lundi 26 janvier 2015

Top 10 - Lecture 2014

1. Le silence du Banlieusard – Hugo Léger – Éditions XYZ
Parce que c’est la première fois que je ne doute pas de la qualité d’un roman. Pour sa concision, sa précision, son ordonnance. Parce que c’est une histoire qui cerne parfaitement son sujet. Parce que c’est un effeuillement de personnage peu chaleureux et pourtant captivant. Parce qu’il m’a fait saisir l’état d’esprit banlieusard, qu’on habite une grande cité ou la banlieue. Pour l’intrigue tenue serrée par la bride.

2. L’Orangeraie – Larry Tremblay – Éditions Alto
Pour la gravité du sujet, l’horreur même, présenté d’une manière que l’on puisse l’assimiler. Parce que j’ai été marquée au fer rouge par les maux et qu’après cette lecture, je ne vois plus les kamikazes de la même manière. Ni les jumeaux. Pour un style complètement dédié à l’histoire.

3. Corbeau et Novembre – Stéphane Achille – Éditions XYZ
Parce qu’il m’a fait sourire à en avoir des crampes. Parce que j’aime sa satire sociale. Pour son absence complète de prétention. Pour ses personnages bariolés et désordonnés aussi échevelés que la vie peut l’être parfois. Pour mon envie de le recommencer une fois terminé.

4. Toujours en Afrique – Romain St-Cyr – Éditions XYZ
Pour ma surprise devant l’exploit d’un roman d’actions qui puisse m’intéresser à ce point. Pour l’action stressante conservant son lecteur dans un état serein. Pour la maîtrise de l’écriture et du thème connu sur le bout des doigts : la voile. Pour une intrigue étonnante, difficile à prévoir et qui fait voyager sur les rives de l’être et du paraître.

5. Charlotte et la mémoire du cœur – Lorraine Desjarlais et Jean-Pierre Wilhelmy – Hamac Classique
Pour un roman historique qui intègre si bien l’histoire avec son grand H, qu’on la vit au présent. Pour l’admiration que l’on m’a soutirée pour un guerrier et sa guerre. Pour la richesse des intrigues et des personnages. Pour un personnage féminin dont je me suis fait une amie pour la vie. Pour le long souffle donné à l’amour.

6. Le Nain – Francine Brunet  – Éditions Stanké
Pour l’écriture instinctive où l’auteure s’oublie au nom de son histoire. Pour ce cirque humain d’une multitude de personnages acrobatiques. Pour le côté échevelé qui donne quand même un ensemble harmonieux. Pour l’audace d’une imagination sans pudeur qui se voit rarement autant dans un premier roman.

7. Papillons – Annie Loiselle – Éditions Stanké  
Pour la délicatesse de ce roman qui parle de femmes rencontrées à la croisée des chemins. Parce que j’aime les ailes qui s’ouvrent grand et les envols. Surtout les envols. Pour ce style sobre qui a la légèreté d’un papillon qui butine ses sujets. Parce qu’en terminant cette histoire, il est possible de se dire que la joie existe. Pour mon goût que toutes les femmes le lisent.

8. L’aquarelliste – Béatrice Masini – Éditions Fides
Pour l’ambiance feutrée. Pour le silence précieux que j’y ai entendu. Pour l’intimité créée et conservée dans un vase clos. Pour l’invitation à entrer sur le bout des pieds dans une famille noble où c’est l’artiste qui en est le chef. Pour les secrets de famille. Parce que l’on m’a déjouée. Parce que j’ai passé tellement de temps avec les fleurs, les enfants et une jeune fille en fleur.

9. Trois millions de pas – Martine Noël-Maw – Éditions Hurtubise
Parce que j’ai enfin compris la valeur initiatique du chemin de Compostelle. Parce que le personnage évolue et avance à grands pas. Parce que je m’ennuie parfois des contes. Parce que la symbolique m’a rattrapée et que j’aime m’y mirer. Parce que c’est un roman pour la jeunesse, de façade seulement, puisque l’histoire est d’une grande maturité.

