jeudi 23 avril 2015

Le Passe-Mot - 8 ans en cette JMLDA

Des prescriptions de nos libraires
Dans le cadre de la Journée mondiale du livre et du droit d’auteur (JMLDA), dans plus de 17 villes au Québec, une trentaine de libraires issus des librairies membres de l’Association des libraires du Québec (ALQ) prendront les rues d’assaut afin de prescrire des lectures aux amoureux du livre.
Pas mal plus plaisant qu’une prescription médicale sous le régime Barrette !

20e année de la Journée Mondiale du livre
Vingt auteurs s’adressent à leurs lecteurs par ce recueil intitulé J'ai des p'tites nouvelles pour vous! Cet ouvrage est remis à ceux qui achèteront un livre chez leur libraire indépendant ou sur le site leslibraires.ca. Les librairies sont ouvertes jusqu’à 21 h 00, accourez !

Le Passe-Mot de Venise a 8 ans
Comment va-t-il ce blogue littéraire qui a un jour pris la tangente de lire local, comme on décide d’acheter local ? Il n’est pas essoufflé, le cœur palpite toujours aussi fort, mais il a certainement ralenti la cadence. Je pourrais dire, malgré moi. J’aimerais trouver plus de temps et d’énergie et qu’il n’y ait plus sept romans, comme présentement, qui attendent d’être commentés.

L’envie me prends parfois de commenter le dernier que je viens de lire, ce qui ne m’apparait pas juste pour ma file d’attente (même si les romans ne bousculent pas leur voisin). Peut-être le ferais-je, question de me remettre sur les rails et revenir à date, ce qui signifie pour moi, trois romans en attente exposés dans ma marge droite. Ma dernière lecture est Six degrés de liberté, de Nicolas Dickner. Je ne l’ai pas lu, je l’ai savouré goutte à goutte comme le café que boit, Éric Leclerc, ce bollé en informatique, un des personnages. À force de relire certains paragraphes, j’ai l’impression de l’avoir lu deux fois. J’ai hâte d’en parler, tellement, que j’en parle là, tout de suite !

Suite à une histoire d’amour avec un roman, je trouve difficile de plonger immédiatement dans une autre relation, mais pourtant, il le faut. J’ai entamé hier, L’encre mauve de Florence Meney, un polar. Qui lira, verra.

Comment passer cette journée sans vous parler de Marsi, mon auteur à domicile ? Il a hâte de voir si les ventes ont été bonnes pour son Colis 22, le saviez-vous, c’est en mai que les auteurs reçoivent leurs dividendes. Colis 22 est sorti en France ce mois-ci. Aucune nouvelle depuis mais de toutes manières, on en saura plus l’an prochain.

Marsi a déposé deux projets dans deux maisons d’édition québécoises. On attend des nouvelles avant l’été. On espère. Aussitôt que nous saurons où, je répandrai la bonne nouvelle.

Marsi veut vivre de nouveau l’expérience « site internet ». Il en a pas présentement et ça manque. La carte d’affaires est désuète maintenant si on n’y trouve pas un site Internet, qu’on se le dise. Vous vous rappelez du Pigeonographe qui s’est transformé en Lucarne à Luneau ? Ensuite, Salades d’Amphibie, avec son personnage principal, la salamandre, Sanfroy ? Ce dernier fait ses salamalecs en privé jusqu’au jour où il deviendra public. Cette fois, le site devrait être un tremplin pour l’illustrateur, prêt à relever des défis, des mandats, des contrats, tout ce que sa plume peut et elle peut beaucoup, soyez-en certain. Comme il faut voir, pour le croire, voyez ici l'illustration de la une du Voir à Québec :

Pour ma part, et j’en parle seulement en catimini, pour ne pas raviver les feux de la pression mais j’ai un projet d’écriture et il avance bon train. Et comme il parait que petit train va loin ….

