaucoup aimé.

Le liseur (The Reader), adapté du célèbre roman de Bernhard Schlink, montre un jeune étudiant en droit allemand découvrant, au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale, que son amour de jeunesse aurait été impliqué dans les crimes nazis. Kate Winslet et Ralph Fiennes y partagent l’écran.

Doute (Doubt), adaptation d’une pièce de théâtre de John Patrick Shanley. En 1964, la directrice d'une école catholique du Bronx, une sœur aux méthodes de discipline sévères, accuse de pédophilie un prêtre populaire. Le film s’appuie sur le duo Meryl Streep et Philip Seymour Hoffman.

La duchesse (The Duchess), adaptation de la biographie de Georgiana de Devonshire, écrite par Amanda Foreman. Mariée à 17 ans au duc de Devonshire, Georgiana séduit très vite la haute société. Pourtant, derrière cette image flamboyante se cache une femme délaissée par un époux – seul homme insensible à son charme – qui lui préfère sa meilleure amie, Elizabeth Foster, et lui impose un ménage à trois. Georgiana, mène toutefois une vie mondaine trépidante et décide de se lancer dans la vie politique au côté du parti libéral. Keira Knightley tient le rôle principal.

Les noces rebelles (Revolutionnary Road) est adapté du roman de Richard Yates. Au milieu des années 50, un couple de banlieusards qui ont tout pour être heureux sont confrontés à un dilemme: écouter leurs désirs ou s'adapter à la société. Nous retrouvons le duo de Titanic, Kate Winslet et Leonardo DiCaprio.

Et je rajoute cette catégorie pour mon mari, pour lui faire plaisir. Pour qu’il se sente important surtout : Dans des catégories plus techniques, nous pouvons noter certaines adaptations de bandes dessinées comme Batman ou Iron Man.

Les descriptions de films viennent du site Le Libraire.

mercredi 28 janvier 2009

Finalistes Prix des Libraires

Je l'attendais avec impatience cette nomination, sachant que le sort serait jeté à 10 h 00 ce matin pour 10 titres québécois, 5 se voyant éliminés, les 5 autres se voyant mis sur la sellette mais surtout bien en évidence sur les tablettes des librairies.

"C’est lors d’une conférence de presse ce matin, à la Grande Bibliothèque, que les libraires ont dévoilé les livres finalistes du Prix des libraires du Québec 2009. Ce concours annuel, organisé par l’Association des libraires du Québec (ALQ) pour la seizième année, présente deux catégories : Roman québécois et Roman hors Québec. Il se veut un hommage aux auteurs dont les oeuvres ont retenu l’attention des libraires au cours de l’année, tant par leur qualité littéraire que leur originalité. N’ayant pas pour critère lesmeilleures ventes en librairie, le Prix des libraires du Québec a pour mission de repérer de nouveaux talents et de souligner l’accomplissement d’auteurs établis".

Alors, voici sans plus tarder comme si nous y étions :

CATÉGORIE ROMAN QUÉBÉCOIS

Le ciel de Bay City
Catherine Mavrikakis
(Héliotrope)

Du bon usage des étoiles
Dominique Fortier
(Alto)

La machine à orgueil
Michel Vézina
(Québec Amérique)

Tout m'accuse
Véronique Marcotte
(Québec Amérique)

Zakuro
Aki Shimazaki
(Leméac/Acte Sud)


CATÉGORIE ROMAN HORS QUÉBEC

Là où les tigres sont chez eux
Jean-Marie Blas de Roblès
(Zulma)

La Route
Cormac Mc Carthy
(De L'Olivier)

Seul le Silence
R. J. Ellory
(Sonatine)

Syngué Sabour
Pierre de patience
Atiq Rahimi
(P.O.L.)

Toute la nuit avant nous
Marcus Malte
(Zulma)

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Mes impressions ?

J'ai fait un gros "ouf !" rassurée pour Le bon usage des étoiles. Je pense que je l'aurais pas pris !

Même si je ne l'ai pas lu, j'avais juré (sans cracher) que Le Ciel de Bay City en serait. Il ne pouvait en être autrement d'après la réaction de la blogosphère. Je me retiens de ne pas le lire tout de suite, un peu comme on garde le chocolat sur le dessert quand on aime le chocolat. Mais j'ai hâte et je ne pense que je puisse avoir encore plus hâte.

Je suis très contente pour Tout m'accuse j'ai cru à tort que ce roman était passé inaperçu. Cette nomination est méritée.

Je ne voulais pas lire La machine à orgueil, je ne suis pas attirée et à peine si je sais pourquoi. Vais-je devoir m'y résoudre et avoir possiblement une surprise ? Comme j'ai le goût de lire les cinq pour mieux prédire, savourer (ou critiquer !) l'annonce finale le 11 mai, je n'ai presque plus le choix !

Et puis, Zakuro, trois fois que j'ai empêché ma main de l'apporter à la caisse. Je le regrette mais pas pour longtemps !

Pour le HORS QUÉBEC, j'ai évidemment peu à dire, étant donné mon peu de connaissance mais quand même, comme il faut une exception à toute règle, cela sera Syngué Sabour. Cette nomination n'y change rien, il est déjà inscrit sur ma liste. Ou même dans le ciel. D'ailleurs, helenablue en fait une belle critique, pour ne pas dire une ovation.

Un trois mois et demi d'expectative à se mêler et se démêler dans nos pronostics. À se compromettre, s'obstiner un peu pour, en bout de page, lire avec encore plus de motivation ... si c'est possible !

Qui commence ?

lundi 26 janvier 2009

La gueule du loup - Nadia Gosselin

On dit tomber dans la gueule du loup mais, ici, Loulou s’y projette. Après un voyage en avion la menant à Bruxelles, après quelques mois d’échanges épistolaires enflammés via l’internet et des coups de fils enthousiastes, le jour est venu de confronter le virtuel au réel. Le choc est grand pour la Québécoise. Elle le savait plus âgé de 30 ans mais jamais elle n’aurait pu imaginer que l’attirance éprouvée par l’écrit s’évanouirait dès le premier regard à l’aéroport. Comme il a défrayé le prix du billet mais surtout parce qu’elle se sent honteuse de le rejeter pour une question d’apparence, elle partagera son deux et demi, ainsi que son existence pendant deux semaines.

Ce roman est le récit de ces deux longues semaines. Nous entrons dans ce huis-clos étouffant, l’intérêt y est et cela même si s’insinuent des doutes face aux prétextes évoqués pour que Loulou reste, malgré son intense malaise. Parce que l’auteure sait y faire, cerne bien ce qui fait une relation tordue, on accepte de jouer le jeu. On suit les manèges malins de cette communication malsaine où la femme infiniment troublée se sent coupable de ne pas être à la hauteur des mots d’amour qu’elle a écrit à cet homme. Elle réalise qu’elle a fait l’amour virtuel à un inconnu et bien pire à un homme vieilli et malade. Celui-ci avait une leucémie qui se serait guérie depuis leur échange enflammé. Elle en a donc lourd sur les épaules ; elle incarne sa guérison ! Elle est atterrée de réaliser que le physique est plus fort que l’esprit, qu’on peut éprouver l’exultation et l’exaltation via les mots mais qu’une fois devant celui qui les a portés, tout peut s’éclipser par désenchantement devant un physique ingrat. Elle se sent coupable et qui se sent coupable ouvre toute grande la porte à la manipulation. Et l'homme qui voue une admiration sans borne à la beauté sauvage des loups maniera cette culpabilité avec l’habileté du boucher qui dépèce.

Une certaine ambiguïté a alimenté mon questionnement ne serait-ce que pour la dédicace se lisant ainsi : « À cet homme-loup, dont le hurlement de tristesse retentit encore dans ma mémoire ». J’avoue que la question m’a poursuivie ; est-ce qu’une part de cette histoire serait arrivée à l’auteure ? Je sais, on ne devrait pas se poser cette question puisque peu importe la réponse. Cela a été plus fort que moi, à cause principalement du regard désapprobateur posé sur le personnage féminin, accentué en lisant le quatrième de couverture : Et si la Belle s’avérerait plus monstrueuse que la Bête ?

Est-ce que l’auteure veut nous laisser croire que cette femme est monstrueusement fautive ? Que le personnage Loulou se sente coupable jusqu’à étouffer de honte, c’est fictivement et dramatiquement captivant, mais l’ambiguïté viendrait que l’auteur semble, je dis bien semble, être d’accord avec son personnage ! Autre point, l’auteure ne nous invite jamais dans les pensées de l’homme Loup, tout porte donc à croire que ce fieffé manipulateur est LA victime. Tout ça pour dire, et peut-être d’une manière trouble je le concède, que ce roman a exigé de moi de me positionner fermement : cette femme, personnage ou réalité, n’a commis aucune faute et n’a pas à se sentir coupable. Voilà, c’est dit !