10. Yiosh ! – Magali Sauves – Hamac Classique
Parce que ce roman est incontournable pour qui veut s’infiltrer au cœur des mœurs hassidiques. Parce qu’il réussit à sonder l’insondable. Pour les liens tissés avec une jeune fille qui désire nouer des liens avec elle. Pour les émotions vécues à le lire et à le relire dans ma tête.  Parce que l’histoire est généreuse.

Remarques :
Les titres en marge à droite ont été lus en 2014 et seront bientôt commentés mais ne font pas partie du palmarès.

mercredi 21 janvier 2015

Bondrée d'Andrée A. Michaud

Un titre choisi pour l'auteure, une valeur sûre au niveau du polar et, après cette lecture, j’en suis convaincue plus que jamais.

Michaud fait errer dans des zones grises, crée des lieux qui marquent, dont on ne sort pas indemnes. Cette fois, l’endroit élu par l’auteure est une agglomération de vacanciers, dans le bois, autour d’un lac frontalier avec les États-Unis. À chaque année, Bouandary Pond, que les vacanciers ont pris l’habitude de nommer Bondrée est un havre qui invite plusieurs familles à l’insouciance ; les enfants jouent, les jeunes s’amusent, les parents se reposent.

Zaza Mulligan et Sissy Morgan, ce duo indissociable de jeunes filles éclatées est l’emblème de la jeunesse de l’été 1967, dévergondées juste ce qu’il faut pour se faire remarquer. Avec cette assurance que leur confère d’être deux. Elles promènent effrontément leurs insouciances, attirant le regard autant des enfants que des adultes. Par une nuit étoilée, Zaza, grisée par la tiédeur de la nuit et de l’alcool, disparait dans les bois. On ne la retrouve plus. Est-ce un bête accident ? C’est une question pour l’enquêteur, Stan Michaud. Celui-ci en a vu d’autres, trop peut-être, il dégage une usure qui trahit sa sensibilité exacerbée. Mais comme tout inspecteur qui se respecte, il a la tête dure du bouc qui fonce et, bien entendu, ne se ménageant pas ; nuits courtes et repas pris à la sauvette.

Cette disparition est un drame, le premier dans ce lieu béni par la beauté, une égratignure qui, avec le temps se transformera en une profonde blessure.

C’est un roman d’ambiance opaque, les lieux nous pénètrent. On avance dans le bois, transi de craintes à force d’ombres mystérieuses et monstrueuses. La terre de la forêt tend des pièges, on sent rôder des fantômes, on voit leurs ombres, on les entend, ils se fraient un chemin jusqu’à notre confiance.

Pour raconter cette histoire à peu de dialogue, on trouve une narration à deux voix. À tour de rôle, s’entend celle de l’enfance personnifiée par Marie, douze ans qui côtoie une voix narratrice plus adulte. Les parents tentent de soustraire les enfants à la réalité dure, comme on protège en soi sa part d’insouciance. À force d’interroger la menace, les deux voix s’uniront. Au fil des pages, j’ai vu de moins en moins de différence entre la voix de Marie et celle des adultes. Est-ce un tort ? Cela ne m’a pas dérangé outre mesure, en autant que l’on accepte que Marie est vraiment une enfant mâture pour son âge. D’ailleurs, cela a été long pour moi de détecter l’âge de Marie. Je ne la situais pas. Faut dire qu’on rase continuellement des frontières; le début de la fin, l’anglais du français, l’adulte de l’enfant, l’insouciance de la méfiance.

L’histoire est intrigante à souhait, les personnages ancrés solidement, certains sont typés, tandis que d’autres apparaissent comme des légendes sur deux jambes. L’ambiance des années 60 est parfaitement rendue, le mixte parfaitement naturel entre les communautés états-uniennes et canadiennes, l’anglais et le français. L’ambiance inquiétante est à couper au couteau. Tous ces points rendent l’histoire bonne mais ce qui la hisse au niveau d’excellence est le style. La langue chantante, poétique, le français moucheté d’anglais est pareil à une musique.

