dimanche 29 juin 2008

L'ANGE DE PIERRE

Ça y est, j’ai goûté à un classique canadien écrit en 1964 et qui est maintenant traduit au Québec par Alto. Semblerait-il que cette auteure soit un pilier de la littérature canadienne et ce roman son plus marquant, pendant les cinquante premières pages, j’avoue que je n’étais pas certaine de comprendre. Maintenant, oui.

Pourtant, dès le départ, la langue alerte et imagée m’a tout de suite accrochée, c’est plutôt la dureté de l’enfance d’une femme de 90 ans que j’ai due apprivoiser. N’étant pas encore attachée à l’aïeule, j’éprouvais de la réticence à me plonger dans la misère et je n’appréciais pas encore le ton « humour ambigüe » de l’auteure. Et puis, je ne savais pas où donner de la tête entre l’incessant aller-retour du présent au passé.

Progressivement, j’ai fait la connaissance de la femme forte qu’est Hagar qui jamais ne s’en laissera imposer, ce qui peut pousser un être humain au seuil de sa tolérance. On peut être forte de caractère, malgré la vulnérabilité de l’âge et de la maladie et c’est l’expérience palpitante que l’on fait en lisant cette histoire. Je dis « lire » et tout de suite, je trouve le mot faiblard ; « vivre » cette histoire. Je l’ai vécue et tremblée d'émotions. Attention, ce n’est pas un récit nostalgique, poétique, sensible mais plutôt d’une dureté réaliste, sans mièvrerie, ni descente aux enfers de la déprime.

Pour vivre une histoire, il faut que naisse l'attachement à un personnage, le mien a été intense et passionné pour Hagar, l’ancêtre récalcitrante. C’est déjà quelque chose de rester vive et animée quand ton corps de quatre-vingt dix ans abandonne peu à peu ton esprit, mais être récalcitrante, il faut le faire ! Et Hagar le fait magistralement !

Ce qui est prodigieux est que cette femme de caractère, criblée de défauts et qui a fait d’importantes « erreurs » de parcours (les défauts nous exposent à l’erreur!) pourrait être rebutante. Et tout au contraire, on s’y attache, ce n’est pas un personnage de papier et je pourrais maintenant avancer, « Hagar disait, Hagar faisait, d’après Hagar… ». Je vous assure que les retours dans le passé ont fini par me passionner, au même titre que l'on se passionne du passé de qui on aime afin de mieux comprendre son présent.

La structure de ce roman est exemplaire, Margaret Laurence a poussé l’audace jusqu’à faire des parallèles entre le passé et le présent en ce sens que les actions différaient mais la similitude d’émotions prévalait. Ce qui fait très clairement comprendre comment le passé influe sur le présent, fait à ne surtout pas oublier dans notre inévitable fréquentation des personnes âgées.

On dit que c’est une œuvre majeure et encore d'actualité, j’appuie sans aucune réserve. À lire pour vivre avec une femme fière qui prouve que notre vie nous appartient jusqu’à notre dernier souffle.

L'ANGE DE PIERRE, Le cycle de Manawaka, Margaret Laurence, 444 p. - Alto

jeudi 26 juin 2008

En vrac et contre tous !

En vrac et contre tous est mon facile jeu de mots pour vous présenter mon billet de sujets hétéroclites. C’est très pratique quand je manque de temps et qu’il faut retirer un billet, en l’occurrence, Fleur de lis, se mariant difficilement à une autre fête qui s’en vient à grand pas. Et c’est aussi une bonne manière de laisser parler les événements.

Fernand Ouellette reçoit le Prix Léopold-Sédar-Senghor

Le poète Fernand Ouellette a reçu le 23 juin, à Paris, le Grand Prix international de poésie de langue française Léopold-Sédar-Senghor. La prestigieuse distinction, créée il y a trois ans en l’honneur de l’homme de lettres et premier président du Sénégal, souligne l’ensemble de l’œuvre d’un poète.
Une citation intelligente :
"Le roman", écrivait Julio Cortazar, "n'obéit à aucune loi sinon celle qui empêche la gravité de le faire tomber des mains du lecteur."
Qui est le maître du jeu ?
Je n’avais pas nécessairement l’intention de lire « Je suis un écrivain japonais » de Dany Laferrière mais, cet article de Anne-Marie Cameron est si explicite, si enthousiaste que je branle dans le manche.
Changement chez Le Passe-Mot
Le Passe-Mot de Venise a fait des changements de présentation, minimes mais tout de même notables. Sa rédactrice ose maintenant annoncer ses lectures en cours, (couvertures dans la colonne de droite), jusqu’à l’occurrence de trois. Avez-vous remarqué que présentement elle lit « L’ange de pierre » de Margaret Laurence, un classique canadien traduit chez Alto ? Pendant les cinquante premières pages, elle a dû l’apprivoiser mais maintenant elle est attachée à la dame de 90 ans, un pré-requis pour approcher cette lecture dans le plaisir. Le chant des mouches de Sébastien Chabot est le roman le plus bizarre qu'elle dit avoir lu dans sa vie. Elle se propose de vous en parler plus en profondeur bientôt.
Autre nouvelle, Le Passe-Mot a été courtisé par Publicationsweb qui lui a offert gracieusement un espace pour s’afficher, lui prêtant même le titre de blogue accrédité ! Pourquoi ? La blogueuse, Venise, ne comprend toujours pas clairement le pourquoi du comment mais quand c’est gratuit, avouons-le, on essaie moins de comprendre. Si vous êtes intrigués pas Publicationsweb, il est ici ce site dont le champ d'action couvre le Canada tout entier. Venise Landry va jusqu'à supposer que cette entreprise désire se donner une image « dans le coup » en se rajoutant une liste de blogues.
Nota bene : Pour apprécier la pleine teneur de ce billet, se rappeler les mots clé de la définition du Vrac : Pêle-mêle, en désordre, au poids.

mardi 24 juin 2008

La fleur de lis ... et plus !