Le style maintenant. Parfois légèrement ampoulé, surtout au début, mais en général les phrases respirent bien, se rythment, portées par un souffle constant et assuré. Le résultat d’ensemble est assez fort pour maintenir l’intérêt. Petit détail agaçant, je n'ai jamais lu autant de fois le mot "naïve" en 164 pages.

J’ai relevé cette affirmation clé du quatrième de couverture : « La gueule du Loup bouscule tous les mythes amoureux, surtout ceux qui font de l’amour un sentiment pur ». Personnellement, j’ajouterais, si on me le permettait (!) ... Comme l’amour ne naît pas nettement sur le net, s’il y a un mythe à bousculer c’est que l’amour virtuel est pur, parce que venant de l’esprit, et que le réel l’est moins, parce que composant avec le physique.

Deux commentaires à La Recrue : un de Anick et l'autre de Lucie.

La gueule du Loup
de Nadia Gosselin a été sélectionné, en 2004, par l'Union des écrivaines et des écrivains québécois (UNEQ) dans le cadre de son programme annuel de parrainage. C'est un premier roman paru chez Guy Saint-Jean Éditeur en 2008.

samedi 24 janvier 2009

Vrac un jour ... Vrac toujours

Vous n’avez pas eu le temps d’écouter le Club de lecture Bazzo.tv ? Dommage pour vous, c’était beau de voir les esprits s’enflammer autour de cette table. La flamme de la passion, je veux dire. Sophie Faucher, cette semaine, était d’une drôlerie ! Sa flamme brillait, pétillait, crépitait tellement, qu’avoir été à ses côtés, je gage que vous auriez reçu une petite étincelle !

J’ai dit « dommage » mais c’est sans compter que vous pouvez vous reprendre. Je vous recommande ce 9 : 52 minutes réjouissant ! Club de lecture Bazzo.tv avec Jean Barbe, Sophie Faucher et Pascale Navarro. Il est question de l’essai intitulé Michelle Obama, First Lady (Éditions Plon) et de La bar-mitsva de Samuel, roman de David Fitoussi paru aux éditions Marchand de feuilles.

Tout feu tout flamme
Venez entendre une discussion houleuse sur la mort du livre où les débatteurs, Patrick Lagacé, Jean-François Nadeau, Marie Laberge et Philippe Marcoux n’ont pas la langue de bois et, heureusement, car elle aurait pris en feu. Avec l'extrait audio, l'avantage, vous pouvez les faire répéter.

C'était à l'émission de Christiane Charette et si vous voulez mieux comprendre leurs dissensions :
Le 15 décembre, Patrick Lagacé écrivait dans La Presse qu’Internet avait tué le lecteur de livres en lui. Le livre se meurt et ce n’est pas grave a suscité de nombreux commentaires sur cyberpresse.ca.
Le 20 décembre, Jean-François Nadeau, responsable du cahier culture du Devoir, répondait au texte de Patrick Lagacé. Il soulignait que les gens lisent plus de livres et qu’il s’en éditait de plus en plus.


Une étrange histoire

L'étrange histoire de Benjamin Button, présentement à l’affiche, m’a grandement impressionné. Le scénario est basé sur une nouvelle, au même titre que Brokeback Mountain. Manon Dumais, journaliste du Voir conclut ceci :
Plus que le roman, la nouvelle est sans doute le matériau littéraire à privilégier pour l'adaptation cinématographique. Alors que le premier impose de sabrer dans le récit, d'expulser certains éléments chers aux lecteurs ou à l'auteur, de sacrifier quelques personnages, etc., la seconde invite le scénariste, dans le cas présent Eric Roth (The Insider, Munich) et Robin Swicord (Memoirs of a Geisha, The Jane Austen Book Club), à poursuivre la réflexion de l'auteur, à l'enrichir, à donner plus de dimension aux personnages.

Adaptation d'une nouvelle F. Scott Fitzgerald datant de 1921, The Curious Case of Benjamin Button de David Fincher (Fight Club, Se7en) en est le parfait exemple.
Quant à moi, je lui ai accordé *****étoiles. Si ça vous intrigue de savoir pourquoi, allez-y Voir.

jeudi 22 janvier 2009

Les soupers de fête - Jean Barbe

Cette lecture est une expérience et un choix du destin, je ne sais pas lequel passe avant l’autre. L’expérience consistait à lire le dernier, Le travail de l'huître et ensuite le premier roman Les Soupers de fête d’un auteur maintenant reconnu. Et y constater l’évolution. Pourquoi ? Pas seulement pour le plaisir de la chose mais aussi pour entretenir l’indulgence de mon regard posé sur les premières œuvres. Car j’en lis beaucoup, et de plus en plus, des premières œuvres. Pour le choix du destin, et bien, ce roman s’est quasiment glissé dans ma main à la bouquinerie de Sherbrooke « Une histoire … un livre ».

Long préambule avant d’exposer qu’est-ce que j’en ai pensé … Bon, allez, je me lance ! C’est la première fois, je dois le dire, qu’à la lecture du résumé sur le quatrième de couverture, je ne reconnais pas l’histoire que j’ai lue. Il y est dit « Il y a toujours dans un groupe d’amis un être d’exception, plus fort que les autres, qui les dépasse et dont on sait qu’il fera de grandes choses ». Je n’ai pas reconnu cet être d’exception et son potentiel à faire de grandes choses. Je l’ai lu et vu semblable aux autres car il est surtout question d’un trio d’amis ; Caroline, Charles et François « l’être d’exception ». Ce dernier, parti en voyage, revient après un an. Caroline et Charles semblent en être bouleversés ou, en tout cas, leur quotidien fait de non-dits, d’habitudes et de lassitudes l’est. Beaucoup de lassitude flotte sur, sous et entre les lignes de cette histoire assez ténue en rebondissements.

En partant, ce n’est pas nécessairement évident d’éveiller l’attention avec de la lassitude ; la langueur de vivre tire en longueur. Sous un dehors de fonctionnement normal, ces trois personnages nourrissent un trop-plein de frustrations. Le voyage semble occuper une place importante, un peu comme une option pour s'échapper de leur vie, en vivant un salvateur ailleurs, dans leur tête ou dans leur corps.

Charles, ce peintre qui s’auto-punit en ne peignant pas, m'est apparu plus énergique. Le chapitre qui lui est plus explicitement consacré prend du mieux, s’enhardit un peu et j’ai alors réussi à entrevoir le style d’un Jean Barbe, avec du sarcasme, de la dérision, de l’énergie. J’ai enfin eu l’impression que l’auteur prenait son élan du tremplin de ses lignes pour rebondir, prenant le risque de ne pas savoir où il poserait ses pieds. C’est cet abandon-là qui manque le plus cruellement à l’ensemble de ce roman. Il est tenu sous brides, un peu comme une personne invitée à une entrevue et qui voudrait tellement bien faire, et ne surtout pas se tromper, qu’il s’en exprimerait la voix éteinte, les émotions étouffées sous un épais couvert d'interdits.

Difficile de voir, d’entendre Jean Barbe derrière ces lignes. Mon expérience est donc tout à fait concluante ; il ne faut pas juger trop vite les premiers romans et pour l’affirmer, j’ai en mémoire Le travail de l’huître, cette œuvre peaufinée, instinctive, habile.

Si je pousse mon expérience et me demande ; aurais-je su détecter le romancier en puissance derrière cette première œuvre ? Alors là, j’avoue un humble « Je ne sais pas » pour l’ensemble et un franc « Non » à la lecture du premier chapitre. Ce premier chapitre m’a donné de l’urticaire : vais-je continuer l’expérience ? Je l’ai trouvé carrément nébuleux, et carrément en autant que la nébulosité puisse avoir une forme. Je me suis posé la curieuse question : à la réception de ce manuscrit, comment le « comité » (malgré qu’un comité soit souvent composé d’une seule personne) a-t-il eu la motivation d’aller plus loin ? Je le répète, je parle du premier chapitre seulement, la suite s’améliore et on peut dire grandement dans ce cas. Mais c’est assassin un premier chapitre d’une vingtaine de pages sur un roman de 157, et je le dis pour tous les postulants écrivains.

Je ne regrette pas ma lecture. J’y ai été intéressée malgré les nombreuses maladresses, n’oubliant pas non plus qu’il n’y a pas que son auteur qui a évolué depuis 1991, notre littérature au grand complet, incluant les commentateurs. Et ici, je fais allusion à mon rôle de commentatrice qui, il ne faut pas l'oublier, a tout l'avenir devant lui pour évoluer !

lundi 19 janvier 2009

Connaissez-vous Venise ?

