dimanche 28 juin 2015

40 choses que je veux te dire d'Alice Kuipers

Cette histoire d’une adolescente de seize ans, Amy surnommé Bird, n’est pas destinée absolument pour les adolescents, même s’ils risquent fort d’y trouver leur compte.

Je vous le dis tout de suite, j’ai été surprise d’aimer le roman à ce point et j’ai vite oublié qu’il s’agissait d’adolescence parce que le sujet est avant tout universellement humain. Cela pourrait être aussi bien vous qui ayez l’habitude de dresser des listes afin de contrôler le plus possible les éléments de votre vie.

Avoir la mainmise sur sa vie, est-ce possible ? Cela comprend sur ses parents, ses études, ses amours, ses amitiés. La meilleure manière qu’Amy a trouvé pour y arriver : dresser des listes de choses à faire et les suivre au chiffre et à la lettre. Cela en fait une jeune fille studieuse, sage et responsable. Et avec un chum régulier, un ami d’enfance, qui est impeccablement tendre, sensible, attentif. Qui dit mieux ? Mais voilà, serait-ce trop parfait pour être vrai ? On sait que les femmes sont parfois attirées par des garçons à l’allure un peu voyou. 

En tentant de décrire l’histoire, sans vendre d’intrigue, je réalise qu’elle est à la base simple, mais la manière de l’aborder est complexe. On ne tombe pas dans le convenu, nous serons déjoués dans les détours.
Cette histoire aborde de front l’amitié entre filles, la différence entre l’amour amitié et l’amour passion, nos exigences vis-à-vis nos parents, la séparation, la grossesse chez les jeunes, et ce qui couronne le tout : la tromperie. À commencer par la tromperie vis-à-vis nos propres attentes, de nos rêves, de nos espoirs.

Il est à peu près impossible de ne pas s’attacher à cette jeune fille qui veut faire du bien autour d’elle et pour cela, elle tient assidument un blogue sous le pseudo M’zelle-contrôle-de-soi. Elle parsème son blogue de sa rubrique intitulé « Brin de sagesse » et répond aux problèmes des jeunes de son âge. Parfois, ce n’est pas facile, elle doit réfléchir mais elle trouve toujours une réponse avec des airs de perfection. C’est beau de la voir aller, je crois qu’il n’y a pas une mère qui n’adopterait pas une telle fille, d’ailleurs elle est cent fois plus sage que son père qui a un caractère immature.

Bien entendu, il lui arrivera ce qu’il faut pour bousculer son bonheur théorique appris par cœur.

Roman solide où l’auteure a pris le temps d’installer son sujet en profondeur et qui, plus que crédible deviendra réel. Cette jeune femme existe, oui, en quelque part dans le monde, elle existe, je n’en démords pas !

Si j’avais à cerner cette histoire, je dirais une confrontation de la pratique à la théorie. Cela vise directement les adolescents, tout en prenant un détour intéressant pour pointer quiconque se frotte à la réalité avec des principes rigides. Jusqu’à quel point peut-on avoir le contrôle de sa vie ? Voilà la principale question qu’aborde ce roman aux allures de modernité. 

Style vivant, jeune, efficace où on peut piger d’excellents principes de vie. Seront-ils applicables ? Cela n’est plus l’affaire de l’auteure, mais la vôtre !

mercredi 24 juin 2015

BONNE ST-JEAN BAPTISTE à tous !

C'est Clavier bien tempéré (Lucie) qui en a eu l'idée : lancez 24 titres québécois qui nous ont imprégnés, impressionnés, intrigués, initiés, captivés, émerveillés ... (à vous de continuer).

Quelle bonne idée ! Le 24 juin, de célébrer ces écrivains qui nous enrichissent l'année durant. Comme le dit si bien Lucie, la liste peut fluctuer, c'est une photo.  Elle l'a dressée par ordre alphabétique, non par préférence, pour éviter une bataille en règle de ses méninges, ce n'est ni le jour, ni l'heure. Je n'y ai moi non pas été par ordre alphabétique mais par ordre où les titres sont apparus dans ma tête. Voilà. Si ça vous tente d'en lancer, allez-y gaiement, tous ensemble, on va faire un feu d'artifice !