La fleur de lis, un des plus anciens emblèmes
La fleur de lis qui apparaît sur le drapeau du Québec est l'un des plus anciens emblèmes du monde. Trois mille ans avant notre ère, on l'utilisait déjà chez les Assyriens comme emblème ou motif décoratif. On la voit ensuite en Inde, puis en Égypte, en Grèce, à Rome et en Gaule. Certains l'ont fait dériver de l'iris, fleur jaune qui croissait sur les rives de la Lys, cours d'eau de Belgique. D'autres y reconnaissent un trident ou une pointe de flèche.
BONNE ST-JEAN !
Si vous avez le goût de mesurer vos connaissances sur drapeau, emblèmes, histoire, etc ... j'ai trouvé un jeu de 8 questions très simples à répondre (vrai ou faux) et très facile à vérifier sur un site qui recèle son lot d'informations intéressantes et qui, ma foi, est très bien fait.
www.drapeau.gouv.qc.ca/jeu/jeu.html

Dans le courant du 24, j'ai dégoté un autre gadget intéressant sur cyberpresse, un vidéo-photos représentant 71 items typiquement québécois. Notre histoire en 71 photos et pour qui aime tester ses connaissances, il est possible de camoufler la description et essayer de deviner personnes, mets, objets, végétaux, animaux et ... tout le hétéroclite de l'affaire ! Une petite promenade chez "nous" . Le lien est cliquable ...

http://galeriedephotos.cyberpresse.ca/index.php?t=Black&a=4876&m=cp

lundi 23 juin 2008

Le hasard a besoin d'aide

Isabelle Richer, pas la comédienne mais la journaliste judiciaire à Radio-Canada est une boulimique de lecture. C’est donc à ce titre (qui n’en est pas un !) qu’elle devient chroniqueuse littéraire à l’émission Sans Détour qui remplace celle de Christiane Charrette tout l’été.

La semaine dernière, elle a amorcé sa chronique en posant cette question aux auditeurs « Quel livre avez-vous le plus offert en cadeau ? ». Une question simple mais qui dévoile beaucoup et j’espère que vous aurez le goût d’y répondre. Cette semaine, ne reculant devant rien, l’animateur, François Bugingo et elle-même initient le « Livre-Passeur ». Vous imaginez bien qu’au Passe-Mot, il serait inadmissible de passer à côté !

Le « Livre Passeur » consiste à oublier volontairement un livre dans un endroit public avec, cette fois, les coordonnés de la Radio de Radio-Canada. Ils invitent celui qui en fera la trouvaille de le lire, de les rejoindre et d’en faire le compte-rendu. Isabelle Richer a laissé traîné La Promesse de l’Aube de Romain Gary et François Bugingo, Le Rapport de Brodeck de Philippe Claudel. L’intention est louable mais je doute fort qu’ils vont entendre parler de ces livres « bouteille-jetée-à-la-mer». Premièrement, même en raison de 2 livres par semaine, il n’y en a pas suffisamment, on en demande beaucoup au hasard, destin, providence, ces agents secrets des coulisses de la vie qui trament des surprises. Deuxièmement, et là il y a une belle part de naïveté, on demande au découvreur de trésor livresque de leur faire un compte-rendu trois semaines plus tard !

Bon, jouons le jeu, admettons que ce soit possible et que le livre tombe entre les mains d’un grand lecteur qui n’attendait que cette manne du ciel, encore faut-il qu’il ait le temps de le lire en 3 semaines et qu’il se sente suffisamment audacieux pour présenter « publiquement » son compte-rendu de lecture. Petite escalade du « si » qui nous mène rapidement à un mot en renfermant un gros « imposSIbilité ».

Vous me trouvez pessimiste, je me trouve réaliste. Le réalisme a ceci de très positif qu’il nous pousse à s’ajuster à la réalité. Pour donner un coup de pouce au hasard (vous ne trouvez pas qu’il en besoin parfois ?), j’aurais commencé par demander au « découvreur » de s’identifier ce qui, déjà, ne risque pas d’arriver à tout coup. Au bout de la ligne, en profiter pour lui demander s’il a l’intention de le lire. Évidemment, la question pourrait aussi se formuler par « Lisez-vous ? » mais restons diplomates. On pourrait rapidement y rajouter « ... des œuvres fictives ? » (éviter le mot roman, synonyme de futilité pour certains). Combien de personnes lisent que les journaux, ou les rapports financiers ou les livres documentaires ou les cas vécu. Je ne dénigre personne, c’est une réalité. Mais revenons au « découvreur » qui conserverait son droit de répondre « non » et en quel cas, on pourrait lui suggérer de l’offrir à quelqu’un qui lit des œuvres fictives. Un hasard secondé par un destin d'Homme, voilà !

Je crois que le hasard a besoin d'aide, ce pauvre incompris de moi. Oui, depuis le temps qu'il me boude, depuis le temps que j’attends de gagner un concours, n’importe lequel : une machine à laver, un voyage en Alaska … un livre.

Radio de Radio-Canada - Sans Détour (9 h à 11 h 30) avec François Bugingo, chronique à chaque vendredi : Isabelle Richer et ses livres. Deux compte-rendu de lecture, dont un polar (elle en est friande, je me demande bien pourquoi !).

samedi 21 juin 2008

La jalousie dévastatrice d'une soeur

J’ai hésité avant de me procurer « Au pays de Gabrielle Roy », premièrement, je ne pouvais pas le parcourir, seulement le commander. Ensuite, je me suis dit, j’en ais déjà beaucoup lu, vais-je en apprendre pour la peine d’Annette Saint-Pierre, éditrice manitobaine et fan finie de l’écrivaine.

Et, oui, elle m’en a appris, premièrement parce qu’elle a eu quelques rencontres avec GR à la fin de sa vie et qu’elle n’a pas été avare de détails. Ensuite, il y a des extraits de lettres de Gabrielle avec les membres proches de sa famille qui parcourent les nébuleuses cinq dernières années tenues loin des médias. Et finalement, c’est tout de même Annette St-Pierre qui a consacré dix ans de sa vie pour que la maison natale de GR au 375 rue Deschambault soit achetée, restaurée, transformée en musée hommage et finalement ouverte au public en 2003. Ce projet a été si accaparent qu’elle a même momentanément démissionné de sa fonction d’éditrice pour s’y consacrer entièrement. Le projet, qui devait initialement être un achat de 155,000 $ et une restauration tournant autour de 200,000 $ a finalement frôlé le million. Cette dame avait le cœur à l’ouvrage, des réunions à chaque semaine pour planifier les levées de fonds, les demandes à toutes les instances « aidantes » possibles. Une vraie saga dont elle fait état "Au pays de Gabrielle".