Je me connais assez mais je ne connais pas Venise. Pas tant que ça. J’avais justement le goût que l’on bavarde un peu entre deux comptes rendu de lecture et voilà que je reçois un courriel de Jules qui m’envoie sur un site de poésie sur Venise. Cette lecture a agit comme un puissant apéritif, quasiment un aphrodisiaque, et mon cœur s’est mis à palpiter pour Venise. J’ai donc entrepris un petit tour guidé avec monsieur Google. Y est ben fin, il m’a fait voir du beau pour pas cher. Embarquez-vous ? Ça sera pas trop long et, promis, je vous ramène ensuite, sans ambages, juste du ramage.

N.B. : Le Guide touristique parle mais entre parenthèses, c’est moi, l’exubérante et bavarde touriste qui s’ouvre le clapet.

Que serait Venise sans la place Saint Marc? (et que serait Venise sans Marc ?) La place St Marc est considérée comme le cœur de Venise (et Marc considère le cœur de Venise) de par sa situation au bord du grand canal où l’on trouve d'abord le "molo", le quai servant d'embarcadère aux nombreuses gondoles et vaporetto. Vient ensuite la piazzetta, place où se trouvent deux colonnes sur lesquelles sont représentés les deux emblèmes de Venise : le lion de St Marc et la statue de St Théodore, ancien patron de Venise (connais pas patron St-Théodore, connais juste patron Marc).

Construite au XVème siècle, dominée par les maures frappant une énorme cloche, la tour de l’horloge de Venise indique bien évidemment l'heure mais aussi les phases lunaires, solaires et zodiacales (tiens, à Venise, y a pas de honte à suivre son horoscope)

La visite du palais des doges et des passages secrets vous permettra de découvrir des salles qui ne sont pas incluses dans le tour habituel, comme la salle du Grand Chancelier, celle de la Chancellerie secrète, celle des Inquisiteurs, ou encore la salle des tortures. Vous comprendrez ainsi l’organisation de la justice et les mystères de la Serenissime et en palperez l’ambiance (palper l’ambiance de la salle des tortures ? Sont vendeurs. Qu’est-ce que c’est ça Serenissime ? Mon saint et patron Marc qui répond patiemment à toutes mes questions dit que ça veut dire Venise, la Sereine – euh … appelez moi pas tout de suite La Serenissime, j’ai besoin d’y réfléchir encore)
.
Un passage sous le pont des soupirs à Venise est inévitable ! Même si sa réputation en a fait un haut lieu du romantisme, autrefois son utilité était tout autre. Il reliait la salle des jugements à la prison et en le traversant, les prisonniers soupiraient à l'idée d'apercevoir peut-être pour la dernière fois la ville et le grand canal (je continue de penser que cœur qui soupire n’a pas tout ce qu’il désire).

Murano ! Torcello ! Burano ! Lido ! … Ô eau mama mieau Ô !

Murano est l’île la plus grande de la Lagune vénitienne après celle de Venise même. En 1291, l'activité verrière est déplacée sur Murano, sur ordre du gouvernement, afin de limiter les risques d'incendies (vous souvenez-vous de mon coup de cœur pour le pendentif en verre de Murano ? (billet 8 décembre : Tout à coup, je LE vois, ce pendentif aux verres chatoyants, et son élégance joyeuse me va droit au cou).

Burano comprend une population de 4.000 habitants, se situe au nord de la Lagune et est connue pour sa fabrication de dentelle (du verre à Murano, de la dentelle à Burano : Venise, si féminine !)

Torcello fut autrefois l’île qui comptait la population la plus importante de la république vénitienne avec plus de 20.000 habitants mais actuellement il reste moins de 100 habitants et une grande histoire : Quand je suis arrivée à Torcello, j’ai eu l’impression de me retrouver au début de la deuxième partie du Parrain, avec ce paysage décadent, triste et rural, égayé par la joie des habitants et de leurs échoppes (Le Parrain … Venise un peu moins féminine peut-être).

Au début du siècle à l’île Lido, la plage était fréquentée par les artistes et écrivains. À l’heure actuelle, la tranquillité de la plage a disparue (vous allez vite comprendre pourquoi), si vous y allez bien habillés (!), vous passerez une soirée un peu différente au Casino de Lido (et si manque de pot, vous revenez à la nage)

De la poésie, en digestif :

De Saint-Marc à Venise
Sur l'eau verte, bleue ou grise,
Des canaux et du canal,
Nous avons couru Venise
De Saint-Marc à l'Arsenal.
Anna de Noailles.

Venise pour le bal s’habille
De paillettes tout étoilé,
Scintille, fourmille et babille
Le carnaval bariolé.
Théophile Gautier

Les gondoliers rament sans bruit
Pas un bruit.
Seuls les gondoliers se racontent.
Les rames bruissent à peine...
Rainer Maria Rilke

samedi 17 janvier 2009

Sortie côté jardin - Patrice Servant

Je me suis aventurée dans cette plaquette sans trop savoir de quoi il en retournait puisque j’ai l’habitude (fâcheuse ?) de ne pas lire les sommaires du quatrième de couverture pour tout ce qu’ils s’y révèlent de trop, parfois. Pas toujours, c’est vrai, mais je ne prends pas de chance, je l'ai donc lu après :

« Pierre a tué, et quatre fois plutôt qu’une. S’il a été contraint de devenir un criminel devant la loi, c’était pour déjouer un système cruel et cynique qui prolonge la vie au-delà de toute humanité. Aussi était-ce par amour, et selon la loi que lui dictait son cœur d’homme, d’amant, de frère, qu’il s’est interposé pour aider la mort et la laisser emporter ceux qu’il a aimés ».

Heureusement d'ailleurs car je m’apprêtais à patiner pour ne pas vous dévoiler que Pierre Bellerose, un homme âgé, atteint d'alzheimer, avait aidé quatre personnes condamnées par la maladie à se retirer de la scène de la vie. Nous prenons connaissance de ces cinq décisions, incluant la sienne, via une lettre que le vieil homme adresse à son fils aîné.

Tout le monde a maintenant compris ; c’est un livre qui traite de l’euthanasie, mot que Patrice Servant n’a cependant jamais prononcé.

J’étais toute disposée à l'aborder comme un roman, autofictif ou non, qu'importe, mais mes attentes raisonnables étaient d’être touchée par cette lettre ouverte, franche, bien rédigée. D'autant plus qu'elle est éditée. La lettre de ce père, s'adressant à l’aîné de ses cinq enfants, s'apparente à une longue confidence qui relate sa vie. Elle fait aussi, et surtout, état de sa décision arrêtée de fermer le commerce de sa vie. Même si je lui ai trouvé un côté propagande un peu dérangeant, j'ai assez apprécié la lecture du premier cas, celui de l'auteur de la lettre. Mais quant à être dans les confessions, celui-ci en profite pour avouer quatre meurtres, des crimes au sens de la loi sociale, mais pas la loi de l’amour, d’après la vision de ce personnage.

À moins que je me trompe, ce qui est toujours possible, le message est que la liberté impose à tous de choisir de fermer boutique quand il en a terminé avec sa vie, s’évitant une mort dégradante. Avilissante. Et que celui qui y participe activement, en autant qu’il le fasse par amour, est un bon gars.

Le message est écrit en grosses lettres, sous forme d’une lettre. De trop grosses lettres à mon avis. Je ne sais pas si l’auteur a cru, ou voulu croire subtil son plaidoyer mais cinq cas en 113 pages, c’est beaucoup pour une seule personne qui s’apprête à elle-même quitter la rive. On rase la loufoquerie, surtout qu’un des cas est digne des meilleurs drames d’horreur qui soit. Dommage quand même, un peu plus de subtilité et de sobriété dans le propos l’aurait mieux servi.

Le cas de l’épouse de Pierre Bellerose est assurément le plus touchant. Il vibre vrai celui-là. Ses accents de vérité sont déposés à la bonne place, sur le cœur. D’y avoir ajouté d’autres cas se bousculant dans le temps fait quasiment de monsieur Bellerose, ce vieillard atteint d’un début d’alzheimer, un tueur en série. Surtout que le ton devient, à un moment donné, surprenamment froid, détaché, presque automate.

Est-ce que l’auteur a voulu défendre une cause ou bien seulement désiré nous offrir à lire une histoire surprenante et un peu choquante ? La présentation est trop ambigüe pour que je puisse répondre à cette question. S’il y a des personnes intéressées à vérifier pour tenter d'y répondre :

Sortie côté jardin, Patrice Servant, Amérik Média, 113 pages.

jeudi 15 janvier 2009

Le récital - Nicolas Gilbert

Sous cette couverture blanche palpite six personnages qui s’articulent autour d’un évènement, un récital. Je ne connais rien de la musique classique, ni contemporaine, et je n’ai jamais assisté à un récital et pourtant, j’ai eu un plaisir fou à lire cette histoire.