33, rue de la Baleine  - Myriam Beaudoin
Six degrés de liberté  - Nicolas Dickner
Mon cher grand fou  - Gabrielle Roy
La fille qui n'existait pas  - Denis Thériault
HKPQ  - Michèle Plomer
Le silence du banlieusard  - Hugo Léger
Le frère du trapéziste  - Denis Robitaille
La détresse et l'enchantement  - Gabrielle Roy
La fabrication de l'aube  - Jean-François Beauchemin
Garage Molinari  - Jean-François Beauchemin
Les carnets de Douglas  - Christine Eddie
Bondrée  - Andrée A. Michaud
La petite et le vieux  - Marie-Renée Lavoie
Man  - Kim Thùy
Si tu passes la rivière  - Geneviève Damas
La fiancée américaine  - Éric Dupont
Mademoiselle Personne  - Marie Christine Bernard
La soeur de Judith  - Lise Tremblay
Paul à Québec  - Michel Rabagliati
La porte du ciel  - Dominique Fortier
Les coeurs tigrés - Yves Morin
Je compte les morts  - Geneviève Lefebvre
Je ne veux pas mourir seul  - Gil Courtemanche
Agaguk  - Yves Thériault

Tous ces titres ont été commentés au Passe-Mot, vous pouvez vous servir de l'outil de recherche dans la marge à droite pour en repérer le recensement. Pourquoi ne vous ai-je pas offert des liens cliquables ? Je pourrais vous répondre : pour apporter à votre attention l'existence de ce gadget de recherche qui n'a pas toujours été là, mais je vous avouerai plutôt que je prends congé de faire 24 liens !

Je laisse Jean-François Lisée vous souhaiter Bonne St-Jean, même s'il a l'air fatigué, il tient bon. Pourquoi lui ? Parce que je l'aime beaucoup, voilà !


mardi 23 juin 2015

Asphalte City de François Désalliers

Voici un titre que l’on a classé sous le genre thriller. Comme c’est plutôt rare, ça m’a intrigué. En lisant le quatrième de couverture, j’ai réalisé qu’il y avait des meurtres, une enquête ; quelle différence alors avec un polar ? J’aimerais vous l’apprendre mais je ne le sais pas plus maintenant qu’avant ma lecture. Mais est-ce si grave ? Voyez plutôt si cette histoire peut vous plaire.

Un bon bougre a la garde de sa petite fille Zoé pendant une fin de semaine. La mère qui en a la garde le met à l’épreuve car il s’avère qu’elle ne lui fait absolument pas confiance. Le père la laisse se rendre à une activité seule et l’enfant a un accident en vélo qui la jette dans le coma.

Rapidement, on réalise qu’à travers la ville, il y a de plus en plus de ce genre d'accidents. Le père de Zoé décide de ne pas rester passif et se mêle de l’enquête. Il finit par découvrir le pot aux roses : un concours est ouvert à tous ceux qui veulent blesser et tuer des piétons ou cyclistes en échange de récompenses monétaires (je ne vends aucun punch, c'est inscrit sur la quatrième de couverture).

Non, ce n’est pas de la science-fiction, c’est un thriller, rappelez-vous. Avouons que la prémisse est assez abracadabrante : comment des personnes peuvent-elles foncer sur des enfants, des handicapés ou des vieillards pour des sommes d’argent minimes pour ce genre de crime, genre 1,500 $ ? Vous imaginez la quantité de délits de fuite qui s’accumulent dans cette seule ville ! Les officiers de l’ordre sont évidemment débordés, sur le point de perdre la raison devant l’hécatombe : des morts, des estropiés, il y en à tous les coins de rue.

Le père de la fillette, un facteur de métier est un personnage crédible et attachant, qui tient à se mêler, en compagnie d’un couple d’amis, au travail des enquêteurs. Il ne fera pas que des mauvais coups.
Malgré que j’ai eu peine à m’imaginer qu’un concours de ce genre puisse avoir du succès en devenant des criminels aussi facilement, j’ai tout de même réussi à trouver mon compte dans cette lecture. Le personnage du père et ses amis y sont pour beaucoup. Les trois restent les pieds ancrés sur terre, on s’attache à leur imperfection et à leurs maladresses. Le père porte le chapeau de victime avec une ex-épouse intransigeante. Ensuite, le couple d’enquêteurs, un aveugle et une jeune femme est également bien planté, amusant même.