Ce que j’en ai retenu, qui me ramène à celle qui m’intéresse par-dessus tout, est cette lettre de GR demandant à A. St-Pierre de remettre à plus tard ce projet de maison familiale. On comprend qu’elle insinue ; après sa mort. Toute cette attention médiatique avait l’heur d’attiser le courroux de sa sœur Adèle consumée par une jalousie dévastatrice. Il faut savoir que le rêve de cette dernière était d’être écrivaine et disons, qu’elle est arrivée à faire éditer quelques titres, dont « Le pain de chez nous », le plus diffamatoire sur le compte de la famille mais surtout sur sa sœur cadette et « vedette ». Cette haine ne s’est jamais tarie et jusqu’à la mort de GR, sa sœur, Adèle (décédée à 104 ans !) essaiera par tous les moyens de lui nuire en noircissant sa réputation.

À toute personne qui s’interroge le moindrement sur les sources de la maladie, pourrait conclure que les sévères crises d’asthmes apparues à la fin de vie de GR, rajoutées à ses innombrables autres maux, avaient un lien direct avec l’émotivité exacerbée par cette rage d’une sœur qui t’en veux publiquement. Je me suis demandé si cela n’a pas joué sur les décisions de GR de refuser toutes apparitions publiques. Faut dire, et de cela Annette St-Pierre témoigne, en cinq ans, la femme avait pris ce que l’on appelle populairement un « coup de vieux » suffisant pour la rendre méconnaissable. Ce linge sale étalé sur la place publique aurait-il contribué à pousser GR dans ses quartiers généraux, ainsi que son apparence de plus en plus souffreteuse ?

C’est le côté sombre de l’affaire mais le plus lumineux est que cela a été le moteur puissant soutirant tout ce qui restait d’énergie à l’écrivaine pour rédiger une autobiographie (non terminée) « La détresse et l’enchantement » que je considère un chef d’œuvre.

jeudi 19 juin 2008

Du Jardin est partout .!

J’ouvre la radio, la télévision, un journal, un site web (Le Libraire) et me voilà devant Alexandre Jardin qui rigole. Il se marre, il semble avoir beaucoup de plaisir dans la vie, ou du moins, en entrevue. Faut dire qu’il a un accueil ici qui ferait rigoler de plaisir n’importe quel écrivain québécois. Son roman « Chaque femme est un roman » n’est pas un livre, c’est un événement.

Il faut croire que nous aimons tout ce qui nous sort de l’ordinaire et il en serait l’étendard. Faut dire aussi qu’il parle énormément des femmes et ce sont les femmes qui achètent les romans ! Pas bête, d’autant plus que ce n’est pas du « marketing » à l’état pur, il aurait vraisemblablement beaucoup à dire sur la femme dans sa singularité mais, attention, pas la femme au singulier ! Pour lui, la femme s’accorde au pluriel. Et il a l'art des titres qui frappent fort : Chaque femme est un roman. J’aime bien être un roman, moi. Un roman intéressant, facile à lire avec suffisamment de mystère pour ne pas être mise de côté. Rester sur la table de chevet éternellement … le rêve de toute femme, avec le « lecteur » idéal évidemment !

Qui n’a pas lu Jardin ? On peut dire que cet homme a un nom. Je l’ampute de son prénom et ça choque presque l’oreille. Alors, je la pose pour vrai la question sur tous les tons :

Qui n’a pas lu au moins un roman de cet être remarquable dans le sens qu’il se fait remarquer ? Qui l’aime inconditionnellement ? Qui le suit de temps en temps ? Qui ne l'a jamais lu ? Qui veut lire son petit dernier ?

Si vous répondez « oui » à cette dernière et qu’il n’est pas encore sur votre table de chevet, vous avez une chance de le gagner, ici, chez « Le Libraire » qui vous demande de répondre à quelques questions en retour. Un petit test pour mesurer votre connaissance du « Jardin » allongé d’un bref sondage maison. Histoire de faire d’une pierre deux coups.

Bonne Chance et commencez par mes questions, ce n'est pas du hasard, la chose est certaine que vous allez gagner ma reconnaissance !

mardi 17 juin 2008

Écrivez à un auteur !

Afin de favoriser l’échange et la complicité des auteurs et des lecteurs, et même les animateurs, le comité organisateur des Correspondances d’Eastman vous invite à lire l’oeuvre d'un auteur participant à l’édition 2008 et à lui écrire une lettre. Si ça vous chante, cela les enchantera sûrement car vos lettres leur seront remises en guise de bienvenue à leur arrivée à Eastman.

Je me dis qu’ils auront sûrement la disposition d’esprit pour lire ces mots chuchotés à leurs oreilles puisqu’ils arrivent à un événement où la vedette principale est la correspondance. Vous avez certainement des affinités avec certains d’entre eux, surtout que la liste est assez pourvue en noms intéressants (25 ci-dessous). Allez … contentez-vous donc, ce n’est pas tous les jours que l’occasion se présente d’atteindre aussi aisément des personnes qui marquent votre vie de tous les jours !

Si vous hésitez encore, pour l’idée que ça peut être paralysant d’écrire à un écrivain, je vous dirais, gardez votre naturel et surtout ne brimer pas votre spontanéité. On n’a qu’à penser à Odette Toulemonde qui a touché l’écrivain, Éric Emmanuel Schmitt en lui écrivant une lettre lui révélant avec les mots du cœur qu’est-ce que la lecture de ses romans lui avait apporté dans sa vie. Cet homme en a fait un film et ensuite, un livre ! Quand les mots partent du cœur, ils atteignent toujours la cible, un autre cœur.

N.B. Si vous désirez vous remémorez le nom de certaines œuvres, la programmation des Correspondances d’Eastman pourrait vous aider en ce sens, cliquez ici.

Liste d’écrivains et animateurs (par lettre alphabétique):

Jean Barbe, François Barcelo, Myriam Beaudoin, Deni Yvan Béchard, Franz Benjamin, Danièle Bombardier, Françoise De Luca, Jean Désy, Hugues Dionne, Ariane Émond, Nicole Fontaine, Jean Fugère, Louis Hamelin, Bruno Hébert, Naïm Kattan, Dany Laferrière, Danièle Laurin, Bruno Lemieux, Tristan Malavoy, Marie-Ève Martel, Lili Maxime, Gilles Pellerin, Monique Proulx, Francine Ruel, Pierre Szalowski.

Les missives doivent être envoyées AVANT LE 15 Juillet à :

(Nom de l’auteur ou animateur) Case postale 37, Eastman (Québec) J0E 1P0.

lundi 16 juin 2008

Sur le ton de la confidence (La Héronnière)

La Héronnière de Lise Tremblay ; cinq nouvelles, cinq parties d’un tout. Je salue cette ingénieuse idée de Lise Tremblay de mener ces cinq histoires, différentes, mais formant un tout par les thèmes abordés. Quels sont-ils justement ces thèmes ? L’opposition ville/village, le mensonge, l’absence des femmes, l’exclusion, l’amitié.