Cette manière qu’a eue Nicolas Gilbert de me présenter ses six personnages m’a égaré autant que charmé. Juste ce qu’il faut d’égarement, comme il s’en faut lors d’un voyage où l’on met les pieds dans un lieu inconnu et où l’on doit abandonner ses repères au seuil de soi.

L’entrée en matière est directe et le lecteur tout de suite projeté au cœur des pensées d’un être humain, pas de présentation académique sous l’angle social. Les informations s’infiltrent subtilement, intelligemment. Si on me commandait un seul mot pour décrire ce roman, ce serait incontestablement intelligent.

L’intelligence de la forme qui comprend ici la conscience de chaque mot, chaque silence, chaque temps. L’intelligence du fond où l’on se rit des travers humains, un peu comme chez Molière, sa galerie de personnages les comprends tous, et le rire ne s’éclate pas, il se rigole dans un gloussement glouton.

Je me suis délectée car pour moi une histoire, c’est fait de personnes à qui on prête vie. Et ce n’est pas tant que je me sois attachée ou attendrie devant ces personnages, ils ont plutôt exercé une forte attraction chez moi. Je dirais même que c’est une des premières fois, sinon la première, où c’est l’attraction qui mène le jeu. Le jeu de l’esprit.

Si cela vous donne l’envie de les connaître, je vais vous les présenter par leur nom, leur titre, mais attendez-vous à rester sur votre faim. Pour vous rassasier c’est soulever le couvercle de ce trésor qu’il vous faut absolument faire : Laurent, le pianiste. Sophie, la serveuse. Charles, le placier. Jean, le Compositeur. Bernard, l’Esthète. Antoine, le Puceau.

Six visions, six angles, et le centre de cet hexagone est l’évènement « Récital » avec son avant, son pendant et son après. L’évènement n’a pas de vie en soi, il a une vie en autant qu’il soit vécu et vu par ces six regards. Un peu comme le son, existe-t-il, s’il n’y a personne pour l’entendre ?

Je le répète, ce roman est intelligemment conçu. En plus, comme s’il avait besoin d’un plus, la fin est d’une finesse et d’une générosité sans égal, par la bouche du Compositeur, l’auteur nous en donne la recette, en répondant à la Serveuse qui lui demande des conseils pour structurer son roman :

« Je vais te faire mes suggestions. Mais fais bien attention de ne pas les suivre de trop près : tu risquerais d’écrire un roman de compositeur ! À mon humble avis, tu ne devrais pas relater la soirée dans l’ordre chronologique parfait, mais suivre une sorte de parcours en dents de scie menant du début à la fin de la soirée. Cela ajoutera une touche d’imprévisibilité et forcera le lecteur à travailler un peu, à faire des déductions. […]
Par respect pour l’intelligence du lecteur, donne-lui certaines pistes pour comprendre ta structure, envoie-lui des signaux, mais ne lui dis surtout pas tout, laisse-lui du travail à faire. Ne te gêne pas pour l’induire en erreur de temps à autre, pour l’envoyer sur de fausses pistes. Utilise des paradoxes, des double sens, des mises en abyme : l’important, c’est que ton lecteur « bouge », qu’il soit actif ».

Personnellement, j'ai été très active.

N.B. : Vous avez la chance d'emprunter les yeux de six rédacteurs pour voir "Le Récital". Pour tout vous dire, nous sommes cinq aujourd'hui mais serons six en fin de semaine. Un des rédacteurs est en retard pour la difficulté de mettre la main sur le roman paru en septembre mais déjà disparu des tablettes de nos librairies. Après 3 semaines d'attente, il l'a reçu le 14. Et Annick, convaincue qu'elle ne le recevrait pas à temps a décidé de laisser tomber pour cette fois.

mercredi 14 janvier 2009

L'entrevue avec Venise : quel beau voyage !

Vous rappelez-vous, une étudiante en rédaction en communication est venue m’interviewer chez moi ? J’ai reçu le résultat voici quelques jours et le titre ci-dessus est celui du travail. Pouvez-vous imaginer que j’y ai retouché pour le rendre un peu plus concis ? Allez, si ça vous intéresse ! * Illustration dans son contexte

Introduction
Dans cet univers parfois sombre appelé Internet, nous avons réussi à trouver une puissante lumière. Il s’agit de Venise Landry, comédienne, écrivaine et principale rédactrice du blogue « Le passe mot de Venise ». Nous sommes allés la rencontrer chez elle, à deux pas du théâtre d’été de « la Marjolaine ». Dans l’entrevue qui suit, nous allons nous submerger de son univers et découvrir sa façon de voir et de sentir l’écriture. De plus, nous nous interrogerons sur le sens du canal utilisé par madame Landry, soit le blogue, pour diffuser ses écrits.

Qu’est ce que l’écriture représente pour vous ?
En fait, je suis incapable de passer une journée sans écrire. Je trouve qu’il y a une différence entre les mots oraux et les mots écrits. L’écriture représente d’une part une introspection du comment je me sens, un silence qui se fait dans ma vie. Je vais plonger à l’intérieur de moi pour ensuite photographier ce moment. Au lieu de le rendre en images, je le rends en mots. D’autre part je dois dire qu’elle représente un pont pour aller rejoindre les autres et c’est primordial car ce n’est pas que pour moi que j’écris.

Comment devient-on écrivain?
Je crois que l’on est (naît) écrivain ou on ne l’est pas.

Selon vous, pour écrire faut-il de l’inspiration ou de l’imagination?
J’aurais tendance à dire qu’il faut surtout de l’inspiration, mais cela dépend toujours de l’écrivain. Il y a place à plusieurs sortes d’écrivains.

Peut-être est-ce pour cela que votre blogue, Le Passe-mot, est plus consacré à des critiques littéraires. Parce que vous avez plus de facilité à décrire plutôt que d’inventer?
Oui. Par contre, je me retiens de ne pas écrire du vécu. Et la question n’est pas de dire que je n’y suis pas à l’aise. C’est comme une discipline que je me suis imposée. Cela remonte à la demande des Correspondances d’Eastman de tenir un blogue où il n’était évidemment pas question d’étaler mon « je ». Pourtant, ma personnalité forte surprenait beaucoup. On me disait : « Je ne serais pas capable d’écrire de cette manière et à ce rythme ». Je me suis rendu compte que dans un blogue, il en va beaucoup de la personnalité. Tu vas à la rencontre d’une personne ou d’un personnage et dans le fond y a-t-il tant de différence entre les deux ? Je suis un personnage avec une mission littéraire.

Pourquoi avez-vous choisi d’écrire dans un blogue plutôt que d’écrire un livre ou des chroniques par exemple?
C’est principalement à cause de la facilité. Du jour au lendemain, on devient son propre éditeur, tout simplement. Ce n’est pas toujours évident d’être édité. Comme on le sait les maisons d’édition, c’est un marché. Elles se demandent avant de publier : « Est-ce que le livre va se vendre? Est-ce que l’auteur est connu? Est-ce que la personne a des références ou un statut, des études … ?

Est-ce que le syndrome de la page blanche vous a-t-il jamais affecté? Si oui, quels ont été vos moyens pour passer au travers?
Du côté de l’écriture de communication, cela ne s’est jamais produit, et à ma grande surprise puisque j’ai peur du syndrome de la page blanche. Lorsque j’écris un texte dont je suis satisfaite et que j’ai de bons commentaires, il m’arrive de dire : « Ça y est, je ne serai plus jamais capable d’écrire aussi bien que cela ». Par contre du côté des projets fictifs, je n’ai à peu près que des pages blanches!

Est-ce que cela vous arrive de ne pas trouver les mots assez justes pour exprimer une idée ?
Certainement que cela m’arrive. En fait je m'imagine mal un seul écrivain qui puisse répondre que cela ne lui arrive jamais parce qu’il serait un peu prétentieux. Et il ne serait plus un écrivain. La matière, ce sont les mots, comme le menuisier a ses outils. Par exemple Monique Proulx, l’une de nos grandes écrivaines, disait qu’elle écrivait à tous les jours mais que parfois elle passait jusqu'à 24 heures à chercher le mot juste! À son sixième livre !

Selon vous, est-ce qu’il est nécessaire d’avoir un riche vocabulaire pour être un bon écrivain?
Absolument ! Nicolas Dickner a déjà répondu à un journaliste qui lui demandait qu’est-ce qu’il aimait lire : Les gens sont complètement ébahis quand je leur dit que je suis en train de lire l’encyclopédie des papillons et des insectes.