Un polar peut se présenter avec des qualités hautement littéraires, alliant une langue distinctive à une intrigue serrée, et si jamais cela n’avait pas encore été démontré, Andrée A. Michaud s’en est acquitté, ce que le Conseil des arts du Canada a su reconnaître en lui décernant le prix du Gouverneur Général. Le roman a d'ailleurs reçu maints prix et distinctions. Si vous ne connaissez pas encore cette auteure, il manque assurément quelque chose à votre culture du polar.

Bondrée
Andrée A. Michaud
Éditions Québec Amérique
Parution avril 2014 - 298 pages.

mercredi 14 janvier 2015

Toujours en Afrique de Romain Saint-Cyr

Décidément, je suis tombé sur des supers romans à la fin de 2014. Soit dit en passant, je m’empresse d’en parler un après l’autre pour - enfin ! – dresser le Top 10 de mes lectures.

Détrompez-vous, ce roman ne se déroule pas tant sur les terres d’Afrique que sur l’Océan. Un anthropologue québécois, Michel Buissières vient de terminer sa mission de deux ans au Sénégal et désire retourner au Québec calmement et en solitaire, sur son voilier. Son embarcation n’est pas un rafiot, mais ce n’est pas le luxe non plus mais il l’aime son voilier. Et il aime naviguer, passion qu’il réussit très bien à partager, même à une néophyte comme moi.

La vie a décidé de contrecarrer ses plans de calme et de solitude. Notre héros malgré lui sera l’élu de réfugiés qui ont besoin d'un moyen de locomotion pour quitter l’Afrique. Dit en ces mots, tout semble simple mais ce ne l’est aucunement. L’histoire se présente comme un casse-tête où plusieurs morceaux s’assemblent peu à peu pour former un tout. Pour ne verrez pas immédiatement l’ensemble de l’oeuvre et chaque morceau que vous tiendrez entre vos mains, tentant de comprendre qu’est-ce qui s’y dessine, vous intriguera assurément. Certains morceaux semblent s’imbriquer avec d’autres et finalement, non. Les apparences sont trompeuses.

L’action commence en douceur, heureusement, ainsi on fait des réserves, comme notre héros ! Au début, il vogue et on le suit dans chacun de ses gestes, sentant son plaisir évident de faire avancer son voilier. Et puis, pendant une tempête, il arrive un accident, au lieu de passer par-dessus bord, tombant de son voilier à la mer, c’est l’inverse. Un homme silencieux, costaud d’une force herculéenne passe par-dessus bord, de la mer à son voilier. Cela aurait pu être un incident isolé, ce ne l’est pas, c’est plutôt le début d’une série d’incidents.

Me sentez-vous marcher sur des œufs ? J’ai tellement aimé l’intrigue, tant apprécié la part mystérieuse de ce roman où une action n’attend pas l’autre que je ne veux en aucun cas laisser échapper des indices.

Ce que je peux affirmer avec certitude ; c’est un roman d’actions. Quand je l’ai réalisé, j’étais prise au cœur de l’action moi qui fuis habituellement le genre où s'enlignent des batailles, des rixes, des enquêtes, des poursuites, des criminels, de la drogue, l’appât du gain,  le vol, le chantage…

Ces actions s’enchaînent d’une manière naturelle, j’oserais presque dire avec une certaine sérénité. Est-ce l’effet procuré par l'infini de l’océan, toute trace de violence m’est apparue amortie. J’ai cependant plains notre pauvre héros d’être pris entre les filets d’une histoire abracadabrante de criminels, ou non, c’est l’histoire qui vous le dira. Moi, j'en ai assez dit.

Un roman trépidant sur fond de mer, lequel ne peut faire autrement que vous surprendre.

À noter : Une seule chose que j'aurais changé, le titre. Même s'il est adéquat, je ne le trouve pas accrocheur. En tout cas, pas à la hauteur du roman. 

