vendredi 20 novembre 2009

Pourquoi un Salon ?

Un libraire, Éric Bouchard de la librairie Monet pose la question et je dirais même plus, il y répond par un billet bien senti Du livre au kilo . Je me suis souvent posé la même par les années passées, hésitant à débourser le fameux 8$ (un tiers du prix d'un livre sinon la moitié !) pour pénétrer en ce lieu très fréquenté qu'est le Salon du livre de Montréal, me demandant, c’est quoi tant la différence entre une librairie et un Salon, à part ce prix d’entrée ?

Cette année, ma réponse est plus claire et ne s’explique pas exclusivement par Marsi qui y sera obligatoirement et avec plaisir (sam. 17 h à 18 h 30 – dim 13 h 30 à 15 h 00). J’ai eu de la difficulté à trouver dans les librairies certains romans fraîchement sortis et le fait de savoir qu’ils sont tous au Salon, et en abondance, ça me donne un gargouillis de contentement. Pour moi et pour l’écrivain. Et puis, oui, j’ai été frappé par certaines lectures cette année, cela me donne le goût de m’imbiber de cette réalité : l’auteur est un être humain comme vous et moi. Je bavarde avec quelques uns sur Facebook (grande présence d’écrivains sur Facebook), ce qui me les rend plus accessibles, ça atténue l'effet de distance, ce qui finit par donner des goûts d’entendre leur voix, voir leur figure, sentir leur énergie. Et aussi pour leur sourire et les féliciter bien sûr. Et certains qui lisent le Passe-Mot éprouvent le même goût, voir Marsi, voir Venise. C’est bien humain tout ça.

Et c’est sans compter la quantité d’activités : tables rondes, lectures, ateliers, animations, ça pullule, ça se dit pas ! Il faut une carte, un itinéraire, les personnes qui adorent l’activité Salon sont celles qui préparent leur visite, ce que je n’avais pas tendance à faire auparavant. Sinon, la visite risque de ressembler à une marche dans des allées bondées à s’étirer le cou pour voir s’il y a une tête que l’on reconnait. Et il faut y rester pour la peine, pas une petite saucette. Se plonger dans l’effervescence.

Y serez-vous ? Allez-vous au Salon ? Pourquoi oui, pourquoi non ? Ça m’intéresse. Serait-ce surtout des gens du milieu qui en sont friands ? Dans les Salons d’artisanat que je fréquente, soit devant ou en derrière le kiosque, j’ai réalisé que ce sont souvent les artisans qui s’encouragent entre eux. Même chose pour les personnes dans le milieu littéraire, il me semble. Cette année, le journaliste et auteur, Steve Proulx (Voir) a sorti le premier titre d’une série de romans pour la jeunesse, il y sera et se propose d’effectuer tous ses achats de Noël au Salon. Depuis quelques années, il ne donne que des livres et explique pourquoi dans son blogue Angle mort.

En parlant d’activité au Salon, un exemple, l’Association des libraires a dévoilé sa liste préliminaire de 12 titres aujourd’hui à 13 h à la Grande Place du livre :

Pourquoi j’meurs tout l’temps - Anaïs Airelle - Écosociété

Vie d’Anne-Sophie Bonenfant - François Blais - L’instant même

Vu d’ici tout est petit - Nicolas Chalifour - Héliotrope

Pleurer comme dans les films - Guillaume Corbeil - Leméac

Maleficium - Martine Desjardins - Alto

Destin - Olga Duhamel-Noyer - Héliotrope

Tuer Lamarre - Simon Girard - Leméac

L’énigme du retour - Dany Laferrière - Boréal

L’oeil de Marquise - Monique LaRue - Boréal

HKPQ - Michèle Plomer - Marchand de feuilles

À juillet, toujours nue dans mes pensées - Benoît Quessy - Québec Amérique

La foi du braconnier - Marc Séguin - Leméac

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Je dois vous avouer bien candidement que je me pose cette question : mais pourquoi Tarmac de Nicolas Dickner n’y est pas !? Ça me dépasse ! Ce roman qui a été si bien accueilli.

mardi 17 novembre 2009

Du jamais vu au GG !