À vous, lecteurs, vous êtes précieux, merci ! Et merci aux auteurs francophones canadiens de persévérer par passion, par mission, plus que par rétribution. Nous vous en sommes infiniment reconnaissants.

mercredi 15 avril 2015

Marjorie Chalifoux de Véronique-Marie Kaye

Ce roman m’a tout d’abord parlé par sa couverture. Je ne connaissais pas l’auteure et à peine la maison d’édition Franco-ontarienne. Quelqu’un en quelque part avait décidé que ce roman était pour moi. Il ou elle a eu raison, j’ai aimé ce roman singulier qui parle principalement des relations entre êtres humains.

Au départ, Marjorie m’est apparue pas loin d’être une autiste, puisque son père la traite comme telle. Elle a 19 ans, elle coud en silence, pendant que son père offre des séances de spiritisme à des clients et clientes à domicile. Aux yeux de son père, elle aurait un tort et c'est celui d’avoir fait mourir sa mère par sa naissance. Il a dû la prendre en charge et il est clair qu’il n’a aucun goût et aucun talent pour le faire. Il la supporte. Je vais aller au bout de ma pensée ; il la supporte comme on supporte un chien. Et encore. Plusieurs sont beaucoup plus affectueux avec leurs animaux de compagnie.

Étant très étonnée qu’un père puisse aborder son enfant sans une trace de sentiment, je m’attachais de plus en plus à la fille, me demandant de quel bois elle se chauffait pour supporter de tels traitements. Sans violence, entendons-nous, mais avec assez d’indifférence et de dénigrements pour tuer toute velléité à s’épanouir. Cependant, cette Marjorie, pas si bête, malgré un physique plutôt ordinaire, se fait un chum et tombe enceinte. Malheureusement, le dit chum meure d’un accident (je ne vous vends aucun punch, c’est sur le quatrième de couverture). Elle n’aura pas le temps d’être malheureuse tant son père l’occupera. En sept jours, il lui ordonne de trouver un mari pour remplacer le défunt père, et rapidement afin que rien n’y paraisse. Et en attendant de se marier et d’accoucher, elle devra trouver un travail payant, lui-même étant lasse de l’avoir à sa charge.

Vous imaginez l’intrigue ; quel genre d’homme est ce père ? Et Marjorie, va-t-elle s’en sortir avec le peu de bagage positif accumulé dans sa vie ? Pour bien répondre à ces questions, sachez au moins que cette auteure surprenante ne poursuit pas le but de nous faire pleurer, loin de là.

Plusieurs personnages se grefferont à l’histoire, des principaux et des secondaires. Les principaux : une chapelière anglaise en âge d’être grand-mère, son fils, gentilhomme intellectuel, habitant l’Angleterre en séjour à Ottawa. Aldonis, un prétendant candide choisi par le père de Marjorie. Des clients du père, de très colorés et intenses personnages, généralement des conjoints.

Des couples inusités sont rapprochés par la loupe folichonne de l’auteure. L’amour et la sexualité sont toujours abordés dans la légèreté, la sensualité et la fantaisie. On ne s’ennuie pas dans ce roman qui bondit d’une action, d’une émotion et d’un personnage à l’autre. Pour l’apprécier, il faut accepter le ton humoristique que l’auteure a voulu donner à cette histoire qui aurait pu être tragique. Reste que je trouve que le père est un personnage facile, pas exploité et bien pire, escamoté. Aussi bien dire qu’il est un pion.

Heureusement, l’accent est placé sur Marjorie et on ne peut que l’aimer. Elle a un franc-parler et une débrouillardise hors du commun. Comme on le dit parfois d’un film ; elle porte le roman sur ses épaules.

À vous de décider si vous vous sentez d’attaque à vous amuser tout en approfondissant le thème du couple.

mercredi 8 avril 2015

Voleurs d'enfants t. 2 - Les chroniques de Gervais d'Anceny - Maryse Rouy

Ayant beaucoup aimé le tome 1, c’est naturellement que j’ai désiré renouer avec Les Chroniques de Gervais D’Anceny. Cette fois, il est question du rapt de son petit-fils chéri, celui-là même avec qui, il s’était promené dans « Meurtre à l’hôtel Despréaux »

Aussitôt qu’il reçoit l’appel de son fils désespéré de la disparition de son seul héritier, le grand-père Gervais quitte le cloître où, rappelons-le, il réside à titre d’oblat. Alors, cette fois, nous n’aurons pas le plaisir de déambuler dans les couloirs du cloître, se familiarisant avec les habitudes des moines et non plus, d’assister aux tête-à-tête avec son ami mourant, puisque toute l’action se déroulera à Paris autour des années 1380.