Ces nouvelles sont une démonstration maîtrisée que l’on peut différencier le semblable. Nous n’avons pas à nous ajuster d’une nouvelle à l’autre, même si nous sommes dans une autre histoire, nous habitons toujours le même village. De toutes manières, le ton est le même, il s’apparente au style d’écriture de Lise Tremblay sous le mode confidence au « je » soufflé à nos oreilles. On y retrouve presque l’intimité d’une lettre ou d’un journal, tellement le « je » est crédible, plus que crédible même, vrai. C’est son art, ce talent particulier qu’elle a de faire dégager à ses « je » une aura si naturelle qu’on a plaisir à les suivre pour mieux les connaître (rapidement) dans les gestes les plus quotidiens, par de ces détails si crédibles qu’on ne manque pas de penser que cela lui est vraiment arrivé.

Je lui trouve beaucoup de talent à Lise Tremblay, j’ai tant aimé « La sœur de Judith » que je suis marquée à vie. On avait même laissé supposer que j’aimerais encore plus « La Héronnière ». Mais, si l’on doit comparer, eh bien, non, ce n’est pas le cas. Le pourquoi est essentiellement subjectif, nous entrons dans des considérations très personnelles. Le fait que le village y soit présenté sous ses revers les plus négatifs y est certainement pour quelque chose. Dans la relation ville/village, la ville gagne haut la main, disons plus par une démonstration que par des mots. Les villageois sont assez souvent malheureux, bornés, plusieurs quittent pour le monde meilleur, la ville. Et en cela, la dernière nouvelle « Le dernier couronnement » est le couronnement ultime et absolu du combien habiter un « village » peut être une chose néfaste pour un être humain. C’est ce message qui m’a fait un peu grincé des dents, ce qui entache en rien la valeur intrinsèque de l’œuvre. L’autre raison est très banale en fait, je préfère, quant à faire la connaissance intime d’un personnage, le suivre sur une plus longue période.

C’est ici que l’on met les pieds dans le champ miné des goûts.

La Héronnière, recueil de nouvelles (5), 115 pages, Babel (s'avale en une seule bouchée !)

dimanche 15 juin 2008

La peau des doigts

Nous sommes le 15, jour de la Recrue. Nous en sommes à ce roman d'une toute jeune auteure, Katia Belkhodja, qui a un style absolument particulier. Ma lecture m'a cependant confrontée. J'aime la poésie et les styles poétiques mais sous l'étiquette roman, j'ai réalisé (on apprend à se connaître comme lectrice), que je m'attends à une structure d'histoire solide et claire. J'ai donc éprouvé une difficulté importante à lire ce roman, pour la sensation éprouvée de m'y égarer toute entière, et cela malgré ses grandes qualités littéraires. Fait à noter, je suis celle qui a le moins aimé le roman, alors, cela vaut vraiment la peine d'aller lire les opinions des autres où il y a toute de même une mention commune : le rêve. Je n'en dis pas plus, c'est ici.

Mauvaise étiquette peut-être ?

Comment résumer cette histoire qui fuit dans ses personnages qui eux-mêmes fuient le pays de leur mal-être ? Se fuient. Finalement. Mes deux dernières phrases (mots entre deux points) donnent une petite idée du style entrecoupé, saccadé, convulsif, répétitif. J’ai essayé la lecture à haute voix pour l’entendre et peut-être arriver à l’apprivoiser et ça sonnait un peu comme l’apocalypse.

Mais je reviens aux personnages que je ne suis pas pour fuir, même s’ils se fuient. Il y a des jumeaux dont un autiste, et l’autre est peintre (est-il autiste aussi, je ne suis pas certaine). Il y a deux Celia, une cousine de la narratrice et la Celia, grand-mère. Et ces Celia se promènent d’un endroit à l’autre, avec des fascinations pour le métro, les crêpes, l’argent que l’on jette dans une fontaine pour la chance mais surtout une phrase de Marguerite Yourcenar « Le ciel est encombré de bleu ». Ah oui, il y a Dona (petit signe sur le n) avec qui tout commence et tout finit. Il ne faut pas oublier non plus la dentiste narcoleptique dont le rôle se résume à être une narcoleptique qui au réveil ne semble pas plus réveillée. Une part importante de l’histoire, ou du malaise ambiant qui s’étire de tous côtés, tourne autour du deuil de la mère de Celia, dont la grand-mère, Celia, est la mère. Encore là, une démonstration que la dernière chose qu’il faille attendre de ce texte est la clarté.

Est-ce que les rêves, s’entend ceux que l’on fait les yeux fermés, sont clairs ? Répondre à cette question est répondre que cette histoire doit se prendre comme un rêve, non comme un roman avec une histoire. En tout cas, moi, cela a été ma survie de lectrice qui doit lire jusqu’au bout, sans s’endormir. D’ailleurs, la narcolepsie et l’autisme, sont des genres de fermeture à la réalité.

Les mots contenant une vie en soi se portent par eux-mêmes, nous transportent comme de la poésie à l’état brut. Le mieux est de s’y laisser couler et certaines fois on exulte et d’autres, on s’assoupit. Qui se bat contre l’assoupissement quand il doit lire ? Moi ! Alors, cette lecture a été assez souvent un combat. Combat mené aussi contre mon rationnel et mon désir de clarté. Les deux ont dû se taire pour faire place aux mots. Cela m'a donné l'impression d'être cachée dans la tête de quelqu’un qui rêve et ce n’est pas une expérience que j’ai trouvé facile.

Pourtant, je m’arrêtais parfois devant la vitrine des mots exposés, dans leur état d’objets joliment regroupés, remplie d’admiration, bouche bée. J’en ai déduis que cette Katia Belkhodja a le talent de la poésie plus que du roman, delà mon titre ; mauvaise étiquette peut-être ?

samedi 14 juin 2008

Je m'auto-tague


J'ai l'impression de m'auto-taguer car Jules se livre nous laisse le choix de prendre la tague ou pas. Et je la prends ! La source de la contagion taguale est liliba.

C'est qu'elle est facile. Simple. Rapide.

Attrape le livre le plus proche
Va à la page 123 (ou 23 si short book !)
Trouve la 5ème phrase
Et recopie les 3 suivantes
Tague 5 autres personnes

Je l'ai fait et je vais vous transcrire les 3 phrases bientôt, aussitôt que je me tais, en fait. J'ai envie de ne pas vous donner le nom de l'auteur. Bais oui, pourquoi garder les choses simples quant on peut les compliquer ?! Cependant, mes ...