Ce qui a aidé ma crédulité est de m’imaginer que c’est une bande dessinée. À partir du moment où je me suis dit, je lis une comédie loufoque qui se prend au sérieux, le tour était joué, j’arrivais à poursuivre. J’ai donc suivi l’intrigue, parce qu’intrigue il y a. Il faut tout de même trouver qui a entrainé tant de personnes à devenir des meurtriers sur les routes.

Le dénouement reste à classer à part entière sous la comédie satirique, toujours aussi grotesque. On peut dégrossir le tout et tenter de tirer une leçon, sur le quatrième de couverture il est suggéré  « …un thriller sur la responsabilité de chacun, qu’elle soit personnelle ou collective ». Comme le chemin emprunté est gros … énorme … gigantesque … titanesque, je ne pense pas que le message passe.

François Désalliers a huit romans à son actif et sa solide expérience est évidente. Il a opté pour un roman déroutant, avec une prémisse poussée dans ses extrêmes, ce qui la rend peu crédible. Par contre, il mène rondement son idée jusqu’au bout. Et pour cela, je lui lève mon chapeau.

Si vous voulez tenter l’expérience, un conseil : ne vous prenez pas trop au sérieux comme lecteur !

vendredi 12 juin 2015

L'encre mauve de Florence Meney

Voici un polar à plusieurs ramifications d’histoires qui veulent sonder l’âme trouble de l’être humain : Est-ce que le monstre est toujours celui que l’on pense ?

L’ambiance morbide nous saisit dès le début, un policier haut gradé ayant commis un horrible crime familial, tuant sa femme et ses jumelles. Conclusion immédiate des médias : crime abject égale monstre. Même si cette enquête et cette cause devant la Cour traversent le roman, avec son jeune inspecteur en mal de patron (en congé pour dépression), le projecteur sera plutôt braqué sur Laura, en deuil de son patron mort subitement. Elle travaille dans une maison d’édition et, suite au décès subit de son oncle, un jeune a pris les rênes pour reconstruire à sa façon. Manque de pot, il a la flamme pécuniaire plus que littéraire. Son portrait m’a fait penser à celui de Blaise Renaud (ce propos n’engage que moi !).

Laura et son mari, Bernard, journaliste en début de dépression, sont les personnages principaux, si on exclut le magistrat. Celui-ci, ami de feu l’éditeur contacte Laura pour lui proposer un manuscrit écrit à l’encre mauve. Que le manuscrit soit à l’encre mauve m’a tout de suite donné un indice sur son importance dans l’histoire. Peut-être, qui sait, aurais-je un peu plus cru à la naïveté de Laura, sinon.

Laura est la femme sympathique par excellence. Éplorée par le départ de son patron qui la choyait, complètement dépassée devant la force magnétique de ce magistrat qui insiste, la coince, la harcèle pour se faire éditer. Il la somme de n’en parler à personne, pas même à son mari. Le plus surprenant est qu’elle accepte. J’ai eu maille à partir avec cette passivité soumise chez une femme de cette trempe. Nous lisons le manuscrit en même temps que Laura et je n’ai pas vu dans ces lignes à l’encre mauve matière à obnubiler le jugement d’une personne. Ces réticences m’ont retenue d’embarquer à fond dans cette intrigue.

Heureusement, je le répète, plusieurs histoires et personnages rayonnent autour de Laura. À commencer par son mari, bon bougre un peu endormi (pour ne rien voir du malaise de sa femme !), la savoureuse relation entre les détectives, les en-dessous des meurtres familiaux, intrigants jusqu’à la dernière ligne. Et que dire des personnages hauts en couleur,: le magistrat, tout un numéro, avec plusieurs tours dans son sac et son ancienne amante, femme digne et affirmée.

On ne s’ennuie pas, une action n’attendant pas l’autre, le style est fluide, coule semble-il, sans effort, comme la ballerine qui sourit en exécutant une arabesque complexe.