Donc ce serait par la culture générale qu’on acquiert un bon vocabulaire?
Il faut aller plus loin parce que la culture générale ce n’est pas juste une nomenclature de mots appris par cœur. Prenons l’exemple de mon mari, il s’intéresse beaucoup aux lois de l’univers et aux planètes, si dans un de ses futurs romans, ou BD (parce qu’il est bédéiste), il y a un personnage qui est astronome, il aura plus de facilité à décrire l’astronomie. Il sera probablement plus inspiré.

Pensez vous que le style qui est propre à chaque auteur est important au moment d’écrire?
Bien sûr ! Ce serait comme demander à quelqu’un :« Est-ce que la personnalité est importante? ». Elle est essentielle. Il existe toutes sortes de personnalités : fortes, étranges, exigeantes, conventionnelles, enthousiastes, expressives, introvertis. Il y a le style concis également, très à la mode présentement et je ne fais pas référence seulement à l’épaisseur d’un livre mais aux phrases. Si trois mots en représentent 30, ton idée devient forte et claire.

Préférez-vous la lecture à l’écriture?
Je trouve que c’est une très bonne question car elle me touche personnellement. J’ai déjà arrêtée de lire, me disant que le temps que j’utilisais pour lire, je devais l’utiliser pour écrire. Depuis que je me suis remise à lire, je me rends compte que je me suis énormément trompée! En réalité c’est tout le contraire : plus on lit, plus on est capable d’écrire.

Les médias influencent-ils votre écriture ?
Je ne pense pas qu’il y ait des écrivains qui se laissent influencer par les médias, je le souhaite du moins! S’il en existe, ils ne doivent pas être des écrivains très forts! Être écrivain, c’est créer et il n’existe personne qui peut venir te dicter ta propre création.

Pensez-vous que la baisse du niveau de la langue française parmi les jeunes influencera-elle la littérature?
Inévitablement! C’est sûr qu’il y a un effort à faire pour bien parler et bien écrire. Le fait de s’exercer à préciser sa pensée est très important. Si l’habitude est d’écrire de façon télégraphique, écrire un roman qui a une portée sera moins évident. J’imagine que la plus belle phrase qu’un écrivain puisse entendre est qu’il a trouvé les mots justes pour toucher quelqu’un.

Conclusion
Après cette charmante rencontre, nous en retenons principalement que Venise Landry est une passionnée des plus passionnantes. Sa personnalité est rayonnante car elle transpire de bonheur. Cette femme fait de sa vie ce qu’elle aime le plus : écrire. Et elle écrit comme elle le sent, comme elle est habile à le faire. Madame Landry s’est découvert un don pour transmettre des informations tout en émouvant et en divertissant les gens. Elle exprime ce don quotidiennement dans son blogue nommé Le Passe-mot, où elle critique des lectures passées et parle d’expériences vécues.

Laura Gagné Marceau (intervieweuse) et Gisella Molero Garcia Rédaction en communication 1 - Département de communication. Université de Montréal

lundi 12 janvier 2009

La mer par Stéfani Meunier

Nous voici vraiment très gâtés. Stéfani Meunier, auteure de Et si je demanderai la mer lisant les commentaires laissés suite à l'entrevue a réalisé que certains étaient restés sur leur faim à la première question "Pourquoi la mer ?".

Elle nous offre donc un bonus, un exposé, presqu'une confidence. Juste pour nous ! Il s'agit d'en profiter, surtout que des amateurs de mer, de son immensité, son plus grand que soi, il semble y en avoir plus d'un. Alors, sans plus tarder, plongeons :

Pour moi, la mer représente la vie; elle en est si pleine ! J’éprouve face à la mer la même attirance mêlée de terreur que face à la vie. Il me semble parfois que c’est là le lot des non-croyants. Je n’ai que ma vie, il n’y a rien d’autre, alors je dois bien la vivre. Ce fait me semble parfois paralysant. Je veux bien vivre, je veux être heureuse, je ne veux pas me tromper, j’ai peur de faire des erreurs alors que les erreurs peuvent générer tant de choses (et des bonnes). Devant la mer, je me remets en question. En voyage, à St-Malo, il y a six ou sept ans (je n’avais pas vu la mer depuis presque dix ans), j’ai décidé de vivre plus, d’avoir moins peur du changement, des échecs comme des succès. J’ai donné ce souvenir à mon personnage d’Héloïse, dans Ce n’est pas une façon de dire adieu.

J’ai eu la grande chance de passer un an dans les Caraïbes il y a quelques années. Je n’avais jamais été aussi heureuse. Heureuse comme on peut l’être enfant, heureuse au présent, sans aucune pensée pour l’avant ou l’après. Je n’ai jamais autant écrit que là-bas, comme si j’avais envie de partager la beauté. Je n’y suis plus, sur mon île, mais je veux toujours partager cette beauté, la faire revivre, alors j’essaie de l’écrire. Je parle de l’île sous toutes ses coutures dans Ce n’est pas une façon de dire adieu, je parle du monde magnifique et fascinant des poissons coralliens dans Et je te demanderai la mer. Je le fais, avant tout, pour me faire plaisir. Et ça marche ! J’aime bien le fait qu’il y ait le mot mer dans le titre de mon dernier roman. Car la mer est si présente dans le livre. Il y a le petit Léo qui pose plein de questions sur la mer à Dan (il lui demande la mer, d’une certaine façon), Marco, le fils de Dan, qui a un but, finalement, celui de partir en voyage pour revoir la mer, cette mer dont il se souvient comme d’un moment, le seul, peut-être, de bonheur et d’unité familiale. Il y a Léo qui ne voulait rien savoir de l’amour mais qui tombe amoureux d’une fille qui s’appelle Océane, Rachel qui pense que c’est la mer qui, alors qu’elle avait huit ans, lui a donné la vie. La mer est partout dans le roman, dans les souvenirs, dans les espoirs, dans les rêves. Elle est un lieu de réunion. On réussit, grâce à elle, à se rapprocher, à se parler, à se raccrocher à la vie.


La mer m’attire mais elle me terrorise aussi, et la mer dans mes livres n’est pas toujours un élément positif. Dans Ce n’est pas une façon de dire adieu, la mer est parfois traitresse, elle vous berce comme une mère pour mieux vous isoler ou vous pousser en bas des falaises. Dans mon prochain roman, je parlerai des grandes vagues qui peuvent tout balayer sur leur passage.


Pourquoi cet amour pour la mer ? Pourquoi pas les montagnes et les lacs de mon beau coin de pays ? J’aime mon lac et mes montagnes d’un amour tranquille, fort mais tranquille. Ce que je ressens pour la mer, c’est de la passion. Je ne sais pas pourquoi. Ça faisait partie de mon équipement de base, je crois. Même toute petite, même avant d’avoir voyagé, je voyais la mer en rêve, j’en avais peur, j’en avais envie. Et là, maintenant, qu’est-ce qu’elle me manque ! J’irai lui rendre visite bientôt.


Signé Stéfani Meunier

Au bout du chemin Nouvelles, 1999, 156 p. Boréal
L'Étrangère Roman, 2005, 160 p. Boréal
Ce n'est pas une façon de dire adieu Roman, 2007, 216 p. Boréal
Et si je demanderai la mer Roman, 2008, 184 p. Boréal

samedi 10 janvier 2009

Une première entrevue - Stéfani Meunier

Voici la toute première entrevue avec un auteur, au Passe-Mot, et cela ne devrait pas être la dernière. J'avoue avoir beaucoup aimé l'expérience. Peut-être ai-je été exceptionnellement gâtée avec Stéfani Meunier, auteure de "Et si je te demanderai la mer". À vous d'en juger !

1. Ce qui m’a poussé à vous proposer cette entrevue est ma curiosité suite à votre affirmation que le thème de la mer dans vos romans était « plus fort que vous ». Pourquoi ?


- Je crois que tous les écrivains ont des obsessions et que ces obsessions se retrouvent dans leurs œuvres, qu’ils le veuillent où non. La mer était absente de l’idée de départ de mon dernier roman. Ça se passait quelque part au nord de Montréal, dans un motel, et c’est tout. Pourtant, comme toujours, la mer a pris sa place. C’est elle qui, sans être présente ailleurs que dans leurs pensées et dans leurs souvenirs, permet aux personnages de créer ou de recréer des liens. Je suis fascinée par la mer (et par l’eau en général) depuis que je suis toute petite. Il y avait chez moi ce livre sur les naufrages que j’ai feuilleté des centaines de fois, fascinée, bien avant de savoir lire. C’est peut-être ce livre qui a fait que, pour moi, les mots et la mer sont nécessairement liés.

