dimanche 24 janvier 2016

Le nid de pierres de Tristan Malavoy

Cette histoire commence simplement : Thomas et Laure, des amis d’enfance devenus nouvellement un couple retournent sur les lieux de leur enfance à St-Denis de Brompton. Après quelques hésitations, ils s’installent dans une vieille maison un peu décrépie mais faisant face à un attrayant lac. Thomas est un scénariste à succès et Laure, une bibliothécaire. On se tient près du livre pour gagner sa vie dans ce roman. 

« Jusqu'à quel point veulent-ils un enfant ? Était-ce une bonne idée l’achat de cette maison ancestrale La Chalande qui bouffe leurs économies ? Pourquoi ce retour imprévu dans leur vie du frère de Thomas ? » entre ces questions d’ordre plutôt concret surgissent des questions d’ordre de l’esprit où règne en maître le thème des disparitions mystérieuses.

Tout au long de l’histoire du couple, plantée en 2005, et du frère qui s’y joint, s’intercalent des épisodes de l’enfance de Thomas en 1985. S’intercale également l’histoire d’un enfant abénaquis. Ces derniers textes intercalés (en italique), se lisant sur 42 pages, varient considérablement de longueur d’un segment à l’autre. Un épilogue de 18 pages nous attend à la fin et 3 pages de notes de l’auteur. 

L’histoire en 2005 m’a intéressée, surtout ce couple foncièrement contemporain, une entité en soi assez captivante par leurs questions existentielles et leur manière d’être assez répandue : la femme plus centrée sur la vie du nid que l’homme dont l’esprit se plait à vagabonder.  Pour ce dernier, faut dire que le travail de scénariste peu exigeant lui laisse une latitude d’horaire lui offrant l’occasion de fouiller son présent sous les éclairs illuminés du passé. En ce sens-là, les épisodes de 1985 nous aident à comprendre l’attraction qu’exerce sur lui un ventre-de-bœuf qui avale des vélos et pourquoi pas, tant qu’à y être, des vies. La vie du gamin en 1985 est habitée et je dirais que c’est lors de ses passages que j’ai le plus senti palpiter l’âme de St-Denis de Brompton. 

Pour ce qui est des segments de légendes abénaquises, afin de mieux les savourer, j’ai dû les relire une fois l’histoire principale terminée. 

J’en conclus que ce roman, à plusieurs partitions, entre ses visites à l’enfance, puis à l’âge adulte, puis aux légendes abénaquises fut trop morcelé pour que j’arrive à l’englober avec facilité. En plus, j’ai un moment donné réalisé que j’avais un sérieux problème de lecture : je restais imperméable au mystère qui s’en dégage. Nous avons ici une histoire mystérieuse, ou en tout cas qui veut l’être, avec ses doubles sens de vie de l’esprit, ses recherches, ses symboles et ses disparitions inexpliquées. Si on y ajoute également ses êtres différents qui la hantent, le tableau est complet. Je suis passé à côté de ce mystère, me tenant très (trop ?) près du concret. Ce qu’il m’en reste principalement est une curiosité et un intérêt certain pour ce coin de pays que l’auteur a su faire sien à chaque phrase.

Reste que, même si ce roman n’était pas pour moi, la majorité des lecteurs s’en sont délectés, voir ne serait-ce que la très belle critique de Marion Transetti à La Recrue du mois qui a entièrement embarqué dans le côté mystérieux. 

mercredi 13 janvier 2016

TOP 10 - Lectures 2015 chez Venise

1. Six Degrés de liberté de Nicolas Dickner
Pour l’architecture précise, ordonnée et complexe du récit. Pour la pleine densité du texte allant droit à l’intelligence du lecteur. Parce que j’ai tourné les pages comme si c’était un suspense et, finalement, parce que c’en est un des plus maîtrisés.

2. La chaleur avant midi de Mylène Durand
Pour avoir eu chaud en grelottant. Pour l’ambiance opaque. Pour la rigueur du style toujours impeccable. Pour tout ce que ce roman ne dit pas mais évoque. Et parce qu’il entre par les pores de la peau sans plus jamais ressortir.

3. La bête à sa mère de David Goudreault
Pour l’impertinence assumée du récit. Pour l’approche humaine et satirique de la délinquance. Pour l’humour subtil et caustique. Parce que j’ai avalé goulument la vie d’un personnage que j’aurais dû normalement détesté. Parce que l’on veut que cette histoire continue (et elle va continuer !).