... indices seront faciles. Simples. Rapides. Mais tout d'abord, je me tais et je vous laisse lire :
" Viens donc nous voir un de ces jours. Et puis Nicole a pris le téléphone et on s’est mis à bavarder comme si de rien n’était.
Georges s’est approché de la plaque de verre, s’est agenouillé et a pris une ligne de cocaïne, bloquant une narine avec l’index pour mieux se remplir l’autre "
Mes indices :
  • J'ai de la suite dans les idées
  • Pensez au roman que j'ai dû utiliser très très récemment, donc près de moi.
  • L'auteur est maintenant un écrivain riche et célèbre.
Qui est-ce ?
Je vous l'avais dit que ça serait facile !

vendredi 13 juin 2008

Une « Recrue » sous le feu des projecteurs

Parfum de poussière de Rawi Hage, loin de mordre la poussière se distingue au niveau international : « Il a remporté le IMPAC Dublin Award, un des plus grands prix de littérature au monde. Il est seulement le deuxième auteur canadien à recevoir un tel honneur, doté d’une bourse de 160 000$ (la plus grosse bourse au monde). Le choix a été fait à partir d’une sélection de 137 titres en provenance de 45 pays »

Je suis fière et impressionnée. Et voyez comme il y a un fort consensus autour de l'oeuvre : « Gagnant du Prix des libraires du Québec 2008, le premier roman de l’écrivain d’origine libanaise établi à Montréal a également raflé le prix McAuslan du premier roman et le prix Hugh MacLennan en plus d’être finaliste au prix Scotiabank Giller, au Prix littéraire du Gouverneur général et au Prix littéraire du Commonwealth ».

Plutôt renversant, n’est-ce-pas ? J’espère que ceux qui ne l’ont pas encore lu ne pourront plus résister à plonger dans cette histoire d’actualité, frappante parce que décrite avec un style très personnel qui est tout sauf ordinaire.

Ma réflexion :

Dans ce cas, il n'est plus question d’honneur seulement , on parle d’une bourse importante au point qu’elle vient changer le cours d’un destin d’écrivain. C’est d’ailleurs ce que toute bourse devrait faire mais celle-ci, par sa générosité, atteint le but plus sûrement que, par exemple 10,000 $, montant pourtant équivalent à des années de droit d’auteur au Québec.

Je suis contente pour Rawi Hage, cela veut dire qu’il a la possibilité de nous offrir une autre œuvre, il a moins d’empêchement pour le faire en tout cas. C’est sûr, il aura à assimiler le succès et ce n’est pas rien parce que, ne l’oublions pas, c’est une première œuvre. J’ai l’impression qu’une telle récompense, arrivant en milieu ou en fin de parcours, déstabilise moins. Tu t’y es préparé, tu l’espère même.

Démarrer en trombe, partir en lion, si je me fie au succès de « Bonheur d’occasion » peut avoir un effet paralysant. Toute sa vie, Gabrielle Roy tentera d’accoter ce premier succès. Même s’il y avait beaucoup d’elle dans son deuxième roman « La Petite Poule d’eau » et que son talent d’écrivaine ne s’était pas volatilisé, il y a eu peu de retombées pour son deuxième roman et même pour ceux qui l'ont suivi, et probablement que la force des attentes y a été pour quelque chose.

Parfois, il arrive que le succès d’une œuvre fictive dépasse l’auteur lui-même.

Je me suis posée une autre question : et la traductrice ? Le succès de Parfum de poussière repose aussi sur le talent de Sophie Voillot qui a relevé le défi de respecter l’œuvre originale tout en y donnant la couleur, le son, le ton, la rythmique du Français. Surtout que Hage n’a pas eu peur de s’envoler plus loin que la ligne, se permettant des envolées imaginatives assez osées. Combien de travail peut-on supposer dans une traduction de qualité ? Je me le demande mais je l’imagine colossale. J’espère qu’il y a et aura des retombées pour Sophie Voillot.

Faut dire que là où il y a de la lumière, il y a aussi de l’ombre.

Je vous invite à aller rencontrer Rawi Hage ici où il nous entretient de son œuvre en toute simplicité, avant le ras-de-marrée de récompenses, dans l'espoir de vous donner le goût de le lire car, quoiqu'on en dise, c'est le plus important.

jeudi 12 juin 2008

En Panne ...

... non pas d'inspiration mais d'électricité. Et si je vous écris, c'est qu'elle vient de revenir en nos chaumières de Eastman. Il était bien temps car l'autonomie en eau (puits artésien) et en fosse septique n'est pas vraiment de l'autonomie puisque liée à la grande centrale hydroélectrique. Et paraît-il que ceux qui avaient la chance d'avoir de l'électricité, n'avaient pas accès à l'Internet.

Donc, là, l'expression "J'ai mon voyage !" prend vraiment tout son sens ! J'en avais ras le bol, ras le pompom, nous en avions marre et la coupe était pleine !!!

Je vous reviens car je dois m'occuper de tout ce qui fonctionne à l'électricité ... allez, chacun son tour et il n'y aura pas de jaloux !

lundi 9 juin 2008

J'ai mon voyage !

« J’ai mon voyage ! » ; est-ce une expression typiquement québécoise ? Je me le demande et peut-être faudrait-il que je le demande à des personnes qui n’en sont pas ! Je n’ai pas sorti cette expression de mes cartons « souvenirs » gratuitement, elle a une signification bien particulière cette année. Dans mon village, du 7 au 10 août, j’aurai tout un voyage à ma disposition.

Qu’est-ce qui voyage mieux que nous-mêmes, plus légèrement et qui prend tous les moyens possibles pour se rendre à destination ? Une lettre, bien sûr. Je lui vois des ailes à cette lettre, peut-être est-ce une réminiscence de ces enveloppes au papier de soie bleue où était apposé un avion. Est-ce que je me trompe où nous n’utilisons presque plus ce genre d’enveloppe pour expédier nos messages vers le ciel ?

Quand j’ai entendu pour la première fois la devise de cette sixième édition des Correspondances d'Eastman « Tout un voyage ! », il y a tout de suite un déclic qui s’est fait dans ma tête ; une lettre voyage bien et ce que l'on y lit nous fait voyager. En jetant un coup d’œil sur la programmation, j’ai eu l’impression d’un retour aux sources : l’occasion d’écrire des messages aux gens que l’on aime dans des endroits respirant la beauté. C’est ça Les Correspondances.