2. Avez-vous d’autres passions qui vous nourrissent autant (ou presque !) ?

- Je dis souvent que si j’avais eu une voix, je n’aurais pas écrit. J’ai passé mon enfance à chanter (mal. Très mal). Jusqu’à ce que mon père me dise que j’avais une voix pour écrire (hum). Je l’ai pris au mot. Mais mon premier amour est la musique. Je suis littéralement tombée amoureuse de Monique Leyrac à six ans, en écoutant Les Beaux Dimanches. Cet amour est resté et quelques coups de foudre musicaux ont suivi et continuent d’alimenter ma vie et mes livres. Je n’écris jamais sans écouter de musique. La musique, c’est ma bulle, c’est mon moteur, c’est mon espace de travail.

3. C’est votre quatrième œuvre fictive depuis 1999, quelle est celle dont vous êtes la plus fière et celle sur laquelle vous avez le plus bûchée ?

- Je suis très fière de Et je te demanderai la mer. C’est mon préféré, pour le moment, peut-être parce que c’est mon petit dernier. J’aime beaucoup Ce n’est pas une façon de dire adieu, particulièrement le chapitre L’île, que je trouve magnifique (pour la modestie, on repassera). Moi, quand ça parle de la mer, j’aime ça. C’est sur mon premier roman L’Étrangère que j’ai le plus bûché. Je ne sais plus combien de versions j’ai pu en faire. J’ai fini, pendant un moment, par détester ce livre. Ce n’est plus le cas et je dois dire que c’est un livre dont on me parle souvent. Il a eu peu de lecteurs, mais on dirait qu’il a laissé sa trace sur ceux qui l’ont apprécié. Ça me surprend toujours, je ne sais pas trop pourquoi, comme si ce livre me mettait un peu mal à l’aise, peut-être parce qu’il me ressemble trop.

4. À quel moment de votre vie, vous êtes vous dit « mon rêve serait de vivre de ma plume » ?

- J’ai toujours aimé écrire mais c’est à l’âge de 13 ou 14 ans que je me suis dit que ça serait mon métier. Sauf que vivre de ma plume est toujours un fantasme au même titre que d’aller prendre une bière avec Peter Gabriel.

5. Qu’avez-vous fait pour y arriver ?

- J’ai étudié en littérature, j’ai fait une maîtrise en création littéraire. J’ai surtout beaucoup lu et beaucoup écrit.

6. Qu’auriez-vous aimé savoir à vos débuts que vous savez maintenant ?

- Sincèrement, rien. Toutes les étapes sont importantes et souvent le meilleur moyen d’apprendre c’est de faire des erreurs. Pour apprendre à écrire il faut écrire, alors j’ai écrit, j’ai appris quelques petites choses et j’apprends encore et j’espère continuer comme ça jusqu’à la fin de mes jours.

7. Est-ce que plusieurs idées de romans affluent à votre esprit, vous obligeant à un choix difficile ou s’il y en a tout de suite un qui s’impose ?

- Il y a toujours une idée qui s’impose. Je n’ai jamais eu à choisir entre plusieurs idées de romans. Les choix, c’est pendant la rédaction que j’ai parfois à les faire. Parfois on suit une piste qui ne mène nulle part. Alors on sabre. Comme je ne suis pas très bonne pour jeter quoi que ce soit, je garde souvent mes « coupures » et j’essaie de les recycler.

8. Prenez-vous des notes à l’étape d’incubation d’une histoire ?

- Oui. J’ai toujours un cahier, je le traîne partout, il est plein de phrases, de plans que je ne suivrai pas, de listes de choses à faire qui n’ont rien à voir avec l’écriture, de recettes de cuisine, de listes d’épicerie, de paroles de chansons.

9. Dans quelle mesure est-ce votre plan de départ qui prévaut, êtes-vous de celles qui laissent beaucoup de latitude à vos personnages ?

- Je fais beaucoup de plans, je les suis très peu. Parce que je ne sais jamais quels liens vont se tisser. Et c’est ça, pour moi, écrire un livre. Créer des liens. Les laisser surgir.

10. Appréhendez-vous que votre entourage se reconnaisse dans certains de vos personnages ?

- Pas du tout. Quand j’écris je ne pense qu’au livre. Le reste m’importe peu. Personne ne m’a jamais dit s’être reconnu dans un de mes livres. Soit les gens qui ont inspiré des personnages ne se sont pas reconnus, soit ils ne me lisent pas (les p’tits vlimeux). Et puis, la plupart du temps, quand quelqu’un me fascine assez pour m’inspirer un personnage, c’est quelqu’un que je connais peu, qui m’a laissé une image forte faite surtout d’imagination, de rêve, de fantasme.

11. Que pensez-vous de la littérature maintenant nommée « autofiction » ?

- J’avoue que je ne saisis pas la nuance entre roman et autofiction. Je ne comprends pas son utilité. Pour moi, elle n’en a pas. Si j’écris un jour un livre dont je suis le personnage principal, j’écrirai ROMAN sur la page couverture, c’est garanti. Et je lis l’autofiction comme je lis la fiction. Je ne veux pas savoir si c’est vraiment arrivé et qui est qui. Je veux qu’on me raconte une histoire et qu’on me la raconte bien.

12. Faites-vous lire votre manuscrit à vos proches et si oui à combien de personnes ?
- Je fais lire mes manuscrits à mes parents et à Yvon Rivard (qui a été mon directeur de mémoire). J’ai aussi fait lire mon dernier roman à une amie lectrice.

13. Avez-vous des modèles, des personnes qui vous inspirent, et pas obligatoirement du milieu littéraire ?

- J’adore Stephen King ─ je sais, rien à voir avec ce que j’écris─ mais mes influences sont surtout musicales. J’adore la chanson. Pour moi, c’est l’art suprême. J’essaie de m’inspirer des chansons que j’écoute, de recréer leur ambiance, de mettre en pratique le sens du détail et du mot juste nécessaire à l’écriture d’une bonne chanson. J’admire Leonard Cohen, Richard Desjardins, Damien Rice.

14. Votre idéal serait de consacrer combien d’heures par jour à l’écriture ? À la lecture ?

- Ça dépend. J’aime lire au moins une heure ou deux par jour. Il y a certaines périodes où je lirais toute la journée, d’autres périodes où ma boulimie se calme. J’aimerais écrire tous les jours, j’aimerais être disciplinée. Je ne le suis pas. Ce que j’aimerais, surtout, c’est écrire à chaque fois que j’en ai envie. Je suis chanceuse, c’est souvent possible.

15. Avez-vous besoin d’être rassurée en cours de rédaction et, si oui, à quelle fréquence faites-vous lire votre texte avant d’écrire la dernière ligne ?

- Je ne fais jamais rien lire avant la fin de la première version. Quand je pense que c’est terminé. Je ne crois pas que ça soit une très bonne idée de faire lire avant d’avoir fini. C’est un travail solitaire. La première version doit se faire (comme le dit Stephen King dans son livre Écriture, mémoires d’un métier) la porte fermée. Et la porte, il ne faut pas l’ouvrir trop vite. Il faut laisser décanter le livre un peu avant.

16. Idéalement, sans égard aux facteurs « temps énergie budget », si vous aviez un cours à suivre, quel serait-il ?

- Parfois il me prend l’envie de retourner aux études en psychologie. C’est fascinant, le cerveau. J’aimerais aussi prendre un cours de plongée sous-marine.

17. Quelle est l’étape que vous aimez le moins, de l’éclosion de l’histoire dans votre esprit jusqu’au moment où elle arrive sous les yeux du lecteur ?

- La toute fin, quand je ne suis plus capable de lire une de mes phrases sans avoir un haut-le-cœur, et qu’il faut revérifier les vérifications des corrections apportées aux corrections…

18. Quelle est la question qu’on oublie toujours de poser à un écrivain ou celle que vous rêvez que l’on vous pose ?

- Je vais répondre complètement à côté de la question parce qu’en fait, si je ne sais pas quelle question j’aimerais qu’on me pose, je sais très bien quelle question me terrorise et me laisse muette, l’air d’une carpe. La fameuse : « Ah, vous êtes écrivain ! Quel genre de livre ? Policier, amour, suspense »? Il me vient toujours des réponses ridicules que je garde pour moi (Comment ça, il faut avoir un genre ????? J’écris des livres avec des mots, ça parle de rien, de tout, euh, c’est ça, là, des poissons, de la vie, de la mort quoi !)

19. Quels sont les auteurs que vous aimeriez rencontrer (morts ou vifs !) et auriez-vous certaines questions ou remarques pour eux ?