4. La dernière sorcière d’Écosse de Valérie Langlois
Pour ce retour en arrière tout en continuant de se délecter du présent. Pour l’héroïne doucement féministe. Pour les scènes érotiques fortes, bien dosées et de bon goût. Pour l’histoire dans l’Histoire où l’on croit à tout, tellement qu’on en épouse tous les personnages. Parce que des sorcières, n’est-ce pas tout simplement celles que nous appelons maintenant des voyantes !

5. Le temps des bâtisseurs de Louis Caron
Pour la découverte d’un romancier qui a la trempe des grands historiens. Pour accompagner des personnages qui bâtissent le Québec, pour la permission de les suivre dans leur exil aux USA. Pour une histoire d’amour plus grande que des tralées de familles nombreuses. Parce que les rôles de femmes sont exaltées au lieu d’effacées. Pour de la rébellion intelligente, pour dénicher des précurseurs et des avant-gardistes. Pour les personnages chez qui on embrase leur « tout feu tout flamme ». Pour la fascination d'un monde en construction et parce qu’il faut des architectes québécois, aux USA ou ailleurs.

6. C’est le cœur qui meurt en dernier de Robert Lalonde
Parce que l’auteur révèle de son infiniment intime. Parce que le personnage de la mère de l'auteur englobe mille mères tout en restant unique. Pour cette prose enguirlandée qui transcende la réalité chez Robert Lalonde. Pour avoir mis le doigt sur une relation mère-fils à la plus grande satisfaction de mon voyeurisme. 

7. La déesse des mouches à feu de Geneviève Petterson
Pour cette invitation cordiale d’entrer dans un groupe de jeunes pour aller fureter dans leurs têtes et dans leurs cœurs. Surtout leurs cœurs. Pour cette fureur de vivre qui peut être trompeuse. Parce que cette voix de personnage qui centre l’histoire retentit d’une manière authentique, venant nous chercher là où nous sommes. Pour le 100% langage québécois sans fausse note.

8. Histoire d’un bonheur de Geneviève Dumas
Parce qu’on tente une approche du bonheur et qu’on s’y prend tellement mal. Parce que je me suis surprise à rigoler tendrement de la bourgeoisie ce qui, à mon avis, tient de la prouesse littéraire. Parce que les chassés-croisés entre personnages sont astucieux. Parce que la prose danse sans arabesque tout en tenant un rythme qui se tient de lui-même. Pour un peu de magie, comme de l'épice ajouté sur les mets de la vie au quotidien. 

9. 40 choses que je veux te dire d’Alice Kuipers
Pour tout ce que j’ai appris de la jeunesse par la voix d’une jeune fille hyper organisée. Pour l’originalité de l’approche du récit par le dressement d’une liste de choses à faire. Pour les pas en arrière et ceux en avant : la vie ou pas la vie, la donner ou la retenir, ce doute qui nous hante jusqu’à la dernière seconde. Pour l’exploitation judicieuse de la différence entre l’amour et l’amitié. Pour tout ça et mes sourires laissés au coin des phrases.

10. Les têtes bouclées de Claude Lamarche
Pour mon attachement progressif et intense pour le personnage principal pourtant si discret. Pour l’avoir pleuré et m’en ennuyer encore et toujours. Parce que les Écossais qui tâchent de s’intégrer et qui s’intègrent plus que nécessaire, c’est de toute beauté à lire sous la plume simple de Claude Lamarche. Pour l’attachement filial et familial qui crée un point d’ancrage réunissant les personnages. Parce que j’ai un cœur tendre qui apprécie parfois de prendre mon temps pour entrer dans une histoire.