Par les temps qui courent où nous voulons le devancer, c’est précieux, cette halte dans une contrée aussi belle et accueillante qu’est l’Estrie. Et même cette année pour ceux qui ont le goût d’aller plus loin, il y a un nouveau circuit qui sort du village. Si votre humeur est plus sédentaire, les activités et aires d’écriture ne manqueront pas dans mon fourmillant village : des cafés littéraires, des séances de signature, des ateliers d’écriture ou tout simplement la rencontre avec un auteur entre deux jardins. Ce n’est pas parce que l’on écrit que l’on ne se parle pas ! On chante aussi, on slame, on danse, on lit et on rit !

Ne sont pas oubliés pour autant ceux qui aiment être stimulés par une saine émulation, il y a encore et toujours le Concours de la Poste Restante où l’écrivaine, Denise Neveu met tout en oeuvre pour vous offrir des filons d'inspiration. Alors si jamais votre tête, en se vidant de vos soucis, cherche la phrase qui déclenche l'avalanche de mots inspirés, on vous la proposera sur le formulaire du Concours !

C’est sûr que j’ai toujours hâte de connaître les noms de la grande visite ! Ils seront en grand nombre, je vous en donne quelques uns pour vous aider à patienter : Monique Proulx (Champagne), Dany Laferrière (Je suis un écrivain japonais), Myriam Beaudoin (Hadassa), Deni Yvan Béchart (Vandal Love), Yvy (slameur), Tristan Malavoy-Racine (auteur, chanteur), et bien sûr, Danièle Bombadier, la porte-parole des Correspondances cette année et qui porte justement la parole de Marcel Proust : « Le seul véritable voyage n’est pas d’aller vers d’autres paysages, mais d’avoir d’autres yeux »

Si vous voulez tout savoir, c'est ici, le quai d’embarquement.

samedi 7 juin 2008

Préparons-nous tout de suite

Le Prix des libraires du Québec célèbre son 15e anniversaire cette année et ils ont décidé de le souligner en grand. Cette fois-ci, ce ne sont pas seulement les libraires qui voteront mais VOUS AUSSI !


Comment ? En remplissant des coupons

Où les trouver ? Les librairies du Québec - Le journal Métro - Le journal Le libraire - Site Internet du Prix des libraires du Québec.

Quand ? Du 16 juin au 30 juillet 2008

Dévoilement des lauréats du livre le plus aimé des libraires et celui le plus aimé du public au Festival international de la littérature (FIL) - du 19 au 27 septembre 2008 (soirée à déterminer, j’imagine).

Même s’il n’est pas possible de voter avant le 16 juin, il n’est pas trop tôt pour commencer à se préparer. Première question qui va vous aiguiller sur votre temps de préparation : combien en avez-vous déjà lus ?

Je vais prêcher pour ma paroisse bien sûr ; commencez par le Québécois (non mais je dis ça comme ça !). Évidemment, il est toujours préférable d’avoir tout lu avant de voter mais personne, absolument personne n’a dit que c’était obligatoire pour voter d’avoir lu les 15 Québécois et les 15 Hors Québec. Après tout, qui lit toutes les lignes d’un parti avant de voter ? Hein, qui … qui ? Je prêche peut-être pour ma paroisse mais je ne suis pas plus catholique que le pape !

Quant à moi, je vais en profiter pour monter ma moyenne de 4 sur 15 Québécois et de 3 sur 15 Hors Québec. Je sais, je sais, c’est pas fort ! Bon nombre de vous vont me dépasser …

Roman québécois

2008 Rawi Hage - Parfum de poussière (Alto) Traduction : Sophie Voillot

2007 Jean-François Beauchemin - La Fabrication de l’aube (Québec Amérique)

2006 Nicolas Dickner - Nikolski (Alto)

2005 Jean Barbe - Comment devenir un monstre (Leméac)

2004 Lise Tremblay - La héronnière (Leméac)

2003 Gaétan Soucy - Music-Hall ! (Boréal)

2002 Sylvain Trudel - Du mercure sous la langue (Les Allusifs)

2001 Gil Courtemanche - Un dimanche à la piscine à Kigali (Boréal)

2000 Nadine Bismuth - Les gens fidèles ne font pas les nouvelles (Boréal)

1999 Marie Laberge - La cérémonie des anges (Boréal)

1998 Bruno Hébert - C’est pas moi, je le jure ! (Boréal)

1997 Marie Laberge - Annabelle (Boréal)

1996 Ying Chen - L’Ingratitude (Leméac/Actes Sud)

1995 Michel Tremblay - Un ange cornu avec des ailes de tôle (Leméac)

1994 Monique Proulx - Homme invisible à la fenêtre (Boréal)


Romans hors Québec

2008 Philippe Claudel - Le rapport de Brodeck (Stock)

2007 Jonathan Safran Foer - Extrêmement fort et incroyablement près (De l’Olivier)

2006 Khaled Hosseini - Les cerfs-volants de Kaboul (Belfond)

2005 Carlos Ruiz Zafòn - L’ombre du vent (Grasset)

2004 Siri Hustvedt - Tout ce que j’aimais (Actes Sud)

2003 Dennis Lehane - Mystic River (Rivages)

2002 Timothy Findley - Pilgrim (Serpent à plumes)

2001 Dai Sijie - Balzac et la petite tailleuse chinoise (Gallimard)

2000 Amélie Nothomb - Stupeurs et tremblements (Albin Michel)

1999 Nancy Houston - L’empreinte de l'ange (Actes Sud/Leméac)

1998 Alessandro Baricco - Soie (Albin Michel)

1997 Bernard Schlink - Le liseur (Gallimard)

1996 Jostein Gaarder - Le Monde de Sophie (Seuil)

1995 Peter Mayle - Une année en Provence (Seuil)

1994 Donna Tartt - Le Maître des illusions (Plon)


Oubliez pas combien je suis curieuse … Qu’est-ce que vous avez lu ? Allez, répondez, on jase là !

vendredi 6 juin 2008

Une exception à la règle

Le Passe-Mot tourne autour du milieu québécois, c’est la règle et aujourd’hui, j’ai une exception pour confirmer cette règle « Des rires et une larme » de Michel Fugain. Ce n’est pas un roman malgré que son histoire de vie soit assez turbulente pour prêter son canevas à n’importe quel roman. Disons qu’il est un personnage, un vrai personnage.