Un fléau sévit, les vols de jeunes enfants que l'on mutile pour en faire des mendiants lucratifs. Dans ce contexte, le grand-père est peu optimiste de retrouver indemne son petit-fils de 3 ans. Il s’y met courageusement, menant son enquête parallèlement à celle des policiers. Ce qui gruge son énergie est de devoir partager le même toit que la mère éplorée, sa bru qui a un caractère exécrable.

Gervais D’Anceny se donne une autre mission, celle de réconcilier les jeunes époux qui se sont mariés par son intervention (rf. Meurtres à l’hôtel Despréaux). La très jeune fille était une saltimbanque et la voici maintenant bourgeoise. Les serviteurs ne la respectent pas, elle est malheureuse et se languit de son ancienne vie. Ce qui n’aide pas, le couple n’en forme pas un dans tous les sens du terme. L’oncle interviendra d’ingénieuse façon dans cette affaire délicate.

Malgré une bonne intrigue et d’intéressantes découvertes des mœurs de l’époque, il y a des longueurs. Évidemment, la barre était haute, le tome précédent exploitait plus de lieux et d’intrigues, ne serait-ce que par son histoire d’amour torturée (gare aux péchés !) et de celle avec son vieil ami mourant. Le déchirement de l’oblat alimentait alors assidument le flot des émotions du lecteur, tandis qu’ici, je n’ai pas beaucoup perçu la tragédie qu’est un fils ou petit-fils amputé à la merci de brigands. Faut croire qu’à cette époque, la mort ou la disparition d’un enfant est affaire si courante, qu’elle n’empêche pas les parents de rire et de manger.

J’ai eu l’impression de voir dépasser les fils de l’histoire, peut-être n’en aurais-je pas eu le temps si l’auteure les avait tirés plus rapidement. Ne nous méprenons pas, il y a des moments forts, surtout lorsque nous approchons (enfin !) l’univers des enfants. Vers la fin, nos émotions sont à fleur de peau et les frissons d’horreur ne manquent pas.

Les personnages sont toujours aussi attachants, vivants, surprenants. L'histoire permet une découverte captivante du milieu de la mendicité et en ce sens, j’ai particulièrement apprécié Valentin, qui devient ni plus ni moins le héro de cette histoire.

La fin est un peu tirée par les cheveux, mais elle fera plaisir au lecteur optimiste.

Si vous aimez vivre au moyen-âge à Paris, que vous vous êtes attachés aux divers personnages de Meurtre à l’hôtel Despréaux, ne serait-ce que pour le plaisir de les retrouver, vous jouirez de cette enquête qui prend son temps.

mercredi 1 avril 2015

La mesure du monde de Philippe Lavalette

J’avais ce petit bouquin dans ma pile depuis 2011. Est-ce vraiment possible que je sois passé à côté durant quatre années ! Pourtant j’aime le cinéma et j’en visite les coulisses de temps en temps en tant que figurante. Je conçois jusqu’à quel point l’univers du cinéma n’est pas simple, avec une part de mystère pour qui n’y œuvre pas de près.

L’auteur, Philippe Lavalette n’est pas n’importe qui, il se place haut sur notre arbre généalogique cinématographique, dans ses rôles de directeur photo et de réalisateur. Il est aussi membre d’une famille cinématographique, par son épouse, Manon Barbeau et sa fille Anaïs Barbeau Lavalette. Ça doit parler cinéma durant les repas !

Ce carnet nous amène partout sur la planète : Irlande, Brésil, Tunisie, Haïti, Grèce, Pologne, Japon pour ne nommer que ces pays. Il a bien sûr tourné quelques fois au Québec, à l’Ile d’Orléans par exemple.