L’automne, les feuilles tombent ... et les Prix ! Je vais m’en souvenir l’année prochaine, à cette période, un Prix n’attend pas l’autre. Hier matin, le Grand Prix du livre de Montréal, ce matin, les Prix littéraires du Gouverneur Général. J’ai failli ne pas l’apporter à votre attention pour me sortir de l’impression de ne parler que de ça. Mais je n’ai pas le choix, les lauréats ne me le donnent pas. C’est une première dans les annales du Prix du Gouverneur général ; deux Prix pour le même livre, en l’occurrence pour Harvey un roman graphique publié à La Pastèque. Le premier, décerné à Hervé Bouchard pour les textes dans la catégorie Jeunesse et l’autre à Janice Nadeau pour les illustrations dans la même catégorie. C’est dire la qualité ! Je ne peux vous en dire plus, je ne l’ai pas lu, Marc non plus. Ça commence à être pas mal intriguant, de la même maison d’édition que Miam miam fléau de Marsi. D'ailleurs, si vous voulez faire une pierre deux coups au kiosque de La Pastèque au Salon du livre de Montréal en fin de semaine :

Hervé Bouchard et Janice Nadeau :
Samedi, 21 : 14 h 30 à 16 h 00

Marsi :
Samedi 21: 17 h 00 à 18 h 30
Dimanche 22 : 13 h 30 à 15 h 00



Mais l’autre annonce, que dire de l’autre « Le discours sur la tombe de l’idiot » de Julie Mazzieri, aux éditions José Corti, aussi en lice pour le Prix des collégiens, vient de gagner le Prix du Gouverneur général. Pas beaucoup l'ont vu venir ! J’en avais glissé un mot dans mon billet Le GG en chiffres et devant la perplexité générale devant ce titre, dont on avait peu entendu parler, une bonne âme m'a aiguillée par la bande, m'en parlant d’une manière si élogieuse que je l’ai tout de suite commandé à ma librairie. Et je l’attends encore. Je viens de rappeler pour demander où ma commande en était, en profitant pour annoncer à la libraire que le titre était le lauréat du Prix GG. Ils vont s’y pencher, vérifier si c'est à propos d'en commander plus d’un exemplaire. J’adore faire l’annonce de Prix littéraires aux libraires ! C’est un joli passe-temps (oui, oui, j’ai un sourire en coin ...).

Dans mon cas, c’est Réjean, un fidèle lecteur, qui m’annonce les Prix, en tout cas, cette semaine. Il faut se lever de bonne heure pour les primeurs ! Cet homme qui suit la littérature de près m’a judicieusement fait remarquer dans son commentaire laissé sous mon billet d'hier Ça fait boule de neige pour Dany Laferrière ; est-ce que ça donne une chance au « Le discours sur la tombe de l’idiot » de Julie Mazzieri de déclasser « L’énigme du retour » de Dany Laferrière , tous deux en lice pour le Prix des collégiens ? La réponse est entre leurs mains. Se laisseront-ils influencer par les Prix ? J’espère que non. Et justement, je compte que les jeunes n’aiment pas croire qu’ils se laissent influencer. À suivre. Comme un roman.

Somme toute, de bonnes nouvelles qui nous sortent du convenu. Ça fait du bien.

Pour les titres complets, site officiel.

lundi 16 novembre 2009

Ça fait boule de neige pour Dany Laferrière

Ça y est ! Le sort en est jeté, le Grand Prix du livre de Montréal va à L'énigme du retour de Dany Laferrière. Sauf tout le respect que je voue à monsieur Laferrière que j'aime beaucoup, sa personnalité en tout cas, car l'écrivain est à connaître pour moi, mon réflexe a été un peu de déception.

On a tellement l'impression qu'un Prix en attire un autre ! L'écrivain, Patrick Brisebois l'a exprimé par une vidéo que j'ai relevée dans Twitter. J'espère qu'il me pardonnera que je lui pique son idée. J'ai accolé des mots à cette vidéo amusante de 55 secondes :
"Les cris de joie, d'excitation, et puis ça nous échappe, plus une geste à faire, ça devient plus gros que soi".