La première question que je me pose est si vous connaissez le grand boss du Big Bazar ? Moi, je le connaissais, ses mélodies ont tellement jouées à notre radio, mais cela ne fait pas de moi une fan. Marc, oui. Que ne ferait-on pas pour faire plaisir à son chum ? Je lui ai donné le CD de ses best-off à Noël et quelques semaines plus tard, un ami nous offrait des billets pour son spectacle au St-Denis à Montréal. Un peu avant, il est passé à Tout le monde en parle et a fait allusion à son autobiographie. Nous avons eu le goût de la lire en commun, c'est-à-dire que je lis à haute voix et Marc est mon attentif auditeur.

Michel Fugain a son style d’écriture, ce n’était pas prétentieux de vouloir l’écrire lui-même, surtout quand il parle de ses proches et de ses émotions. Ce sont les moments les plus captivants mais trop rares, à mon sens, puisque le bouquin couvre en détail son itinéraire d’homme de la musique. C’est un être qui ne restait pas en place, il se lassait vite de la plus belle des expériences et voulait essayer autre chose. Il a un petit quelque chose du grand ado avec quelques rides. Je sais, je suis dure avec l’homme, c’est sans nier plusieurs côtés attachants chez lui, comme sa franchise hors du commun. Un sens de la fête aussi, et qui ne voile pas son regard critique posé sur la vie moderne. J’ai tout de suite imaginé que les Français trouveraient cette bio intéressante car Fugain se compromet à parler de société et de politique, nous abreuvant de plusieurs noms ou événements que l’on connaît moins ici.

Il est impossible d’aborder cette œuvre sans parler de la larme qui a coulé et sonné l’alarme dans le cours de la vie de cet homme sensible. Presque tout le monde sait qu’il a perdu sa fille de 22 ans, Laurette, décédée en 2002 de la leucémie après une lutte acharnée de 11 mois de souffrance. Lui, plutôt discret sur sa vie privée, lève le voile sur ce pan malheureux de sa vie. Il la raconte en détail et c’est compréhensible puisque c’est un tournant décisif. Il faut le lire pour le croire parce que même si c’est une bio, il n’est pas question de dévoiler les punchs.

Somme toute, une bio consistante et bien tournée pour n’importe qui aime les bios et une excellente pour qui aime Michel Fugain, l’homme.

Des rires et une larme, Michel Fugain, Édition Michel Lafon, 471 pages

mercredi 4 juin 2008

Portrait inachevé

C’est mon dernier billet sur Gabrielle Roy, en lien avec « Mon cher grand fou ». En bout de ligne, qu’est-ce que j’ai appris sur elle ? Plusieurs informations comme vous le verrez mais elle reste un mystère pour moi. En plus, je n’ai aucune trace des dernières années de sa vie. La dernière lettre est un peu désespérée, elle est malade et à l’étranger, elle abrège son séjour et rentre au pays.

C’est important les départs, donc les avant-départs. En plus de lire « Femmes de lettres », parallèlement à d’autres lectures, j’ai fait venir de la maison d’édition Les Plaines le recueil de correspondances Au pays de Gabrielle Roy, préparé par Annette St-Pierre et peut-être que j'y trouverais ce que je cherche. Mais, en attendant, voici ce portrait inachevé :

Elle était nerveuse, n’aimait pas les mondanités, pour son incapacité à faire les choses à moitié. Elle préférait de beaucoup les lettres aux appels téléphoniques où elle figeait et perdait toute sa verve. Elle suivait un régime sévère, s’inquiétait beaucoup de qu’il y aurait sur la table. Elle avait la bougeotte, n’aimait pas être confinée à une vie ménagère, adorait les promenades en auto mais ne conduisait pas, elle aimait changer de lieux, elle avait plusieurs ennuis de santé ; estomac, thyroïde, hormone, sommeil, elle prenait différents médicaments suivant des périodes de sa vie, des piqures aussi, elle adorait son mari, le priait qu’il lui écrive et en retour, ralentissait son débit de correspondance s’il n’écrivait pas suffisamment, adorait la nature, désirait connaître le nom précis des plantes, arbres, oiseaux, c’était très important pour elle, elle a mis en chantier certains écrits qu’elle n’a pas menés à terme, elle a stoppé toute correspondances (ou presque) dans les 4 dernières années de sa vie, les cérémonies de remises de prix la rendaient malade de nervosité, à partir d'un moment donné, elle les refusait toutes, a accordé une seule entrevue télévisée, elle est revenue à la religion catholique après la mort de sa sœur religieuse, elle faisait dactylographier ses textes par différentes dames et ça prenait des semaines, elle corrigeait les épreuves, même en anglais, elle a toujours eu des aides domestiques, croyait beaucoup à la discipline ; se coucher tôt, marcher, manger suffisamment et à heure fixe et exhortait son mari à suivre ce régime de vie, elle marchait énormément surtout quand elle s’ennuyait, tenait beaucoup à la solitude mais en même temps pouvait en souffrir, elle aimait les petites attentions et que l’on prenne soin d’elle, j’oserais dire maternellement, elle admirait énormément son mari et l’encourageait dans tout ce qu’il faisait, elle planifiait tout dans le moindre détail, la météo avait de grandes incidences sur son humeur, avait besoin de vivre près d’une étendue d’eau, ne supportant pas la chaleur, elle ne passait pas ses étés dans les grandes villes, ne supportant pas le froid, elle ne passait pas ses hivers dans les grandes villes, lisait beaucoup mais parlait peu de ses lectures à son mari, le service postal était capital pour elle ; utilisant cette voie pour expédier vêtements (pour faire de la place dans ses valises), des caisses d’oranges pour Marcel, même une caisse de homards vivants (!), des bibelots, revues, livres. Autant son besoin de bouger l'ont poussé à séjourner dans des lieux différents, autant son besoin de stabilité l'ont fait conserver les mêmes adresses, sur la Grande-Allée à Québec (30 dernières années de sa vie) et son chalet à La Petite Rivière St-François. Elle avait un franc-parler surprenant quand elle abordait les caractéristiques d’une nationalité, québécoise compris, elle tenait mordicus à maintenir la qualité de son lien d’amitié avec son mari, l’a toujours embrassé tendrement en terminant ses lettres, elle travaillait à son œuvre l’avant-midi seulement, elle avait souvent peur de perdre son inspiration et après des moments d’abstinence, se sentait rouillée, au début de sa relation amoureuse, j’ai senti un grand désir de plaire à son mari par des œuvres fortes qu’elle voulait lui offrir pour qu’il se sente fier d’elle.