De ces nombreux tournages, il a relevé les anecdotes les plus remarquables et il les décrit avec l’assurance d’un écrivain mûr. J’imagine qu’il a probablement l’habitude d’écrire pour lui, il a su trouver la voie entre l’intériorité et l’extériorité. Il a transformé ses notes de tournage, qu’elles deviennent intéressantes pour un public lecteur, tout en gardant une écriture près de son souffle.

Attendez-vous à de l’éparse, aucune ligne conductrice d’un chapitre à l’autre, autre que son regard d’être humain et de directeur photo. Cette lecture m’a appris en quoi consiste le rôle crucial d’un directeur photo, que je confondais parfois avec celui de réalisateur.

J’espère qu’un jour, il sera tenté de publier à nouveau. J’ai aimé son style sans détour, élégant mais sans fioriture, son humour discret, sa concision. Son regard tient une distance réfléchie entre son environnement et lui, peut-être est-ce une déformation professionnelle, mais elle lui confère un charme philosophique qui s’apprécie.

mercredi 25 mars 2015

Histoire d'un bonheur de Geneviève Damas

J’ai tant aimé « Si tu passes la rivière », comment pouvais-je passer à côté de ce titre ! On s’en doute, ce n’est pas l’histoire banale d’un bonheur ou, si ce l’est, c’est en surface et il est factice.

On découvre Anita, une bourgeoise à la retraite, drôle à force de fonder sa vie sur des leurres. Je me suis attachée à ce personnage, trop d’ailleurs, j’ai été frustrée de quitter ses pensées. J’ai adoré résider dans sa tête où la candeur fraye avec la peur. Sa peur de l’inconnu. Elle nous fait réaliser jusqu’à quel point une bourgeoise craint le changement, la moindre fluctuation dans son univers aseptisé.

Deuxième personnage : Noureddine. C’est un adolescent délinquant qui tente d’étudier le soir, malgré ses conditions de vie précaires et sa famille dysfonctionnelle. Personne ne lui a jamais donné sa chance. Troisième personnage : Nathalie, la voisine d’Anita. Une mère qui se croit heureuse en ménage jusqu’à ce qu’elle découvre la trahison de son mari. Le quatrième est Simon, le beau-frère d’Anita, un homme défiguré par un accident. Anita ressent une inexplicable sympathie vis-à-vis lui, probablement par reconnaissance d’un être qui vit, comme elle, seul sur son île.

L’auteure a donné à tour de rôle le micro à chacun des quatre personnages. Ils sont ou seront liés, ce qui est à découvrir. Absolument à découvrir. Je l’ai dit, Anita reste ma préférée, malgré ma sympathie pour les trois autres. Sa vulnérabilité en fait un personnage presque risible. Et puis, elle est en crise. Le drame qui vient de bouleverser sa vie ; apprendre que son fils, qu’elle plaçait sur un piédestal est homosexuel.

Noureddine est tout un numéro ! Il ne se plaint pas de sa vie qu’il a pourtant très dure. Il fait connaissance avec Anita qui endosse auprès de lui un rôle d’aide au devoir. Il verra en elle une compagne de mauvais sort. Grâce à son apport, il entrevoit qu’apprendre peut être intéressant. Il lui en sera éternellement reconnaissant, et cette loyauté le mènera loin ! Nathalie arrive dans le duo Anita/Noureddine comme un cheveu sur la soupe. Sa vie est en crise, autant que celle d’Anita. Noureddine se retrouve entre les deux. Arrivera Simon qui viendra supporter le trio.

Il faut savoir qu’en changeant de voix narrative, Geneviève Damas change de style, de ton, de langage, même de son de voix (que j'ai imaginé !). J’ai éprouvé de la difficulté à partir avec Noureddine, son langage chantant et son argot prononcé m'a projeté sur une ligne d'horizon opposée à celle d’Anita.