- Stephen King, bien sûr, je lui demanderais de me parler des dialogues. J’aimerais rencontrer Flaubert, Raymond Carver, Jacques Poulin et puis Réjean Ducharme, tiens, pourquoi pas ? J’aimerais bien être invisible, m’asseoir chez eux et les regarder vivre un peu, les écouter parler, les voir travailler.

20. Peut-on savoir où vous en êtes dans prochain projet d’écriture et, pour terminer là où tout a commencé, est-ce que la mer reviendra y voguer ?

- Je suis au tout début d’un roman. L’action se déroule à Montréal, dans la maison de mon enfance (non, non, ce n’est pas de l’autofiction, juré craché). C’est un roman sur les illusions de l’enfance, de l’amour, de la vieillesse et de la maladie. La mer y aura sa place, bien sûr. Un des personnages est fasciné par les phénomènes inexpliqués (pour rester dans le thème des illusions) et parlera de l’Atlantide, du triangle des Bermudes et des vagues scélérates (des murs d’eau, dont les marins parlent depuis toujours mais dont les scientifiques doutaient de l’existence jusqu’à ce que l’une d’elles soit enregistrée : elle mesurait 31 mètres). Pour l’instant c’est une petite place, mais quelque chose me dit que la mer n’en restera pas là.

jeudi 8 janvier 2009

Le deuxième roman de Nicolas Dickner

Quel en est le titre ? Premièrement, peut-on s’attendre à un titre ordinaire de la part d’un Nicolas Dickner ? Nikolski, par exemple, qui savait que Nikolski est une communauté de 39 habitants, dont 30.77% sont des blancs, 69,23% des amérindiens, 12 familles rassemblées sous 15 maisons, ce qui signifie à proprement parler 0,3 personnes par kilomètre carré, situé dans les Iles Aléoutiennes, en Alaska, localisé à 52e degré, 56 minutes, 29 secondes Nord – 168e degré, 51 minutes, 39 secondes Ouest, d’une surface de 344 kilomètres carrés où sise un aéroport militaire, Nikolski Air Station.

Évidemment, que pour tout savoir sur Nikolski, et du coup un peu sur l'amour de la recherche de son auteur, il m'a fallu demander à ce compagnon de tous les jours : GOOGLE. Lisez ce que Nicolas Dickner pense de GOOGLE et vous allez voir que ceci explique cela :

"GOOGLE a prétendument été conçu pour se rendre le plus vite possible d'un point A à un point B. En réalité, ça ne marche pas comme ça. On connaît le moment où l'on met les pieds dans GOOGLE, mais on ne sait pas à quel moment on en sort, et avec quel contenu. Cela crée du chaos, du désordre, et pour un écrivain, c'est une mine d'inspiration incroyable." (Réf 1.)

"Internet hachure de beaucoup mes séances de travail, et c'est ce que je souhaite. Il m'aide à la fois à me documenter sur les idées que j'aborde, à la fois à éviter de laisser des paragraphes de mon récit inachevés. Je peux créer en temps réel. C'est quelque chose de très organique, de naturel, de l'ordre de la respiration. Ce qui n'est pas le cas lorsque vous faites des recherches en bibliothèque par exemple." (Réf. 1)

"GOOGLE fournit désormais des instruments de bureautique et de gestion, des plateformes de communication, des outils d'orientation, des archives - bref, il structure nos activités cognitives et mémorielles. Pas une année ne passe sans que GOOGLE ne solidifie ses positions dans l'imaginaire collectif, ce qui inspire à Nicholas Carr la neuroquestion de l'année: GOOGLE nous rend-il stupides?" (Réf. 2)

Intéressante question mais ce n’est pas moi qui y répondra ! Mais si la question est quel sera le prochain titre « pas ordinaire » de monsieur Dickner, je suis à même d’y répondre mais auparavant, pour faire durer le suspense de la primeur, écoutez-le nous en parler en 2006 (ça se prépare de longue date les « bébés » Dickner).

« C'est un équilibre nouveau pour moi: manoeuvrer les activités qui me permettront de gagner mon pain tout en m'assurant de me mettre à ma table de travail pour préparer mon deuxième roman. » « Et comme je ne veux pas surfer sur la formule Nikolski mais faire quelque chose d'authentiquement nouveau, ça veut dire que j'ai du pain sur la planche ! »

Il a sûrement bien boulangé parce qu'après trois ans, voici ...

TARMAC

Oui, Tarmac. Pour la définition, cette fois je n’ai pas demandé à GOOGLE mais Le Petit Robert : Tarmac : Dans un aérodrome, partie réservée à la circulation et au stationnement des avions .

La sortie ? Une autre raison pour moi d'avoir hâte à la fin de l'hiver (pardonnez-moi, amateurs de sports d'hiver) car la sortie est prévue "en même temps que les bourgeons ! " selon l’expression même d’Antoine Tanguay, directeur de Alto, maison d’édition de Nikolski et de Tarmac

Référence pour les "extraits" :
1 À la pêche au gros, Xavier K. Richard - Voir
2 Hors Champ « L’année lexicale » de Nicolas Dickner – Voir

mercredi 7 janvier 2009

Nikolski de Nicolas Dickner

Il est rare que je lise un roman une deuxième fois. Si je l’ai fait cette fois-ci, c’est au nom du souvenir d’un roman frappant par son originalité. Et pour le faire connaître à Marc.

Qui n’a pas lu ou entendu parler de Nikolski ? Les chemins sont déjà débroussaillés, que dire pour vous apprendre quelque chose, que dire sans se répéter à l’infini et comment ne pas mélanger mes impressions de première et de deuxième lecture ?

Je commencerai donc par un aveu, j’ai réalisé que je me souvenais peu de l’histoire mais plus de la sensation qu’elle m’avait procurée. Alors quand Marc, intrigué, me posait des questions, je répondais par un « Ah, tu verras bien » mais cela aurait pu être « Ah, je ne le sais pas plus que toi ».

L’histoire en est une de trajectoires, celles de trois destins liés par le sang, sans le savoir. Se croiseront-ils, seulement, ou se reconnaîtront-ils ? Peut-être le résumé le plus court rédigé de ma vie, remarquez-le je vous prie, c’est peut-être le dernier, aussi bref s’entends.

L’originalité maintenant, puisque c’est elle qui m’a tant frappée. Pour cela, je reviens à ma première lecture voici environ trois ans. Je lisais peu à ce moment-là et les romans, pour moi, se découvraient avec un personnage central et des secondaires qui se contaient leur petite histoire, ensemble, pour qu’elle se dénoue et échoue au mot fin d’une manière convenue. Et puis, là, m’arrivent ces personnages qui ne savent même pas qui est le principal du secondaire, qui se camouflent derrière les branches de leur arbre généalogique, les branches se frottant ensemble sans s’entrechoquer. C’est du haut des yeux du lecteur que se lisent ces destins. On se sent devin ou divin, selon ses croyances, mais un peu égarés aussi sur cette carte exposant des trajectoires de vies, celle d’une mère aussi, car l’homme cherche souvent les vestiges de la sienne, archi connu ça.

Le style de Dickner n’est pas en reste de l’histoire, il se tient dans du jamais vu, du unique dans son genre, comme devrait l’être le style de chaque écrivain en somme. Sa précision vient de l’énumération, un homme de laboratoire du mot, qui les accumule pour des expériences sensorielles, inlassable ramoneur de marge ramenée au cœur du texte. Le marginal, de par sa définition, n’a pas la vision attendue et je soupçonne qu’il n’y a là aucun effort de sa part, c’est du lui-même craché en mots pesés, soupesés, ciselés.

Bon, j’arrive à ma confession ; j’ai préféré ma première lecture à ma deuxième. Même roman pourtant, les lignes ne se sont pas mises à divaguer sous la couverture, alors je m’accuse de ma très grande faute ; avoir lu d’autres originaux. C’est donc de l’ordre de la bonne nouvelle. On se réinvente ici, au Québec, dans mon cher Québec de son nom de province, on réinvente l’originalité à cœur de jour.

Mais vous dire jusqu’à quel point j’ai hâte de lire son deuxième roman, ça se dit même pas !

Alors, je ne le dirai pas.

Nikolski, Nicolas Dickner, Alto 322 pages. -
N.B. Au moment où je publiais ce billet, blooger était en difficulté et refusait toute illustration (snif ! ... je me reprendrai !)

dimanche 4 janvier 2009

Et je te demanderai la mer - Stéfani Meunier

Une histoire de mer, de mère aussi, et surtout de père ! Vous comprenez qu’il s’agit de relation parentale et si je rajoute qu’il y est question de trois adolescents, vous saurez que la communication est au centre de ce roman, rompu par des ères de silence, de malentendus, d’absence ou d’extrême communion. Quant à être dans le sujet, s’y greffe la séparation des parents pour cause de carence communicative, la maladie du siècle !