Si vous voulez voyager, lire de superbes lettres d’une femme de lettres, entrer dans l’intimité d’une femme intense et amoureuse de son mari, faire un retour dans le passé (plusieurs annotations historiques), vous serez plus que satisfait mais comblé par « Mon cher grand fou … »
Les cahiers Gabrielle Roy – Boréal – édition préparée par Sophie Marcotte, 811 pages

lundi 2 juin 2008

Quand je vous dis que je me mouille …

… jusqu’au trognon. Eh bien, voilà, Les Singes m’ont tagué mais pas n’importe quelle tague, une purement littéraire ; cinq questions sur mes habitudes de lecture. Comment résister ?
Où et quand ?
Le « où » dépend de mon « quand ». Quand je suis en vacances, c’est partout ! Sur le bord de la plage, dans l’auto, aussitôt que j’ai une minute et comme j’en ai plusieurs …
La balance de l’année, attention, je vais me mouiller, c’est principalement dans le bain. Eh non, je n’ai jamais échappé une brique ! Pas encore. Plus le livre est bon et plus je sors ratatinée. En plus, je suis chronométrée par mon bain « SPA », non réglable qui, après 25 minutes exactement, se met en branle « brassage d’eau pour rien ». J’essaie de déposer mon livre plus loin mais parfois il reçoit quelques gouttes. Je ne dépasse jamais deux brassages d’eau pour rien. Au pire, si je suis accrochée, je me téléguide jusqu’au lit et je continue au sec.
Comment je choisis mes lectures ?
C’est beaucoup elles qui me choisissent et si elles s’imposent d’elles-mêmes, ou par personne interposée, j’essaie de les choisir quand même en essayant d’aller chercher en moi qu’est-ce qui peut rejoindre cette personne qui, un jour, s’est mouillée en dehors d’un bain, qui a plongé dans son imaginaire, sans trop s’éclabousser, pour nous l’offrir sous forme d’une histoire.
Quel style de lecture ?
Je préfère les histoires vécues, partiellement vécues ou nullement vécues (quoique !) en autant que je sente que l’auteur s’est oublié. Qu’il a réussi à s’abandonner à plus grand que lui, même si ce plus grand niche dans ses cavernes intérieures. Je m’attends à y voir de la générosité, ce qui me tient loin du gargarisme de mots dans lequel succombent certains bien-pensants, dont le réflexe est de se croire plus propres que tout le monde.
Qu’est-ce que j’attends de mes lectures ?
J’attends beaucoup de mes lectures, plus que de n’importe qui d’ailleurs, pour mon pouvoir de les condamner au silence … sans jamais que le diseur en soit informé. Ni offusqué. Mes lectures doivent me trouver là où je suis et c’est souvent dans une marre d’émotions humaines. Les personnages qui, instantanément, naissent et grandissent en état d’appartenance à la race humaine dont je suis, me rejoignent, puis m’enchantent. Je préfère ne jamais douter de leur existence, avis au créateur ! Quant à se prendre pour Dieu, aussi bien se montrer puissant et efficace !
Mes petites manies ?
Je suis toujours en manque de marque-pages, je les sème à tout vent et les retrouve quand j’en ai plus besoin. Je retrouve donc entre mes pages, des lettres pliées, des factures, des billets de tirage perdants, jusqu’à des écornures d’oignon … Attention, danger ; main qui ferme un bouquin à l’horizon !
Le principe de la tague est de la donner : Lucie, Frisette, Caro(line), Phil, Éric. Par plaisir, sinon, le voir comme ma manière de vous dire que je suis une fan de vos blogues !

dimanche 1 juin 2008

Ma copine de l'au-delà

C’est vrai qu’elle est devenue une personne de mon entourage, son univers est entré en collision avec le mien. Ça date de quelque temps, oui, mais comme avec une amie, plus on s’approche, plus les liens se tissent. Comme je termine 32 années de l’intime correspondance entre elle et celui qu’elle a tant aimé, son mari, je me sens près d’elle comme jamais. Je me permets d’entrevoir ce qui m’attise et m’attire en cette femme, autre que son état d’écrivain. Je la vois avec des yeux d’amie, des yeux fiers de leur incapacité à l'impartialité. Une amie prend la couleur de notre regard, de nos yeux même. Suite à ma lecture, j’ai brossé un tableau***, comme un artiste qui peint, ce n’est pas une photo mais une peinture et en cela ma perception diffère de celle de Sophie Marcotte, celle qui l’a fait en présentation. Je n’ai pas vu, ni lu ces lettres de la même manière qu’elle. *** Pour ceux et celles que ça intéressent, mon tableau suivra de près ce billet.

Tandis que ce billet-ci, je le prétends d’intérêt général pour la découverte qui m’a sautée au visage. Sa vocation d’écrivain, elle l’a fait passée avant tout. Écrire était sa locomotive, son bien-être, ses relations, de conjointe, amicales, parentales, sociales étaient les wagons. Une locomotive, si puissante soit-elle, a une limite à tirer des wagons et elle en a éliminé un, qu’elle trouvait extrêmement lourd et loin de la locomotive, je fais allusion ici aux relations publiques sous toutes ses formes. Et quand je dis sous toutes ses formes, cela va jusqu’à ne pas se présenter pour recevoir bourses et Prix.

Et tout à coup, une énormité m’a frappée

  • 485 lettres à son mari « Mon cher grand fou … »
  • « Femmes de lettres » ; correspondance à 8 amies écrivaines
  • 138 lettres à Dédette, sa sœur religieuse « Ma chère petite sœur »
  • « Détresse et l’enchantement » 521 pages
  • « Le temps qui m’a manqué » (suite non achevée de Détresse et l’echantement

…. ces cinq consistants livres ont été publiés après sa mort. Elle survit ! « Mon cher grand fou … » en 2001 et « Femmes de lettres » en 2005, pensez-y, au mois de juillet, cela fera 25 ans qu’elle est morte et elle publie encore des livres inédits ! Tous ceux qui ne croient pas à la réincarnation, eh bien, voici une alternative : elle se réincarne en elle-même ! Comment ne pas la sentir vivante ? Même morte, elle est écrivaine et, au moins maintenant, elle a toutes les raisons du monde de ne pas se présenter aux cérémonies en son honneur !

Ce serait une déconvenue de ne pas mentionner que sa survie est rendue possible par de petits anges terrestres, plus prosaïquement nommés membres d’un Groupe de recherche :
http://gabrielle-roy.mcgill.ca/index.htm