Nathalie est peu typée, on reconnait le talent de l'auteure de nous y intéresser à part égale avec Anita et Noureddine. Mais son drame touche. Beaucoup. Peut-être parce qu’elle est une victime assumée et qu’elle vit son désarroi en pleine conscience. Simon est le personnage mystérieux, le plus solide, je pourrais même dire, le sauveur.

Imaginez-vous cet amalgame de personnages différents qui finissent par danser ensemble ! Et pas nécessaire de seulement l’imaginer, vous pouvez le vivre, le lire, c’est à votre portée.

J’ai aimé ce roman lumineux qui débutent dans les entrailles du terre-à-terre pour viser plus haut. L’évolution des relations se déroulent rapidement en restant crédible. Un tour de force. La drôlerie de cette histoire est de nous faire avaler la vulnérabilité de la bourgeoisie !

jeudi 19 mars 2015

Le Puits de Daniel Lessard

Avec Le Puits, Daniel Lessard réitère dans le roman historique en y rajoutant un fond d’enquête policière.

On se retrouve dans le même village Saint Benjamin, devant le même tableau champêtre, représentant un curé borné et un maire méprisable en relation avec une femme qui se serait enlevé la vie. Jusqu’ici, c’est similaire à la saga de Maggie. Les différences maintenant. Le suicide de cette femme sexuellement désirée par à peu près tous les mâles du village suscite de sérieuses interrogations, particulièrement de la part des femmes de la paroisse. La posture du cadavre sans vêtement est pour le moins saugrenue : tête première dans un puits, noyée depuis quelques heures. Quel pourrait être le mobile de ce suicide, d’autant plus que Rachel n’a jamais été aussi amoureuse de sa vie. Après une relation torride, son Ryan est parti faire la guerre et ils s’écrivent des lettres passionnées.

Il y a de quoi mener une enquête en règle mais plusieurs hommes s’y opposent et en seraient dérangés : les voisins, le curé, le maire et un vil commerçant soupçonné de vols à répétition. Chacun pourrait avoir une raison de l’avoir tuée.

Au retour du fiancé, une enquête sera menée par un policier plutôt timoré, tandis que le soldat Ryan et son meilleur ami, accompagné de la sœur de la défunte partiront eux aussi à la quête d’indices pour trouver le meurtrier, désirant effacer l’hypothèse du suicide.

Comme dans Maggie, les personnages sont colorés et typiques et les relations amoureuses relatées avec juste ce qu’il faut de mystère et de romantisme. Daniel Lessard sait manier l’histoire amoureuse. D’ailleurs, ce que j’ai préféré dans ce roman est la période où les amants se fréquentent. Nous assistons à l’apprivoisement (les différences de langue et de religions), le cœur de l’étreinte et ensuite le départ et ses lettres enflammées. Ces passages sont les meilleurs. Rarement ai-je cru à ce point à un amour torride dans des lettres.

Le personnage de Rachel est mystérieux et par là, devient fascinant. Elle est considérée sauvageonne par la plupart des villageois ou à tout le moins lente d’esprit. Jeune, elle est arrivée seule pour s’acheter une maison dans le village et cela émoustille les mâles en manque de sexe. Une femme ne peut vivre sans un homme, et tous ses attributs, est la prémisse du désir ardent de ces mâles en rut. J’avoue que l’auteur ne fait pas une belle part aux habitants mâles d’un certain âge dans cette histoire. Les personnages féminins du même âge (35-55 ans) sont toutes plus sages, qu’on se le tienne pour dit.

Le soldat est attachant et crédible jusqu’au moment où il apprend la mort de celle qu’il adulait. Sa douleur est si rapidement effacée pour les besoins de l’enquête que je me suis sentie dans un roman. Dans la « vraie » vie, une période d’effondrement aurait immobilisé l’homme ou à tout le monde aurait donné des ratés dans sa performance. Voilà un homme valeureux, on peut presque parler de superman.