N’allez pas croire pour autant que ce roman soit déprimant, loin de là, puisque Stéfani Meunier a ciblé la relation communiante, celle de Dan et Léo. Pourtant, en surface, rien ne prépare ces deux êtres à cette complicité hors du commun. Dan vient de se séparer, désabusé, il devient propriétaire d’un motel, lieu idéal pour rester en marge de sa vie et pour vivre du passager. Le garçonnet, Léo, est un client du motel, en compagnie de sa mère qui noie sa vie dans l’alcool. S’installe donc cette relation homme-enfant qui, malgré qu’elle ne soit pas le centre du roman, en deviendra le cœur qui bat. C’est certainement cette relation qui m’a le plus attachée à ces lignes peut-être parce que, par cette communication réussie, se comprends la faille des autres.

L’auteure a le contrôle de son histoire et nous la dévoile consciencieusement, pan par pan, personnage par personnage. Je me suis fait penser à une visiteuse de galerie, s’arrêtant devant chaque portrait, plus que le temps d’une révérence, mais suffisamment longtemps pour décroûter la surface de la peinture et entrer là où les peurs fourmillent. Est particulièrement frappante la peur morbide de Rachel, la peur de perdre son enfant, Mario, le fils de Dan. C’est très excessif et maintenant que j’y pense, je me dis, que cette peur a été agrandie sous une lentille grossissante, que ça pourrait être grotesque mais curieusement, ce ne l’est pas. On accepte toutes les propositions de l’auteure, je me dis que c’est ça le talent de présenter des personnages et leur histoire. Pour ma part, il y a à peu près que la dernière, celle du troisième adolescent Arthur et son père immigré qui m’a laissé froide. Est-ce parce qu’elle est racontée sur le coin d’une table un soir de party ? Cela devient plutôt anecdotique, même si elle fait partie du thème, mais au moins, elle n’altère pas le rythme puisque c’est à la toute fin.

J’aime ce flirt avec le symbolisme, les corrélations entre la mer, les monstres marins et les peurs sournoises. Ce n’est pas la première fois que je le remarque mais cette auteure est très inspirée quand ses mots s’emparent de la mer, elle en fait une entité à part entière. C’est exécuté en toute simplicité, sans artifice intellectuel. Ça rajoute un assaisonnement qui se goûte particulièrement dans l’histoire de Dan et Léo, ce qui la magnifie encore plus. Quant à moi, je ne me lasse pas de cet assaisonnement et j'en aurais pris encore plus.

L’histoire s’enfile bien, se dévoile couche par couche, avec beaucoup de maîtrise. Le style est à l’image de cette maîtrise, je ne sens pas l’auteure s'y abandonner complètement, mais je vous dirai que c’est son style. Et il en faut de tous les genres, des styles. Un peu comme le style vestimentaire ; entre le négligé artistique, la tenue de ville classique, l’habillement débridé et fantaisiste, qui peut avancer objectivement que un est plus « beau » que l’autre ? C’est nettement et seulement une question de goût.

Un roman à lire si vous êtes facilement touché par les thèmes relationnels « parent-enfant », si vous aimez les histoires bien cernées et encore plus si vous appréciez qu’un auteur en tienne les brides avec expertise et savoir-faire.

Après une deuxième lecture de cette auteure, je suis en mesure de vous annoncer que la tendance se maintient et que Stéfani Meunier est une auteure que je vais suivre de près.

Et je te demanderai la mer, Stéfani Meunier, Boréal, 176 pages.

vendredi 2 janvier 2009

Du bilanisme

Bilanisme est un comportement pathologique, la manie de dresser des bilans imaginaires, d’après mon dictionnaire de synonymes. Je ne sais pas s’il y a un mot pour quelqu’un qui n’en fait pas suffisamment ? Tout se nomme maintenant. Même l’innommable. Je vais tenter que le mien, mon bilan, ne soit pas imaginaire, cependant, vous n’en aurez aucune preuve. Dans la sphère errante du virtuel, jamais de preuve, et Le Petit Robert reste catégorique sur le sujet : « le virtuel : qui concerne la simulation de la réalité … ».

Une utilisation à outrance des dictionnaires pour s’adresser à ses lecteurs, comment s’appellerait ce comportement pathologique ? Dictionnarisme. Aucun dictionnaire va appuyer mon dire puisque je viens de l’inventer, je ne suis donc pas atteinte. Et bla-bla-bla … Tout pour ne pas faire de bilan ! Trop près peut-être des résolutions que je me refuse de faire publiquement pour la très bonne raison de ne pas les avoir tenues l’année passée ! Mon bilan ressemblera donc à un ramassis de réflexions.

Ce qui ressort de 2008 est une prise de conscience de ne plus lire de la même manière. Je me suis offert une preuve tangible : Nikolski. Je l’ai relu et je ne l’aborde plus du tout de la même manière. Ceci était une bande annonce … compte-rendu de lecture bientôt sur vos écrans, chez vous ou près de chez vous. J’ai le bilan humoristique. Je ne savais pas qu’il s’écrirait sur ce ton. Savons-nous vraiment quel humeur nous habite avant de s’emparer de notre clavier ? Non. Pendant que nous y sommes, parlons-en de ma prise de clavier ! Je ne le prends plus de la même manière, lui non plus. Il s’empare de moi, je le laisse beaucoup plus aller, je retiens moins la bride et il me fait des surprises. J’aime être surprise quand je lis, alors pourquoi pas quand je ME lis.

Mon année a aussi été marquée par le sceau indélébile des liens. Pour être lu, il faut savoir s’attacher à la grande chaîne des liens et ne nous faisons pas croire que nous écrivons un blogue avec l’idée que c’est seulement écrire qui compte. Surtout quand un des objectifs qui nous anime est d’être lu pour que les gens lisent encore plus … de québécois. Il fallait que la sorte celle-là. J’y reviens toujours pour toute son importante matière à réflexion. N’empêche que mon option de lire que du québécois fait encore se questionner plusieurs : ne serait-ce pas se fermer, ne serait-ce pas se priver des autres genres afin de mieux comprendre le québécois par la suite ? L’identité vient du geste de se poser à côté de l’autre, et de voir la différence, de cela je reste consciente. En 2009, mon projet est de continuer dans le québécois, incluant de temps en temps les exceptions qui font la règle. C’est sûr, l’envie de goûter à nouveau la littérature française est là et je ne peux passer à côté, l’idée n’est pas de m’offrir en sacrifice, surtout que je ne crois pas vraiment au bienfait du sacrifice. Mais je crois à l’exprès, à l’excès même, pour accentuer un mouvement. Si nous n’avions pas « excessivement » pris conscience qu’il faille parler le français le plus souvent possible au Québec, en « s’affichant » en français, en commettant ce que certains pourraient appeler un excès, aurions-nous pris conscience de la disparition du fait français de notre carte visuelle et auditive?

Je lis québécois, par exprès, par excès, pour amplifier le mouvement de conscience. À commencer par développer la mienne, pour qu’elle rejaillisse sur celles des autres. Voilà qui explique que, comme Suzanne si j’ai un livre à donner, il sera d’un auteur québécois. Et ce n’est pas parce que ce sont les meilleurs, mais pour la seule et si bonne raison d’être « nous ».

Bon, fini l’éditorial politique … ouf, sortie complètement de l’humour là ! Est-ce que j’ai fini avec l’an 2008 ? Je reviens à ce qui m’a frappé, le ou les débats, pour mon désir que ce blogue soit un carrefour d’opinions, en gardant cependant le ton du Passe-Mot. Que les lecteurs assidus s'y sentent chez eux, parce que ce sont mes visiteurs virtuels et à des visiteurs, on avance un fauteuil pour qu’il s’assoit confortablement. J’apprécie à tous les jours ma décision de modération des commentaires, je ne trouve pas l’habitude astreignante comme je le croyais à prime abord.

Mon doux, mon billet bilan est long sans bon sens ! Êtes-vous toujours là ?! Bon, ceux qui sont toujours là, eh bien, je vous annonce de nouvelles couleurs. Une forme artistique renouvelée, une apparence du Passe-Mot de Venise beaucoup plus à mon image, vous allez comprendre pourquoi si je vous laisse ce mot magique : MARSI.

En attendant, on entame cette 2009 avec appétit ?
Hum … pas le bon mot ces temps-ci, hein ?
Je recommence : on entame cette 2009 avec l’enthousiasme de l’espoir ?
Et si vous en manquez, un jour, une heure, une seconde, suivez-moi, j’en ais toujours un petit surplus juste pour vous !