Malgré que je me sois butée à la plausibilité du comportement de Laura, je sors de ce roman avec une furieuse envie d’écrire à l’encre mauve. De préférence, un manuscrit.

samedi 6 juin 2015

Six degrés de liberté de Nicolas Dickner

Aujourd’hui, je me donne un immense plaisir, je commente Six degrés de liberté. J’avais hâte de le commenter pour que ce que j’ai reçu s’évacue, se transmette, se transforme. Bon, je modère mes transports pour vous le présenter le plus calmement possible.

C’est un trio de jeunes, je vois un triangle : Lisa, Éric, Jay. Voyez, des prénoms courts, nets et précis. Comme le roman. Court, dans le sens de prendre le chemin le plus court entre deux points. Au premier angle du triangle, c’est Lisa. Une fille de banlieue vivant entre un père et une mère séparés. À 15 ans, elle est plus mature qu’eux. Son père rafistole des vieilles maisons pour les vendre, elle le seconde pour gagner de l’argent. Il perdra de plus en plus la carte, le sens de l’orientation à l’intérieur de sa tête. Sa mère est une fanatique d’Ikéa, c’est sa religion. Lisa observe la vie, sa vie et  semble étouffer malgré un certain degré de latitude.

Au deuxième angle, Éric l’ami, le complice. Il est agoraphobe et c’est tant mieux, ça lui permet de laisser libre cours à son génie de la programmation informatique, enfermé chez lui. Lisa et Éric expérimentent des trucs audacieux et ingénieux - sans amour et sexualité ! - jusqu’au jour où Éric part pour Copenhague parce que sa mère y suit son chum.

Au troisième angle, il y a Jay, emprisonnée dans les bureaux de la Gendarmerie Royale du Canada à exécuter un job abrutissant. Elle y purge une peine, qui achève (environ 2 ans) pour crime de piratage. Elle s’ennuie pour mourir, son cerveau tourne à vide.

Un jour, Lisa découvre une cache entre les murs d’une maison qu’elle rénove avec son père. Cette découverte va impressionner son imaginaire et venir s’étamper sur ses méninges. Pour vous situer, je marche sur des œufs, je ne sais pas où piler sans entacher l’intrigue. Je peux certes dire que c’est un roman qui avance à coups d’intrigues, c’est une sculpture, un puzzle qui m’a fait penser aux techniques d’enquête. Le produit final sera un édifice sculptural, on ne doit pas trop rapidement retirer telle pièce au risque qu’elle s’effondre. L’histoire est parsemée d’indices. Tout se tient. Attention, c’est dit, tout se tient.

Si j’avais des thèmes à assigner, je parlerais d’enfermement, de secret, de cachette. Les personnages sont enfermés et secrets, ce qui signera tout ce qu’ils feront, exécuteront, projetteront. Ils ne s’influencent pas, c’est déterminé chacun de leur côté. Il n’y a qu’au début de l’histoire où Lisa et Éric sont à proximité (toujours sans sexe !), par la suite, ils seront éloignés mais communiqueront par Skipe.

Qu'est-ce que j’essaie de vous communiquer par des chemins tortueux ? Ce roman est puissamment intelligent. Je ne peux pas simplement dire « intelligent », cela ne serait pas suffisant. Lecture faisant, on s’arrête devant un paragraphe et on soupire d’aise et d’admiration. On se dit, voici une critique bien tournée des travers de notre société moderne, sans trace de hargne. Ça nous rentre dans l’esprit à grandes portes ouvertes, car on ne sent pas pointés, seulement observés avec la distance nécessaire pour respecter qui on est.

Ce roman, je l’ai promené dans la maison comme un trésor. Je l’ai ouvert et feuilleter comme un trésor. Dense, avec autant de traits intelligents au cube carré, on peut dire qu’il a du contenu. Cela fait drôle à dire en observant les nombreux conteneurs de la page couverture illustrée par Tom Gauld. Tout dans la vie est une question de contenant et de contenu. L’être humain lui-même avec son extériorité et son intériorité. Qu’est-ce que l’on cache, qu’est-ce qu’on veut montrer ou pas ? Le changement d’identité selon la vie, la circonstance, la fréquentation.