Toujours en Afrique
Romain Saint-Cyr
Éditions XYZ - Collection Romanichels
236 pages - 23 octobre 2014

dimanche 11 janvier 2015

Trois millions de pas de Martine Noël-Maw

Je ne la connaissais pas. Martine Noël-Maw est du secteur jeunesse, c’est la meilleure excuse que j’ai trouvé. Toutefois, maintenant que je l’ai dénichée, je ne la laisserai pas tomber !

L’aspect du livre est simple et discret, j’avoue qu’on ne me l’aurait pas offert, je serais passé à côté, surtout que l’histoire abordait le chemin de Compostelle. Récemment, j’ai lu deux romans sur le sujet et me suis dit que c’était suffisant pour le moment.

Je bénis ma curiosité. J’ai commencé à le lire, juste pour voir et confirmer que ce titre n’était pas pour moi. J’ai été happée par la simplicité du style, aucune barrière entre la jeune héroïne et moi. Instantanément, Laetitia, cette fillette, j’ai voulu la connaître. Elle aimait tellement son père ! C’est rare d’entendre parler un enfant en des termes aussi affectueux de son paternel, et j’ajouterai que c’est rare de voir un père s’occuper de sa fille avec autant d’affection. Le début est idyllique, on se croit dans un conte. La mère passe pour la méchante, tant la relation père/fille est intense. Il en prend soin, passe des heures en sa compagnie. Elle lui est précieuse, ça se voit, ça se sent. Et du jour au lendemain il disparait, aspiré par le chemin de Compostelle.

J’oubliais de mentionner que nous nous situons à la fin des années 1800 et que la maisonnette de Laetitia est à l’orée du chemin de Compostelle. La fillette est convaincue que son père est parti sur le Chemin et désirera un jour partir à sa recherche. Sa mère et sa tante tenteront de l’en décourager, elles y réussiront une première fois, ce départ s’appellera une fugue. Le deuxième départ à l’âge de 15 ans sera le bon. Laetitia est doublement motivée, ne désirant pas que retrouver son père, voulant fuir son quotidien où elle croule sous les tâches ménagères.  Sa maison étant devenu un gîte pour les pèlerins, son espace de vie est réduit et elle doit aider sa mère et sa tante.

Nous accompagnons Laetitia sur le Chemin. J’ai eu peur pour elle. Je me suis inquiété aussi, elle n’est pas un oiseau pour se soucier si peu du lendemain. Les péripéties défilent, celles propres aux pèlerins et celles propres à cette jeune fille mue par l’idéal de retrouver son père. Comme de la musique, l’histoire a ses hauts et ses bas, les notes graves côtoyant les légères. Des pauses et du silence, il y en a, exprès pour entendre les palpitations de notre cœur.

« En bout de chemin, trouvera-t-elle son père ? » est la question que l’on se pose jusqu’au bout de la route. La fin ne déçoit pas, oh que non.

C’est le premier roman qui me fait saisir la part initiatique que peut prendre le parcours à obstacles du chemin de Compostelle. Le seul bémol, mais qui ne m'a pas vraiment dérangé tellement je vivais cette histoire comme un conte, je n'ai pas tout à fait cru que le roman se passe au 19e siècle mais est-ce si important !

Un roman qui force l’ouverture d’esprit et qui va droit au cœur. Je le conseille vivement à des personnes rebutées par des histoires difficiles d’accès.

Trois millions de pas
Martine Noël-Maw (site de l'auteure)
Éditions Hurtubise
Parution octobre 2014
206 pages - 12.95 $ 


mardi 6 janvier 2015

Meurtre à l'hôtel Despréaux de Maryse Rouy

Vous savez ces attraits inexplicables que l’on sent vis-à-vis certains bouquins, avant même de les lire ? Meurtre à l’hôtel Despréaux est un de ceux-là. Pourtant, la littérature du moyen-âge n’est pas mon fort, loin de là, je l’appréhende même un peu. Peut-être est-ce le rajout, sur l’irrésistible couverture, de la précision « Les chroniques de Gervais D’Anceny » accompagnée de l’illustration d’un moine penché sur l’écriture, plume à la main qui m’a attiré. Si c’est cela, je n’ai pas été déçue puisqu’il est fort question d’écriture puisque Gervais D’anceny, en tant qu’oblat* d’un monastère travaille à la retranscription de textes sacrés.