Félicitations à Dany Laferrière, en espérant qu'il ne perde pas la boule !!!


Crédit de la photo de la mésange : Patrick Hunkeler.



dimanche 15 novembre 2009

L'immense abandon des plages - Mylène Durand

Premier roman et c'est le 15 du mois ? Vous ne serez donc pas confiner à ma seule vision, il y en a 8 autres : Lucie, Catherine, Anick, Marco, Caroline, Julie, à La Recrue du mois. Se rajoute aussi celle de Claudio et Phil.

Le titre le laisse supposer, on sera happé par la poésie des mots. D’emblée, je le dis, la couverture est belle, attirante et surtout, maintenant je peux le dire, elle rend cent fois le propos.

J’ai déjà osé aborder non pas seulement le texte mais la lectrice du texte qui est moi. Je crois bien que cette fois-ci, je dois encore une fois me détailler dans le seul but de mieux placer l’écriture particulière afin, bien sûr, de lui rend hommage, justement. Je le confesse, je n’avais pas la disposition d’esprit, et donc l’ouverture, pour entrer dans une histoire de mots purs qui rendent hommage au deuil, une révérence à la mer qui avale tout sur son passage et de mère avalée par la mer. Je me suis braquée que l’on m’enferme, que l'on m’oblige à entendre trois voix si semblables qu’elles se répondent en échos, sans s’entendre et encore moins se comprendre. Avec l’impression figée d’une salle d’attente, d’une parenthèse de vie. Mais malgré que j’aurais préféré plus de correspondance entre les voix, je me suis prêté au jeu de cette histoire de trio d’orphelins. Ma préférence va à Claire, à la voix la plus claire, plus terre à terre parfois, ses lettres ressemblant à de vraies lettres, dont tous les maux appellent sa sœur, Élie. Celle-ci, enfuie à Montréal n’appelle pas, ne réplique pas à sa sœur, n’entend que ses propres démons intérieurs. Julien, le silence fait frère, s’offre en victime muette. Une voix en italique que j’ose nommer narratrice situe, décrit, susurre des sons suaves de mots portés par un vent poétique.

Mylène Durand m’a invité à vivre momentanément la claustrophobie d’un archipel d’Îles qui parle d’une elle, la mère disparue. Ces Iles-de-la-Madeleine qui, pour moi, ont toujours appelé le vent, le soleil, la liberté, sous cette plume légère frôlant la gravité, ses îles se sont transformées en cauchemar criant dont les ô secours s'évanouissent au pied des berges.

Malgré mes réticences du départ, j’ai certainement plus d’une fois eu le souffle coupé devant l’amour des mots qui les portaient si haut, me suis inclinée devant cette histoire de séparation vécue comme un prétexte en or pour un long poème à voix racontés. Les affres de la mer mil fois répétées, la lassitude en moins, mon esprit a fini par se laisser avaler par la détresse de l’absence.

vendredi 13 novembre 2009

Trois interviewers pour un écrivain (Michel Jean)

Une primeur, une entrevue à trois têtes ! Trois blogueurs Lucie, Phil, Venise, s'adonnant aussi à être des rédacteurs de La Recrue ont lu "Un monde mort comme la lune", le premier roman de Michel Jean. Plusieurs questions nous taraudaient, pourquoi ne pas les mettre en commun ? L'auteur s'y est prêté avec entrain.

Lucie

1. Vous avez couvert de nombreux conflits dans le cadre de votre travail de journaliste. Pourquoi avoir décidé de choisir cette page de l'histoire d'Haïti en particulier comme trame de fond de votre roman?
R.: J’aime Haïti. J’aime les haïtiens. Malgré toutes les difficultés ils arrivent à trouver le bonheur là où nous ne voyons que du malheur. Ça peut paraître bizarre à dire, mais j’y vois une force de caractère. C’est un peu ce qu’incarne le personnage de Bia. J’ai choisi la période du départ d’Aristide car j’y étais, je l’ai rencontré à ce moment et donc je pouvais en parler en connaissance de cause. J’avais aussi un bon souvenir du « feeling » qui régnait dans le pays à l’époque. Certains évènements comme lorsque Jean-Nicholas tombe par hasard sur Bia et passe près de la frapper, et la scène de la livraison de drogue dans le rues de Port au Prince, sont inspirés de faits vécus.