J’ai aimé suivre de près les dédales de la relation des deux sœurs, les non-dits et la culpabilité sous-jacente. Nous retrouvons dans ce roman la même force que dans Maggie, la présence intense d’un esprit de village. C’est palpable et apprécié des citadins que nous sommes à l’époque individualiste qui sévit présentement.

Et je vous avise qu’une fois le livre terminé, vous aurez un furieux goût de déguster des topinambours.

samedi 14 mars 2015

C'est le coeur qui meurt en dernier - Robert Lalonde

J’ai une histoire d’amour inachevé avec Robert Lalonde. Certains romans, je les ai quittés, avec la conviction d’y revenir un jour. Ce jour où je serai dans l’humeur de lire de l’intériorité riche et intense. Riche, parce qu’intense à chacune des phrases. Peu de pause accordée par la légèreté d’un dialogue par exemple. Il nous amène visiter les couches profondes de sa pensée où il ne règne pas toujours une clarté éclatante.

Cette fois, sujet intime entre tous ; sa mère. Si voulez connaître un homme, vraiment connaître ses revers moins évidents, faites-lui parler de la relation avec sa mère. C’est efficace. Autrement dit, et dans le cas qui nous occupe, Robert Lalonde se révèle énormément dans ce roman, plus à mon avis que dans n’importe quelle biographie en bonne et due forme.

Il fait un portrait vivant et détaillé de sa mère, hors du commun. Sa mère et le portrait sont hors du commun, en tout cas sous la lunette de son fils.

Une fois le livre fermé, je me suis demandé si maintenant, je l’imaginais mieux, cette mère surprenante. Si j’arrivais à la cerner assez pour l’imaginer dans la vraie vie. Non, pas tant que ça, malgré les 168 pages qui la décrivent sous plusieurs angles. Mais la relation entre la mère et le fils, oui je l’imagine mieux. Une de ces relations étroites, où la manipulation de la mère aimante force le fils à une acrobatie émotive quotidienne. L’amour entre ces deux êtres, que leur caractère en apparence n’incline pas à se rapprocher est à suivre comme une danse où lorsque trois pas sont esquissés vers l'arrière, deux autres sont à prévoir vers l’avant. La tentative de fuir de la toile tissée de cette mère araignée est flagrante, pour échapper à l’étouffement de l’amour de cette femme à l’émotion toujours à fleur de peau. Une de ces femmes qui a dédié entièrement sa vie pour ses hommes : mari et fils. Qui a sacrifié leur vie. En revanche, elles exigeaient impérativement de la reconnaissance. Au contraire des femmes émancipées, elles ne laissaient pas la liberté à leurs hommes, surtout pas à leurs fils pour qui elles s’étaient inquiété.

Robert Lalonde a une mère de cette trempe et en plus, pas une molasse, une fantasque, comme on disait à l’époque. S’abandonner à être elle-même, cet être aurait pu justement être une artiste de la scène, ce que son fils a accompli pour elle, mais beaucoup avec moins d'extravagance.

L'histoire est intéressante, ai-je besoin de le préciser, maintenant que vous réalisez qu’il m’a fait réfléchir aux relations humaines, dont les toxiques. Robert Lalonde s’en est sorti dans la mesure où l’on arrive à se sortir d’une relation aussi intense avec sa mère quand on est un fils unique. Et un unique fils. Sa mère d’ailleurs ne se pâmait pas devant le statut d’écrivain de son fils qu’elle secouait de ses remarques acérées avec une part de cette justesse qui ferait réfléchir tout être bien-pensant.

Le roman m’a d’autant plus touchée que moi aussi je me suis réconciliée avec ma mère sur le tard. Quand elle était mal en point, plus vulnérable, plus accessible. Robert Lalonde s’est protégé de sa mère une bonne partie de sa vie d’adulte, et à la fin quand il se sent enfin capable de l’aimer sans étouffer, il s’en approche et découvre un être fascinant, plus sage qu’il n’y paraissait. Bref, un portrait fascinant d’une mère qui rend la vie tout, sauf ennuyante.

Il y a une émotion intempestive dans ce roman que j’aimerais retrouver plus souvent chez cet écrivain tout en retenue.