N.B. : Les trois romans ci-dessous ont été lus en 2015 et font partie de ma sélection, en conclure qui ne font pas partie de mon top mais seront recensés dans les semaines suivantes.
Le nid de pierres de Tristan Malavoy - - - Paul dans la Nord de Michel Rabagliati  - - - L’heure sans ombre de Benoit Bouthillette
N.B : S’il y a des erreurs typographiques, veuillez être indulgents, je viens à peine de me faire opérer pour une cataracte.
N.B. : Je suis consciente que deux auteures ne vivent pas au Québec mais comme elles sont publiées au Québec, elles font partie de mes lectures. 

vendredi 8 janvier 2016

Le manège de Monsieur Grimm - Stéphane Choquette

Pourquoi Le manège de monsieur Grimm » s’est ramassé entre mes mains ? Parce que j’avais adoré son premier titre  « La romance des ogres ». Vous savez ce genre d’auteur qui fait décoller un lecteur de la terre de son quotidien pour le faire atterrir dans une histoire ? C’est également le genre de texte où tu ne sens pas la trace de vécu ou de l'égo qui transpire entre les phrases. Stéphane Choquette est de cette race de conteur imaginatif. Un autre point le caractérise ; l’audace. Il va pousser son histoire loin, au péril de tous les excès. J’ai senti en lui un irrépressible besoin d’abandon à son monde imaginaire. Bien évidemment, il y a de fortes chances que si l’auteur se laisse entrainer par son histoire, le lecteur le suivra.

Tentons maintenant de rendre hommage à l’histoire. Nous passons quelques jours en compagnie d’un jeune garçon rempli de bonne volonté, Lucas Sinclair. C’est un élève modèle, très à son affaire, peut-être trop pour certains rebelles qui l’envient et veulent massacrer son bien-être et son vélo. Un point important caractérise Lucas, c’est son exceptionnel talent en dessin. Il préfère le cacher pour ne pas attiser la jalousie. Il cumule des dessins dans un cahier. Parce qu’il dessine, on suppose cet enfant de douze ans être doté d’une vive imagination, aussi lorsqu’il découvre dans son entourage une famille aux comportements violents et bizarres, le lecteur peut commencer par se demander si ce sont des scènes réelles ou imaginées.

Bien camouflé derrière un cabanon, Lucas découvre des scènes morbides dont l’étrangeté le perturbe (et perturbe le lecteur !). En se sauvant, il a laissé tomber son sac à dos qui contient son précieux cahier et un livre ésotérique prêté par un ex-professeur. Il devra retourner épier ce couple d’adultes et un enfant, afin de récupérer son bien. Les scènes qui se dérouleront sous ses yeux dépassent l’entendement, ressemblant en touts points à votre pire cauchemar à vie ! L’attraction de voir est incontournable pour Lucas, même s’il tremble de peur. Son imagination est stimulée et il retourne les épier dès le lendemain soir. Il va finir par entrer en contact avec eux, malgré leurs comportements menaçants. Il faut dire que la femme du couple est particulièrement gentille, elle saura comment amadouer Lucas. Elle désire un compagnon pour son petit garçon atteint d’une maladie bizarre.

Et monsieur Grimm et son manège dans tout ça ? Nous y arriverons en cours d’histoire. Ce personnage prend des allures de magicien de conte malsain. Monsieur Grimm est fascinant par son ambigüité et enferme la clé de plusieurs énigmes. À noter que toute l’action se déroulera la nuit car c’est le quart de travail de la mère infirmière de Lucas à qui ce dernier veut tout cacher de cette mésaventure. Cette mère de nature inquiète ne réalisera pas tous les dangers que son précieux et unique fils encourt.

Je le dis, si jamais vous ne l’aviez pas déjà pressenti, c’est un suspense haletant où l’on tourne les pages en tremblant de hâte. Malgré tout, j’ai préféré le Lucas du début, « mort de peur », à celui intrépide. Peut-être parce qu’il passe d’un à l’autre un peu trop brusquement. Il devient un héros, ce que je n’ai pas vu venir, surtout que l’action se déroule en à peine quelques jours. Faut dire que j’ai perdu complètement la notion du temps dans cette histoire. On aurait pu me dire qu’elle a duré des mois, je l’aurais cru. Cela participe à l’étrangeté du roman, même si cela m’a dérangé sous certains aspects, cela a modifié certains autres. J’en viens à la sauce à la saveur « horreur » qui se dépose un peu partout, cela n'en fait pas une histoire prétexte à l’horreur, par contre, petites natures, veuillez vous abstenir ! Quand il est question d’ambiance sur le mode « horreur », j’embarquais entièrement mais j’aurais fait sauter certaines scènes redondantes, reprenant les mêmes éléments que nous avions compris. Elles viennent diluer la force de frappe.