2. L'écriture journalistique et romanesque ont des codes différents. Comment avez-vous su basculer de l'une à l'autre?
R.: Écrire Envoyé spécial m’a aidé à faire la transition. Le plus difficile pour moi a été de m’ouvrir, de faire une plus grande place à l’émotion. À mes émotions devrais-je dire. J’avais trop de pudeur au début. Mon éditeur m’a aidé de ce côté. Quand j’ai commencé à écrire mon roman, la transition s’est faite naturellement. Le plus dur était fait.

3. Votre prochain roman aura-t-il lui aussi un fond journalistique?
R. : Non

4. Si demain, vous deviez faire le choix entre l'écriture de fiction et journalistique, pour laquelle opteriez-vous et pourquoi?
R.: Je serai toujours un journaliste. C’est dans mon ADN. Mais je ne crois pas que je doive choisir…

Phil

1. Dans quelle mesure le sujet du reportage est inspiré de faits réels ? Aristide a-t-il été complice du trafic de drogue entre la Colombie et l’Amérique du Nord ? Bref, quelle est la part de fiction et celle de faits réels ? Ou si vous préférez : Le roman est-il un véhicule littéraire qui permet de contourner la difficulté de prouver des allégations de crimes gouvernementaux ?
R.: Je n’ai pas voulu faire un roman politique. J’ai voulu utiliser la réalité pour rendre la fiction encore plus réelle et donc plus crédible. Un peu à la manière de Mario Vargas llosa dans La fête au bouc. Sans me prendre pour lui!!!! Dans Un monde mort comme la lune, le contexte politique est réel. La crise en Haïti, le trafic de drogue qui passe par le pays pour entrer en Amérique. Les liens avec Aristide ont souvent été dénoncés et ont fait l’objet de nombreux reportages. Mais mon roman ne cherche pas à dire des choses que je ne pourrais dire autrement. Il utilise une réalité pour mieux servir une fiction.

2. On sait que les reporters sont amenés à prendre des risques pour recueillir certaines informations. Mais encourent-ils aussi des risques suite à la diffusion de leurs reportages comme cela est décrit dans le roman ?
R.: Je ne connais pas de journalistes qui ont subi le même sort que mon héros. Heureusement! Mais on a tenté de tuer Michel Auger au Québec. On m’a déjà menacé. Qui sait ce qui peut arriver ?

3. À la lumière de la réalité décrite dans le roman et de la triste actualité d’Haïti qui nous parvient au Québec, qu’est-ce qui permettrait d’améliorer la vie des Haïtiens ?
R.: Oh là là…. La réalité c’est que je ne crois pas que les conditions de vie des haïtiens s’améliorent de façon significative à court ou à moyen terme. Les problèmes sont trop profonds et généralisés. Ce qui ne veut pas dire qu’il faille baisser les bras. Simplement qu’il faudra être patient. Et aussi je tiens à dire que ce n’est pas uniquement la faute des haïtiens. Bia et Marie sont toutes les deux la même femme. Elles incarnent les même valeurs. Une est née au Québec, l’autre à Cité Soleil. L’une est devenue enseignante, l’autre se prostitue. Chacune est totalement dévouée à sa fille. Je voulais montrer que la même personne placée dans deux mondes différents, aura une vie totalement différente. De la même manière, on juge souvent les haïtiens, mais quand on naît dans ce pays, c’est très difficile de s’en sortir.