Je vous défie d’y trouver le moindre cliché. Même auprès du genre féminin ou masculin, vous n’en trouverez pas. À un certain moment, je me suis arrêté à ce fait : il n’y a aucune notion d’amour en tant que telle. On peut en transposer, ce qui est une autre paire de manches ! On ne fait pas un étalage des émotions mais des faits qui sous-tendent que l’on en éprouve. Comme lorsque Lisa prend la responsabilité de son père, et accepte son héritage d’outils qui envahit son logement. On se dit, ça, c’est de l’amour. Sinon, pas de déclaration. Même chose entre Éric et Lisa.

J’ai tellement aimé ce roman ! Je dois le dire, ainsi vous tenterez de voir entre mes commentaires s’il est pour vous. J’ai été subjuguée par cette histoire, par la manière dont elle est écrite. J’ai eu autant de plaisir à lire chacune des phrases que l’ensemble des phrases, des chapitres, et le tout qu’ils forment. Je lis pour trouver un roman tel que celui-ci.

Je ne sais pas si vous serez aussi enthousiastes, c’est difficile pour moi de le jauger. J’ai perdu une part d’objectivité et mon attraction pour ce triangle et ses impulsions de sortir de la marge, des règles, du convenu. Vivre dans la société sans y être. Ce triangle humain qui pousse leurs limites pour expérimenter avec l’audace et la détermination exigées. Pour le plaisir lui-même de le faire, le résultat final étant assez secondaire.

N’est-ce pas de toute beauté en ce siècle où la performance prévaut pour arriver dans des buts précis, qu’importe le chemin emprunté ?

mercredi 27 mai 2015

Le mauvais côté des choses – Jean Lemieux

J’ai été vers ce polar, certainement pas pour le titre, des plus banals, mais pour l’auteur que j’ai aimé dans L’homme du jeudi.

Voici un polar à plusieurs ramifications, je vous en avise immédiatement, pas moyen d’être paresseux à sa lecture. Je dirais même, il est si touffu, que tout y est. Que ce soit des meurtres macabres à répétition (mains clouées sur des édifices), des oncles louches, des pères disparus, de la mafia infiltrée, de la famille italienne sur la sellette, du journaliste vedette à l’esprit vengeur, une taupe, de la drogue, des jeunes abusés et, au bout de ces êtres : Surprenant. Oui, l’enquêteur, André Surprenant, le personnage principal. Il est entouré d’une pluralité de péripéties et de personnages que l’on en arrive même à le perdre un peu de vue. Un peu, juste un peu.

Surprenant croyait son père perdu, ou mort, jusqu’au jour où il reçoit de ses nouvelles de la Californie. Il vient d’entrer à l’escouade des crimes majeurs de la SPVM, rejoignant une équipe dont il est le nouveau venu, celui qui doit faire ses preuves. Il habite Outremont, la maison dont il a hérité de son oncle, Roger dont on entendra parler dans l’histoire. Son père est également un personnage hautement coloré, mais nous aurons peu d’occasions de faire sa connaissance, à cause justement de la quantité d’histoires imbriquées les unes aux autres. Nous connaitrons par contre sa mère, sa femme, ses enfants et les enfants de sa femme. Pour un enquêteur en service depuis quelques livres, c’est sa sortie au grand jour, on découvre ses antécédents.

Tout est intéressant et tout s’imbrique. Cette histoire a les qualités de ses défauts. Et vice-et-versa. Si vous aimez une seule intrigue approfondie, j’hésiterais à me lancer sur cet entrelacement d’histoires et de personnages hétéroclites. D’ailleurs, au début de ma lecture, j’ai été prise par surprise, car L’homme du Jeudi est un polar presque pépère si on le compare à celui-ci. Il a fallu que je m’y fasse et que je sorte de ma torpeur. Le lecteur se doit d’être alerte, la bouchée est consistante à avaler et à assimiler. Il faut la mastiquer. C’est de la haute voltige et j’ose croire qu’il faut un romancier drôlement expérimenté pour en être rendu à manier les fils sans se mêler et sans qu’ils se mêlent entre eux.

Pour le style, parlons d’effervescence, d'énergie, de dynamisme. Un style remuant ! Avec de petits clins d’œil à l’œuvre de Ferron L’amélanchier. Et pourquoi pas !