La fin, on l’a gagne, tellement plusieurs fins préliminaires défilent auparavant. La fin finale est bien tournée, je n’ai pas été déçue par son ouverture.

Un roman trépidant qui exploite le cœur d’un héros enfantin et le dévouement total de deux mères, où l’imagination foisonne et, dans la tête du gamin et, dans la tête de l’écrivain. On n’en vient à ne plus savoir qui croire !

Si vous désirez lire quelques extraits, c'est ici.
N.B. : Format de livre très agréable à tenir. 


dimanche 3 janvier 2016

Ma vie est entre tes mains - Suzanne Aubry

Voici pour moi une première incursion dans le monde de Suzanne Aubry, auteure des 7 tomes de Fanette. J’y retournerai d’emblée.

Une femme, accompagnée de son enfant autiste quitte son logement de Montréal sans aviser, même pas son mari, pourtant aimant. Celui-ci, envahi d’une inquiétude insupportable part immédiatement à sa recherche sur les lieux de leur rencontre et de leur enfance. C’est un retour dans le passé et celui-ci est lourd pour plusieurs personnages, ce que l’on découvre bride par bride.

J’ai eu un peu de difficulté avec la prémisse, ce départ précipité du mari, même pas une journée après le départ de sa femme. J’y aurais vu un peu plus d’hésitation et de doute. Difficile pour moi de croire qu’il devine immédiatement où est sa femme et, surtout, pourquoi panique-t-il aussi intensément qu’instantanément ? L’auteure tente de mettre cette panique sur l'autisme de l'enfant d'une dizaine d'années mais n’est-ce pas faire peu confiance à la mère qui, vraisemblablement, doit être en mesure de prendre soin de son fils ? Une fois cette prémisse traversée, aussitôt Michel débarqué à St-Boniface, le roman est venu me chercher. J’ai aimé traverser les Prairies en compagnie de personnages bien cernés, certains ruraux. Sans l'ombre d'un doute que le lieu de l'action choisi par l’auteure amplifie l’attrait de cette histoire.

Malgré la vastitude imposante de la nature, ce n’est pas une histoire calme et à l’eau de rose. Une tragédie tirée du passé vient envenimer le passé de trois personnages masculins, dont Michel le fameux mari inquiet. S’il y a un principe à retenir de notre lecture : le passé nous rattrape toujours, aussi bien l’affronter. 

Il y a quelque chose du polar dans cette manière de Suzanne Aubry de dévoiler les pans de l’histoire, couche par couche. Avec cette apparence d’enquête et de plusieurs quêtes, on affronte des personnages pris au cœur de la déroute, dont un fraichement sorti de prison. Il n’y a pas de meilleure manière pour fouiller les tréfonds d’un cœur que de le placer en situation précaire ou de crise. Les émotions vengeresses ou rancunières imprègnent plusieurs pensées et actions, la peur également, et ceci chez plusieurs personnages.

L’histoire est rondement menée, les nombreux personnages secondaires sont captivants parce que consistants. L’intrigue tient la route, même si j’ai quelques fois trouvé qu’il y avait plus de peur que de mal.

Un fait indéniable, les personnages sont fondamentalement humains et jamais foncièrement méchants. Cœurs sensibles, vous pouvez vous avancer en toute confiance. 

lundi 28 décembre 2015

Ma vie rouge Kubrick - Simon Roy

Il me le fallait ce titre. Pour le titre, si joli, si intriguant, presque poétique. Ensuite, il gagne le Prix des Libraires du Québec 2015 et est reçu aux Correspondances d’Eastman à un Café littéraire auquel j’assiste. Mon exemplaire se trouve donc dédicacé : À Venise, Puissiez-vous ne jamais vous égarer dans les méandres sinueux du labyrinthe de l’existence. – Simon Roy.

Je suis très fière de moi d’avoir pris des notes car c’est le genre d’histoire que j’oublie. Alors, je lis mes notes et je ne me souviens guère plus de ma lecture. Ce roman m’a laissé de très légères empreintes, facilement effaçables, ce qui ne veut nullement dire que je n’ai pas aimé. C’est autre chose.

C’est l’histoire tortueuse et torturante de la famille de Simon Roy et ce dernier passe par un film pour s’exprimer. Voilà le problème en moi et pour moi : je n’ai pas vu ce film phare (chef d’œuvre, dit-on) dont il est question : « The Shinning" de Stanley Kubrick. Après ma lecture, j’ai à peine le goût de le voir.