Venise

1. Lorsque vous désirez vous détendre, que lisez-vous ?
R.: Romain Gary, Soljénistyne, Marguerite Yourncenar, Hemingway, Gabrielle Roy, des classiques comme Le grand Meaulnes ou Les hauts de Hurlevent. Jamais de polars ou de thriller. J’aime qu’un livre me plonge dans un univers différent du miens. Qu’il propose une réflexion ou un point de vue. Si c’est juste pour suivre une histoire, je préfère le cinéma. La qualité de l’écriture compte aussi beaucoup pour moi.

2. Combien de temps avez-vous mijoté l’idée d’écrire du romanesque ? Quels sont les outils ou les qualités d’un écrivain aguerri ?
R. : J’y pensais depuis plusieurs années. Je ne sais pas si j’aurais été capable de commencer directement par un roman. Ça me paraissait toujours trop gros. De commencer par un guide de consommation, puis d’enchaîner avec un récit m’a permis d’apprivoiser l’écriture, d’y aller par étapes. Je ne suis pas un écrivain aguerri. Mais je pense qu’on ne peut le devenir sans beaucoup de sensibilité.

3. Quelle serait votre définition de l’inspiration ? Comment l’attirez-vous afin qu’elle vous rende visite ?
R. : Je suis journaliste et l’angoisse de la page blanche est un luxe que je ne peux me permettre. Comme disent les américains « dont make it pretty, make it by six. » Je pense à mon histoire avant de m’installer devant mon écran. Je la développe mentalement et quand j’écris je suis à peu près prêt. Sinon je n’y arriverais pas. Je suis une personne créative et de nature rêveuse. Alors laisser vaguer mon esprit ne m’est pas très difficile. C’est ainsi que j’imagine mon histoire. Reste à l’écrire.

4. Y a-t-il un livre de fiction que vous avez lu deux fois ? Pourquoi ? Quel roman aimeriez-vous avoir écrit ? Lisez-vous de la poésie ?
R. : Je n’ai jamais lu un livre deux fois. Je me dis qu’il y a tant de livres à lire. Si je le faisais, je relirais Les mémoires d’Hadrien que j’ai tant aimé et dont la lecture remonte à plusieurs années. J’aurais aimé écrire La promesse de l’aube de Romain Gary. Ouf! Tellement puissant et émouvant. Je ne lis pas de poésie. Ça ne me rejoint pas.

5. Qu’est-ce qui vous rend le plus fier d’un Monde mort comme la lune ?
R. : Chaque fois qu’une personne me dit qu’elle l’a lu et qu’elle y a pris plaisir. C’est tout. Mais c’est beaucoup.

mercredi 11 novembre 2009

De la nouvelle fraîche

Trop de bonnes nouvelles pour me confiner au silence. De toutes manières, vous n’entendrez pas ma voix nasillarde déformée par une sinusite carabinée (les antibiotiques travaillent fort !).

Premièrement, moi qui aie terminé Paul à la pêche hier (c’était mon Prix de consolation d’être malade !), j’apprends que Paul à Québec est en nomination, en plus du Prix du Grand Public du Salon du livre de Montréal – La Presse, pour un deuxième : Le Grand Prix du livre de Montréal. D’après le dernier billet de Chantal Guy, ce serait une première pour un album de bande dessinée d’être en nomination pour deux importants prix littéraires. Ce serait le cas parce que l’album peut aussi se présenter sous la nouvelle appellation « roman graphique ». Qu’importe l’appellation, que je me dis, en autant qu’il y ait une histoire étoffée, c’est un roman, s’il s’y rajoute des dessins, eh bien, c’est merveilleux ! Un plus.

Il a de la compète à sa mesure, le Michel Rabagliati :
Michael Delisle (Prière à blanc, Noroît)
Dany Laferrière (L’énigme du retour, Boréal)
Monique LaRue (L’œil de la Marquise, Boréal)
Hélène Monette (Thérèse pour joie et orchestre, Boréal)

Nous ne supputerons pas trop longtemps sur le possible gagnant puisque son nom sera dévoilé dans 5 jours, soit le 16 novembre à 11 h dans une cérémonie à l'Hôtel de Ville de Montréal.