Habituellement il travaille, dois-je dire, car pour le besoin de l’histoire, il se rend à Paris aux fêtes entourant la visite de l’empereur germanique où il sera appelé à résoudre le mystère entourant le meurtre d’une jeune comédienne. Ça tombe mal, c’est le fils de sa nièce qui est accusé et celle-ci en en est traumatisée. C’est son seul rejeton et il n’est qu’un gamin de 15 ans. Oublier le support d’un tribunal de la jeunesse, si son oncle ne trouve pas le coupable, après avoir été humilié sur la place publique, il sera pendu sans autre procès. Et vlan, pour le côté expéditif des enquêtes du Moyen-âge. Heureusement, l’oncle est un fin renard et il lui reste des contacts parmi la haute société, des vestiges de son ancienne vie. 

C’est en différé que nous apprendrons les aléas de cette enquête car, une fois conclue, il lui sera demandé de faire un compte-rendu écrit de l’enquête. Il s’empressera de s’exécuter pour plusieurs raisons, à commencer pour échapper au travail austère de retranscription et la plus importante : captiver son ami mourant avec une histoire qu’il écrira comme un roman (tiens tiens). Le lecteur reçoit les bribes de l’enquête au même rythme que l’ami agonisant dans le creux du lit de l’infirmerie.
Ces interruptions, coupant le fil de l’enquête, sont loin de frustrer le lecteur car il est également intéressant d’errer dans un monastère du moyen-âge. On y apprend que les moines ne sont pas des saints, encore moins des anges, puisqu’il y a des vols de nourriture en la demeure. Faut dire que sévit un carême des plus sévères. Gervais Anceny servira encore là d’enquêteur, cette fois en toute discrétion. 

Nous suivons plusieurs histoires en simultané, alternant entre l’univers débridé d’un Paris en fête à celui cloîtré et rigide de l’abbaye. Par un tour de passe-passe, on fouinera à même les recettes de l’époque, soit entre les murs du monastère ou ceux, plus gargantuesques, de l’hôtel. Je peux vous assurer que ce Gervais est habile en tout, ce qui le rend attrayant malgré son âge vénérable. D’ailleurs, le pauvre, tentera de résister aux tentations de la chair féminine, ce qui fera sourire, même son ami mourant.

L’auteure a le don de décrire les univers, on s’y retrouve comme si elles nous étaient familières. Je dis un don quand c’est probablement la connaissance approfondie des faits historiques qui lui confère cette facilité.

On entre sans gêne dans les coulisses de la vie d’hôtel, apprenant à connaître les domestiques, les négociateurs, autant que les gens de la haute société. Toutes les couches de la société y passent. Cela m’a permis d’apprendre, avec surprise je dois dire, que le métier de comédienne en est un de bas étage, guère plus estimé que la prostitution.

Il est heureux qu’il y ait amplement matière à nous captiver dans cette triple histoire en une, car la lecture est assez exigeante, se méritant même un glossaire. J’ai trouvé un talent remarquable à l’auteure pour décrire les caractères, et il y en a une pluralité de laquelle on ressort enchanté. Le style empreint d’un brin de théâtralité sied à ravir à ce siècle.

Ce qui fait que j’ai envie de la suite qui sortira en février : Les Chroniques de Gervais d’Annecy - Voleurs d’enfants de Maryse Rouy,  polar historique.

* Oblat : Par le don d’une part de sa richesse au monastère, l’oblat jouit d’un statut particulier lui permettant de vivre comme les moines sans avoir à prononcer les voeux

Meurtres à l’hôtel Despréaux
Les chroniques de Gervais D’Anceny de Maryse Rouy,
Éditions Druide, septembre 2014
Polar historique de 296 pages. 

samedi 3 janvier 2015

Va chercher - L'insolite destin de Julia Verdi de Geneviève Lefebvre

Le 21 décembre 2014, j’ai commencé à recenser ce titre…. Finalement, il commencera l’an 2015.