L’auteur nourrit une attention obsessive vis-à-vis cette œuvre cinématographique. Ses drames familiaux personnels y trouvent un exutoire. Je crois énormément à une chose dans la vie : où l’on place son attention équivaut à l’eau et la lumière qui font pousser les fleurs de son jardin. Et l’engrais aussi. Simon Roy a cultivé ce film comme un jardinier obsessif, sous tous ses aspects, pas uniquement sous l’angle œuvre mais sous l’angle maître d’œuvre. Pourquoi je mets l’emphase sur ce point ? C’est que suite à cette étude maniaque, Roy débusque une multitude de synchronismes entre l’œuvre de sa vie et celle de Kubrick. Je rajoute, rien de plus normal d’après le principe du pouvoir de l’attention.

Quoiqu'il en soit, le parallèle entre les deux, sa vie et le film, est bien fait, bien exposé, littérairement bien ordonné et bien rédigé. J’imagine un instant l’intérêt du lecteur qui a adoré ce film, s’exaltant, même si The Shinning n’est pas son film fétiche. Je ne suis pas loin de penser que c’est un genre de pré-requis pour adorer ce récit, avoir vu « The Shinning », sinon, on l’aime, ce qui est déjà quelque chose en soi.

Moi qui n’ai pas vu le film vous dirai que j’ai trouvé l’auteur obsessionnel par son approche. Il place son attention sur le tragique, c’est l’angle avec lequel il aborde ses antécédents. Ce sont les racines de sa famille qui poussent en lui, il n’arrive pas à les annihiler, il porte un genre de responsabilité. Vous me trouverez peut-être catégorique car, je n’ai pas moi une famille et des secrets violents, alors c'est facile à déclarer. Il est vrai que je ne porte pas un arbre généalogique en ramifications catastrophiques.

Ce récit est plus qu’une réflexion, c’est une exploration des labyrinthes noirs de la psyché humaine, des voies impénétrables du macabre que l’on tente de pénétrer. De mes notes, je relève un extrait, p. 142 « Et je me suis demandé à quoi auraient ressemblé nos vies, si je n’avais pas été chichement pourvu d’un cœur ingrat ». J’imagine que j’ai voulu démontrer jusqu’à quel point ce récit n’est pas complaisant.

Simon Roy prétend que c’est un livre circonstanciel, un exutoire dont il a eu besoin pour retirer un poids de ses épaules. Quant à moi, je ne le crois pas, il va revenir en forme et en force. Il est clair qu’il est tissé de cette fibre qui fait que l’on prend goût à se dévoiler par l’écriture. Je suis très curieuse du prochain, sans le support d'un film : qui est Simon Roy ?

vendredi 18 décembre 2015

Une nuit, je dormirai seule dans la forêt de Pascale Wilhelmy

Voici un roman qui pourrait facilement se classer dans la section croissance personnelle. À ranger dans l’ordre du roman optimiste, réconfortant et guérisseur. C’est une histoire conjuguée au « Je majuscule » où un défi est lancé : combattre ses peurs en prenant le taureau par les cornes. Dans le milieu thérapeutique, on parle de thérapie comportementale et cognitive, avouons que l’expression est plus savante.

Je crois à l’efficacité de cette thérapie, en autant que l’on en ait le courage, que l’on soit très motivé et, encore mieux, avec de l'encadrement. Ce roman de Pascale Wilhelmy en fait le constat : on peut vaincre ses peurs. En solitaire, par la seule force de sa volonté. On a certainement affaire à une super femme. Il faut se laisser imaginer qu’il existe de ces supers femmes fortes de l’Évangile. Qui plus est, cette femme en question, la forte Emma a l’embarras du choix puisque depuis l’âge de cinq ans, elle a peur de tout : des chiens, des éclairs, de grimper aux arbres, du noir, des clowns … et des mains poilus. Cette dernière peur sera particulièrement placée sous la loupe et le « pourquoi » se dévoilera aussi progressivement qu’habilement.