Des nouvelles fraîches de Marie-Sissi Labrèche qui sort son quatrième roman à La Courte Échelle « Psy malgré moi ». Son histoire s’adresse aux ados et je conçois très bien qu’elle ait trouvé le ton juste, tout en gageant que les adultes y trouveront leur compte. Il sera en librairie le 24 novembre, en attendant, je vous invite à l’écouter - et à la voir - (2 min.11) nous le présenter avec ses mots, ses mimiques et ... sa bedaine (oui, oui, elle est enceinte !).

Dernière nouvelle, comme dans une lettre, je termine sur nous (non, non, pas le nouvel album Nous de Daniel Bélanger !), Marc et moi serons à Nouvelle, en Gaspésie, aux alentours du mois de février pour présenter Miam miam fléau. Je vous en reparlerai d'ici là, mais aujourd'hui, c'était irrésistible, le mot nouvelle me transporte à Nouvelle.

lundi 9 novembre 2009

Cartes postales de l'enfer de Neil Bissoondath

Cartes postales de l’enfer est un titre qui se veut accrocheur, cartes d’identité aurait été aussi approprié ! Le titre en anglais n’a aucun rapport : The Soul of all Great Designs (C’en est presqu’inquiétant, y aurait-t-il de ces subtilités disparues dans la traduction ?)

La première carte d’identité est celle d’Alec, enfant unique, dont les parents exercent une forte emprise sur lui. Il a trouvé une solution commode ; vivre dans le mensonge pour donner à ses parents le fils qu’ils désirent. Même le jour où il ne sera plus nécessaire de le faire – est-ce devenu à ce point une seconde nature ?, il continuera. Et il ira très loin.

Le deuxième portrait nous présente Sumantra, une jeune indienne très attachante. Elle aussi, enfant unique, ses parents lui font porter une pression énorme. Les conventions sont extrêmement strictes, entre autres, ce sont les parents qui ont à l'aiguiller vers son futur mari. Celle qu’on surnomme Sue est vivante, rebelle et sensuelle mais ne présente pas du tout ce profil à ses parents. Mais, contrairement à Alec, elle étouffe dans le mensonge.

Troisième partie : les deux cartes postales se croisent. C’est ici que je dois laisser planer le mystère, parce qu’il y en a. C’est intéressant de voir ces deux êtres s’enchevêtrer dans leurs mensonges, se mentir ou se démentir. Le moins que l’on puisse dire est que l’auteur n’a pas eu peur de pousser le moteur de l’intrigue au maximum.

* * *
Je suis un peu surprise d’avoir pris autant de plaisir à cette lecture, malgré mon scepticisme devant l’ambition outrancière d’Alec. Plus je faisais connaissance avec cet être et plus je l’aurais jeté de force sur le divan du psychanalyste ! J’ai donc beaucoup aimé croire à l’humanité de Sumatru où chez elle, le déséquilibre me semblait plus plausible.

Cet auteur sait manier son histoire et ses lecteurs, il y a de l’habileté dans l’air, et tant mieux. Il rase les frontières de la normalité et l’anormalité ... qui se prononcent pareillement d’ailleurs ! J’ai apprécié d’en apprendre plus long sur les mœurs indiennes, les scènes sensuelles sont réussies, les parents de Sumatru, surtout le père, sont intéressants à rencontrer. Pour ceux qui aiment les vieilles autos de luxe, ils seront gâtés, ceux qui aiment le design, l’esthétisme, l’apparence. J’aimerais bien en discuter avec l’auteur, mais j’ai eu l’impression qu’il a voulu faire un roman sur le pouvoir de la façade. Le carcan étouffant de ne jamais se permettre de la ternir, même d’une égratignure. En même temps, le cœur de son sujet se laisse distraire par le côté excessif (maladif !) d’Alec, alors je me demande s’il y est arrivé.

La remarque que je me suis faite en refermant le livre, voilà un romancier comme je les aime, qui met de l'avant une histoire. Nous ne sommes pas dans de l’introspection et les personnages, crédibles ou pas, palpitent de vie.

Cartes postales de l'enfer, Neil Bissoondath, Boréal, 245 p.