Même si je ne m’attendais pas à autant de rebondissements, en aucun cas, je ne manquerai la prochaine enquête de Surprenant. Mais comment surprendre après tout ça ? À l’auteur de me répondre dans son prochain titre.

Ah oui, le titre fait allusion à cet extrait de Jacques Ferron placé en exergue : Je me sentais à la fois honteuse et fière d’être sa fille. Il avait partagé le monde en deux unités franches et distinctes qui figuraient le bon et le mauvais côté des choses. Lui seul avait accès à ce dernier, lui seul ne le craignait pas.

mardi 19 mai 2015

L'amour inconditionnel de Denise Riendeau

Voici un roman qui s’est imposé à moi, qui est venu me chercher. J’aurais dû lui faire prendre la file de ma pile, mais aussitôt feuilleté, je n’ai plus voulu quitter Marie-Denise, le personnage principal. Il est question d'une adolescente insoumise au caractère intense et exacerbé par l’absence de filtre entre l’auteure et son personnage. Elle a ceci d’attachant qu’il est facile de revivre ses élans contestataires pour qui a rué dans les brancards dans sa jeunesse. Sa fougue est tenue sous bride par son entourage, permettant des écarts qui ne la dévieront pas trop de son chemin.

Mais parlons du contexte où nous retrouvons cette ainée de famille. Suite au départ du père, la mère la place avec ses frères et sœurs dans un orphelinat tenu par les religieuses. Ses fugues à répétition la mèneront à son ultime but ; sortir des murs de prison de l’orphelinat. L’adolescente idéaliste pense avoir atteint la liberté, incapable à son âge de soupeser les contraintes de sa nouvelle vie dans un collège, cette fois supervisée par une mère ferme et une grand-mère autoritaire. Facile pour elle de s’imaginer, qu’avec un père, tout serait différent et plus facile.  

Mère, grand-mère, amie, épreuves, vie familiale, choix du métier, amour, absolument tout, passe à travers les prismes de la vision de cette jeune fille qui deviendra une femme sous nos yeux. Pour m’attacher à une histoire, j'aime du mystère. Ici, je l’ai trouvé à tenter de cerner la réalité à travers l’importante subjectivité de ce personnage.

Je dois le dire, j’ai préféré sa jeunesse à sa vie adulte. Premièrement, son caractère s’accordait mieux à la révolte contestataire d’une adolescente qu’à celle d’un adulte. L’autre raison n’est pas négligeable, j’ai été séduite par la détermination du personnage maternel abandonné à son pénible sort d’avoir seule la charge de ses enfants, tandis que l’aide sociale n’existait pas. Pourquoi son mari l’a-t-elle abandonnée ? Jusqu’à quel point est-elle influencée par sa famille ? Arrivera-t-elle à sortir de la misère ? Va-t-elle sortir ses autres enfants de l’orphelinat ? Même si je l’ai fréquenté sous la vision de sa fille, j’ai beaucoup aimé la suivre. Quand Marie-Denise devient une jeune femme, sa mère se retrouve dans l’ombre, sa présence m’a manquée.

L’option de l’auteure fut de se centrer sur un seul égo, celui de Marie-Denise. L’envers de la médaille, si la rencontre avec le personnage principal ne se fait pas, il y a fort à parier que l’on passe à côté de l’intérêt suscité par cette histoire.  Est-ce l’absence totale de père dans ma vie, ou d’avoir connu l’enseignement religieux à la même période ou ma quête de l’amour en réaction au père absent mais la similitude de situation avec la mienne m’a aidé à garder le cap.

Le style de l’auteure est à l’image du personnage principal : intense, bouillant mais un peu brouillon. Il m’est arrivé de lire certaines infos déjà abordées, ou de régresser après avoir avancé, de lire des contradictions. La ligne de vie ne se présente pas toujours nettement. Comme les êtres humains, les livres ont des défauts, lesquels peuvent aussi nous charmer. Ce qui fut le cas ici.

Si je devais ajouter un accent philosophique à l’histoire, je dirais ceci : comme la vie ne supporte pas le vide, l’absence du père a rempli et éclairé la majorité des gestes et pensées du personnage principal, Marie-Denise. La quête du père chez une personne percluse d’idéalisme vous intéresse, ouvrez-vous à ce titre.