Au départ, le ton est si insouciant, si léger et humoristique que j’ai été surprise de voir apparaitre le spectre des « mains poilues ». Peut-être est-ce une bonne manière d’amener cette problématique, en tout cas, ce fut la manière toute en subtilité de l’auteure. Après réflexion, je me suis dit que ce récit de vécu (fictif ou réel ou le mixte des deux) pourrait servir à amorcer des conversations de « secrets » de famille, de ceux sous les couvertures, si vous voyez ce que je veux dire.

Les chapitres où le ton est badin et où Emma s’attaque à des peurs anodines, je dois avouer m’être un peu ennuyé par la répétition et la trop grande simplicité du remède : passer une nuit sous les étoiles seule en forêt. Et y tenir mordicus. Je ne dévoile pas une grosse intrique puisque c’est le titre. Lorsque nous tombons dans la profondeur de LA peur principale, les révélations se corsent et ma lecture s’est avérée beaucoup plus captive devant la complexité de la situation.

En conclusion, une lecture beaucoup plus profonde qu’il n’y parait à prime abord, pour la souffrance le sourire aux lèvres. Et, assurément, un roman qui commence en brebis et finit en lionne.

mercredi 9 décembre 2015

LA BELLE MÉLANCOLIE de Michel Jean

Si vous vous fiez aux titres et aux couvertures pour choisir vos romans, gare à vous ! Les deux nous amènent à croire à une histoire à l’eau de rose. Ce l’est oui, un peu, mais si peu.

L’homme dont il est question, Arnaud est un contrôleur d’images et de situations de crises. Il est grassement payé pour cela. Cette fois, la crise sera particulièrement éprouvante et le scandale à étouffer particulièrement répugnant. Et, qui plus est, ce scandale se déroulera loin de sa zone de confort puisque c’est dans une mine du Nunavik que la douzaine de meurtres a lieu. Si encore, il n’y avait que cette affaire dérangeante qui ravage l’esprit de l’homme au cœur de la quarantaine, il y a également une très jeune femme, une avocate qui le trouble par sa pureté. En plus, cette femme, par une ressemblance frappante avec une autre qu’il a beaucoup aimée, le ramène continuellement à son passé.

Nous suivrons donc Arnaud à ce moment charnière de sa vie où il est confronté à des choix de vie qui reposent sur des valeurs d’honnêteté. Il aurait pu s’acquitter de sa tâche et contrôler les dégâts médiatiques (la surface) sans se poser de questions sur la violence dans le Grand Nord, sans observer, sans voir, sans sentir les malaises. Il finira par décrocher de la futilité de sa tâche pour aller plus en profondeur. On le verra, entre autres, entrer en relation avec une Inuit très jeune et aux prises avec de gros problèmes.

Somme toute, cet homme qui joue avec les images part tout à coup à la quête d’une certaine vérité, et le déclencheur est cette jeune avocate, Amélie Roy, une femme qui conduit sa propre vie dans une droiture qui le surprend.

Malgré un intérêt assez soutenu, l’intrigue m’a laissé plutôt tiède et je me suis longuement interrogé pourquoi. Arnaud est le personnage principal, celui par qui tout passe, il vit au cœur d’une crise existentielle majeure qui traverse sa vie sentimentale et son travail et, pourtant, son trouble se vit tout en douceur delà, j’imagine, le titre « La belle mélancolie » qui charrie une certaine langueur. Les évènements sont certainement en crise, plus qu’il ne l’est lui-même. Il conserve une maîtrise qui, à mes yeux, a fini par s’apparenter à de la tiédeur. Ceci dit, là où j’ai senti le plus de fougue au cours de cette histoire et ceci, chez plusieurs personnages, c’est dans toutes les scènes se rapportant à la sexualité.

C’est le roman des entre-deux : la surface et la profondeur, la fabrication ou l’authenticité de l’image, le présent ou le passé sentimental, l’espace (le Grand Nord) ou la densité (Montréal) et pour cela, je me serais attendu d’y trouver plus de tiraillements du protagoniste principal et assister à des déchirements.

Je ne nie pas que le sentiment d’amour soit tangible mais on dirait qu’il arrive au personnage «malgré lui ». Personnellement, j’aurais aimé voir un Arnaud Delagrave plus énergique. Voilà c’est dit « énergique ». C’est certainement une question de perceptions, car tout est une question de perceptions, et s’il y a une chose qu’Arnaud Delagrave pourrait confirmer, c’est bien cela !