Cela tombe bien puisque c’est un roman optimiste, quoi de mieux en début d’année. Non pas qu’on y regarde la vie à travers des lunettes roses, mais le cœur de l’homme est bon. Et celui de la femme aussi évidemment puisque qu’il est question d'une jeune carriériste qui se laisse amadouer par une bête abandonnée près de son immeuble, en l’occurrence, un boxer haut sur pattes.

La bête changera les habitudes de vie de sa nouvelle maîtresse, mais pas toutes. Elle n’ira pas jusqu’à lui procurer de la nourriture pour chien, ce qui officialiserait un peu trop l’adoption, mais lui fournira des denrées alimentaires de célibataire endurcie : pâtes Alfredo au jambon agrémenté d'énormément de parmesan. Elle est serviable, mais jusqu’à un certain point. Elle s’empressera de placer une annonce pour retrouver le propriétaire. Il n’est pas envisageable de changer sa vie pour un chien.

J’ai dit « célibataire endurcie », mais précisons-le, ce n’est pas par choix. Elle s’est fait récemment sacrée là, et de un, par un homme qu’elle aimait pour les mauvaises raisons et de deux, par un autre qu’elle aimait pour les bonnes raisons. Ce dernier, David est un ami d’enfance retrouvé, mais pas pour longtemps, la vie en ayant décidé autrement.

C’est par sa relation avec son boxer, adoption temporaire, que l’on découvrira la jeune femme et que la jeune femme se découvrira. Ses amis, dont son voisin protecteur, homme parfait mais homosexuel sera le témoin de cet attachement insidieux à la grosse bête qui a besoin de courir à tous les jours.

Nous verrons la transformation progressive d’une personne qui a à se soucier d'un être animé, autre que soi-même. Tout est là, si on rajoute que la transformation se décline sous la loupe d’un style mordant et qui se veut, et qu’il est souvent, drôle.

Je l’avoue, je suis mauvais public devant les styles qui se veulent drôles à tout prix, aussi, j’ai été quelques fois lassée par l’humour à répétition, cependant, fait remarquable, l’auteure est toujours arrivée à me rattraper. Elle a le mot cinglant facile, que l’on suppose être sa vraie nature. Et de toutes manières, l’histoire s’y prête merveilleusement bien.

Le lecteur dépassera le personnage et sondera le fond du cœur de Julia Verdi avant même qu’elle le fasse elle-même. Encore là, cette devancée ne retirera en rien du charme de l’apprivoisement de Julia avec Julia, à travers le piteux pitou.

N’oublions pas qu’il s’agit d’un cœur de femme en quête d’hommes, on serait tenté d’associer l’histoire au genre chick lit. Et pourquoi pas ! Avec des plus pour l’originalité de la situation, le regard lucide sur la société, un univers canin attrayant, une apologie de la course (encore là, ça tombe bien, c’est la mode !).

Moi, d’un naturel rébarbatif devant tous crocs canins et gueules puantes qui grognent, bavent, aboient et mordent, l’idée m’a traversé l’esprit qu’il pourrait être agréable de vivre aux côtés d’un cabot. C’est pour dire tout l’amour du toutou domestiqué qui se sent entre ces pages !!

J’avais hâte de retrouver l’auteure de polar qu’est Geneviève Lefebvre, ayant beaucoup aimé, Je compte les morts (meilleur polar pour moi jusqu'à date), je suis quitte pour avoir été bercée par une comptine canine aussi édifiante qu’amusante.

À lire le cœur en paix, l’être humain est l’ami du chien.

Va chercher - L'insolite destin de Julia Verdi 
Auteure : Geneviève Lefebvre
Libre Expression 
Oct. 2014 - 280 pages

mardi 16 décembre 2014

Fin de semaine Colis 22 vue dans le rétroviseur

Tout a commencé par une entrevue à Québec pour l’émission radiophonique La vie en BD. Marsi arrive sur les lieux à temps et étonnamment relaxe pour une entrevue à 18 h 00. Installé derrière une vitre, Raymond Poirier interviewe tout en gérant la console. Marsi prend place et sous invitation, enfile un casque d’écoute. Tout au long de l’entrevue de 10 minutes, mon conjoint se demande si c’est normal qu’il n’entende pas les questions dans les écouteurs. Heureusement, il arrive à lire passablement bien sur les lèvres de l’animateur. Par contre, cela a un effet sur ses nerfs ! Une fois que l’on raconte l’anecdote à quelques personnes qui connaissent cette station, il y a confirmation ; un des deux écouteurs ne fonctionnent pas ! Mais mon Marsi est un personnage et a passé par-dessus ce contretemps comme s’il était dans une case de bande dessinée (sourire).

En soirée, nous irons manger au Billig, une crêperie Bistro sur St-Jean qui est un petit paradis de la dégustation. Nous avons levé notre verre de cidre aux canneberges à nos 19 ans de vie commune.

Le lendemain, lever tôt pour des couche-tard afin d’arriver un peu à l’avance au Grains de soleil café. L’endroit est idéal pour une causerie. Des fauteuils (pas des chaises là !) parsemés en demi- cercle dans une pièce privée des plus joyeuses. Une odeur de café chatouille les narines et bientôt les papilles, en écoutant un MARSI heureux, détendu, éloquent. Je me prends plus comme une actrice qu’une spectatrice et rajoute mes gros grains de sel.

Une fois le micro fermé, car oui il en avait un, nous sommes déménagés à la librairie Vaugeois où une table attendait l’homme à la dédicace très détaillée, représentant généralement un vélo, un personnage, parfois un décor. Rien de moins. Et différente d’une personne à l’autre, un détail saisi se transformant parfois en anecdote rigolote.

Pas loin de quatre heures de dédicaces plus tard (je vous l’avais dit qu’il avait la dédicace généreuse), l’heure de la récompense a sonné : Marsi se choisissait un livre pendant que j’en avais choisi deux (qu’est-ce que vous pensez que je fais moi dans une librairie à part de contempler les va-et-vient des clients !), surtout qu’un concours court présentement chez Les Vaugeois pour leur quarantième année d’existence. Cette constance et cette endurance d’une librairie de quartier se soulignent à gros traits n’est-ce pas ! Profitez de ce concours, comme nous l’avons fait, un coupon de participation par livre. Ensuite, imaginez ce que vous feriez avec un budget de 400 $ de bouquins !

De retour dans notre havre de bonheur à Magog, la soirée s’est avalée le temps de le dire et nous étions déjà le lendemain, à l’heure de la dédicace chez Planète BD. Cette librairie est gérée par des passionnés, le premier en lice, François Mayeux, le sympa proprio qui est venu nous voir en sa journée de congé. Une grande table et des chaises nous attendaient, ainsi qu’un autre Simard, du prénom Rémy. J’ai hâte de lire son « Mes Dinky » pour en avoir tellement entendu parler entre les deux hommes (le proprio et RS, pas Marsi, penché sur une dédicace).

Englober autant de bandes dessinées d’un coup sec me donne un peu le tournis, je ne sais vraiment pas où regarder, pas loin d’être intimidé par l’ampleur du lieu où la vie se dessine en albums multicolores. Parfois, en ces endroits spécialisés, on sent un genre de « t’es pas dans le club, tu connais pas ça», on te regarde du haut d'une branche pointue. Chez Planète BD, nenni, il n’en est pas question, les connaisseurs veulent une seule chose, avoir sous les yeux des personnes pour partager leur plaisir.

Alors, je vous la conseille très vivement cette librairie et, d’ailleurs, nous, on s’est sérieusement demandé pourquoi nous n’y allions pas plus souvent car, habiter Magog n’est pas une raison suffisante pour s’en priver.

* * *
Je reprends la programmation régulière du Passe-Mot avec ces recensements de romans québécois dès demain. Je veux donner un sprint final de mes 6 romans déjà lus et non commentés. J’adore me casser la tête avec mon palmarès de fin d’année !